‹ Le buission ardentChapitre 10 sur 31 · CALYPSO · texte numérisé non relu

CALYPSO

Calypso ne pouvait se consoler du départ d'Ulysse.

(Les Jlventures de Télémaque.)

J'écoute, Calypso, dans mon âme attentive,

Avec une tendresse indolente et craintive,

"Encore résonner ta lointaine rumeur,

Et se nourrir aussi ta vue et ta douleur

D'une onde comme toi de désir agitée.

Oui, ce fut ton destin d'être toujours quittée.

Quand Ulysse, contraint vers un nouveau hasard,

Sur l'aulne et le cyprès assemblait son départ,

Sous ta grotte filant, assise et résignée,

La laine blanche ou fauve ou de pourpre imprégnée.

Tu conformais ta bouche à l'oracle des dieux.

Puis, seule et sans espoir, tu poursuivais des yeux

Sur les vagues la nef confuse et décroissante.

Mais, dans ton abandon, la grève gémissante

Où tu portais en vain ta tristesse et tes pleurs,

Chaque jour ne montrait à tes longues erreurs

Qu'une mer solitaire et veuve de présage.

Prévoyais- tu dès lors, sur un autre visage,

Ulysse revenu dans sa première fleur,

"Et que, pour consommer ton illustre malheur.

Deux fois lu te verrais, à l'aimer empressée,

Par un double héros séduite et délaissée ?

"Enfant, déjà captif de tes charmes divins.

Je regarde avancer à travers tes jardins,

Cette démarche libre, harmonieuse et belle

Qui, même reposée, accuse une Immortelle,

Et ta grâce surprendre avec un art vainqueur

Télémaque conquis à ta feinte douceur.

Je vois, négligemment, sur ton épaule nue,

Par une tresse d'or à peine retenue,

Pendre ta chevelure, et ce col élancé

Qui, sur l'inflexion de ton pas cadencé.

Elève de ta troupe une tète hautaine.

Combien tu m'es ainsi plus chère et plus humaine.

Cachant ce jeune prince aux replis de ton cœur.

Ou, le sein dévoré d'une obscure fureur.

Lorsque tu maudissais celle nymphe haie.

Tu n'es plus qu'une femme amoureuse et trahie

Que mène son délire en tous sens égaré.

Désormais réunie au chœur désespéré

Expirant vers le ciel vos plaintes confondues.

Inconsolables sœurs, amantes éperdues,

Ariane, Didon, Jlnnide, Calypso,

Qui faites retentir d'un éternel écho

Le rivage où la mer lamentable et profonde

Jîccueille vos douleurs grandes comme le monde !

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