De Lanessax, La colonisation française en Indo-Chine
Pourtant, il était nécessaire de créer au plus tôt les éléments d’un outillage industriel et commercial ; routes, chemins de fer, voies navigables, ports... Régulièrement, le protectorat eût dû demander des subsides au Parlement, si le budget local ne pouvait subvenir à ces dépenses. Mais les discussions passionnées qu’avaient soulevées les demandes de crédit pour les opérations militaires, firent reculer les autorités locales. Elles eurent alors recours à des expédients ; emprunts déguisés, marchés de travaux, contrats de fournitures passés dans des conditions onéreuses. «Sans doute, personne ne saurait contester le principe même des travaux... Ce qui est critiquable, ce n’est pas à coup sûr la pensée de doter le Tonkin de routes, de chemins de fer ou de ports; ce sont les procédés auxquels on a recours pour s'affranchir du contrôle parlementaire (1). >» Le protectorat était allé jusqu'à contracter un emprunt direct à la Banque de l’Indo-Chine sous la seule approbation du ministre des Colonies, violant ainsi le ‘ décret du 20 octobre 1887, aux termes duquel: « Les emprunts qui ne seraient pas gagés sur des excédents constatés aux exercices antérieurs, et ceux qui
seraient contractés avant que les ressources locales
1. Rapport sur le projet de loi ayant pour objet d'autoriser. le protectorat de l’Annam-Tonkin à emprunter 80 millions, Chambre-Annexes, 1895, p.' 1068 (Session extraordinaire).