‹ Le Budget Général de L'Indo-ChineChapitre 17 sur 66 · Rapport de M. Douuer · texte numérisé non relu

Rapport de M. Douuer

mettraient de briser les résistances du particularisme local ét de donner à la politique générale du pays Vunité de vue sans laquelle aucun programme n'est réalisable.

On ne pouvait évidemment s’en remettre aux autorités locales du soin de subvenir aux frais de ces services qu'ils considéreraient certainement comme desmoyens d’oppression. À ce premier point de vue, l'urgence d’une nouvelle personnalité budgétaire se faisait impérieusement sentir.

Grâce aux services généraux et aux ressources du budget commun, d'autre part, le gouverneur pourrait songer à entamer le programme des travaux publics de toute nature dont l’exécution avait été retardée jusque-là par la négligence des pouvoirs locaux ou par l’absence de moyens financiers.

Sans doute, malgré toutes les modifications apportées à la législation fiscale, les recettes du budget commun resteraient bien au-dessous des besoins d'argent nécessités par les travaux publics ; il était impossible, sans risquer d'arrêter le développement de la vie économique, de demander de pareils sacrifices aux contribuables. L'emprunt s'imposait après 1898 comme avant. Du moins les recettes du budget général apparaissaient-elles comme un gage susceptible d'inspirer confiance aux capitalistes.

Jusque-là, en effet, le crédit de la Cochinchine et des protectorats avait été des plus faibles. Le motif

DCS JR

de cette faiblesse n’était pas seulement dans la manière d'agir du Conseil colonial ou dans l’indigentce du protectorat ; il résidait surtout dans l'isolement que l’organisation budgétaire maintenait entre les divers états de notre possession. «La pensée devait fatalement venir à l’esprit du gouverneur général que le groupement des forces financières de la colonie, leur cohésion en un faisceau unique et puissant, seraient de nature à donner à la colonie entière un crédit solide (1). »

Au point de vue politique, une considération très sérieuse pouvait être invoquée à l’appui de l’institution du budget général. Il devait consacrer définitivement l’union indo-chinoise en lui donnant une personnalité propre: l’Indo-Chine qui n'avait été jusque-là qu’une expression géographique serait ainsi constituée en un véritable État.

Les frontières intérieures tracées dans les années précédentes n’avaient pu rompre une unité de races et d'intérêts qui se manifestait très clairement.

« L'unité est en premier lieu dans la race même qui habite l’Indo-Chine (2). « Que le peuple annamite, dit M. de Lanessan, habite le Tonkin, la Cochinchine ou l’Annam central, il se présente partout avec

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