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COMPTABILITÉ EN PARTIE DOUBLE

sur un livre-journal, dans leur ordre successif, toutes les opérations, au fur et à mesure qu’elles se produisent. Pour récapituler et grouper rationnellement ces opérations, on les reporte ensuite sur des livres auxiliaires, où elle figurent méthodiquement par catégories, par espèces, par subdivisions de toute nature.

Ainsi, les percepteurs, dont les écritures sont encore tenues en partie simple, mentionnent toutes leurs recettes, au furet à mesure des versements des contribuables, sur un Journal à souche. Puis, plus tard, à tête reposée, ils dépouillent ce journal à souche, et répartissent chacune de ses mentions dans les cadres distincts, montés suivant les besoins de la statistique, du Livre récapitulatif et du Livre des comptes divers par service .

Mais voici l’imperfection du système. Gomment s'assurer que ces livres auxiliaires sont bien servis? Comment savoir si les extraits du livre-journal y ont été toujours exactement et complètement reportés? Existe-t-il un contrôle susceptible de donner certitude à cet égard ? Jean-Baptiste Say, admirable aussi lorsqu’il s’agit de dégager la comptabilité de ses nuages, formulait ainsi l’objection : « Vous concevez que si, par l’oubli d’un commis, ou « une erreur de plume, tel article est omis, ou s'il a été mal « couché, on n’est pas nécessairement averti de l’erreur. »

Sans doute, les espèces en caisse contrôlent les soldes du livre journal. Là existe un point de repère très probant. Mais c’est le seul que fournisse la comptabilité en partie simple. Les écritures, en dehors de leur comparaison avec l’encaisse, ne possèdent plus, par elles-mêmes, de certitude automatique. Si les livres de développements, qui ne jouent pas avec la caisse, ont été mal servis, aucun indice n’en prévient le comptable. Celui-ci n’a d’autre garantie de l’exactitude de ses reports que l’attention plus ou moins grande apportée au travail par lui ou par ses commis.

La comptabilité en partie double, au contraire, donne à tous les comptes, quels qu’ils soient, comptes de caisse ou comptes de développements, une pleine sécurité, précisément la sécurité automatique que nous venons d’évoquer. Jean-Baptiste Say l’explique encore très clairement : « Dans la tenue des livres en partie double, chaque article est contrôlé par un autre article correspondant, tel-

(( lement qu’il faudrait commettre deux erreurs précisément de la « même somme et qui se balançassent l’une par l’autre pour « qu’on ne fût pas averti. »

Dès lors, certitude automatique de l’exactitude de tous les chiffres.

En second lieu, clarté plus grande dans la description des opérations. J. -B. Say ajoute, en effet : <' La même méthode permet,

« en outre, qu’on se rende compte beaucoup plus exactement du « résultat de chaque opération ou de chaque nature d’opérations, (( parce qu’on les personnifie, pour ainsi dire, on leur demande « compte de ce qu’elles doivent et on leur tient compte de ce qu’on « leur doit. »

Barrème, en 1721, disait déjà : « Les parties doubles con- « viennent à toutes les affaires de grand détail. » (1)

La comptabilité en partie double domine ainsi .sa rivale par deux avantages : elle attribue une exactitude absolue à toutes les écritures; elle présente les faces multiples des opérations sous leur aspect le plus saisissant, sans que cette multiplicité d’aspects nuise jamais à l’exactitude des chiffres.

M. Léon Say a rajeuni le sujet : « La comptabilité mo- « derne, dit-il, est un art d’imagination, qui porte l’empreinte du x génie italien et du génie grec... C’est une invention merveilleuse, « une sorte de mythologie. Les pâtres de l’ancienne Grèce, en se « désaltérant à l’eau d’une fontaine, croyaient voir la nymphe « des eaux; ils peuplaient la nature d’une foule d’êtres au milieu « desquels ils vivaient comme dans une société supérieure à la « société humaine. Quand la race des pâtres est devenue mar- « chande, elle a porté dans les affaires le goût qu’elle avait pour « les fictions. La caisse et le magasin sont devenus des personna-

(1) Traité des parties doubles, par M. Barrème. Paris, 1721, in-8°. L’auteur ajoutait : « Monsieur Colbert a toujours souhaité de faire tenir en parties dou- « blés toutes les affaires du Roy; il n’a point exécuté ce grand projet parce qu’il « n’a pas trouvé de sujets qui puissent soumettre l’ordre des parties doubles à « l’ancien ordre de finances et à la manière de compter de la Chambre des « comptes... Messieurs Paris ont introduit ce magnifique arrangement dans les « fermes et dans les recettes générales : rien n’est si beau que le plan qu’ils en « ont tracé; rien n’est si convenable aux véritables intérêts de Sa Majesté que « son exécution. »

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