‹ Le buission ardentChapitre 12 sur 31 · BUCOLIQUE · texte numérisé non relu

BUCOLIQUE

JVe me repousse pas, 'Etrangère , demeure.

Oui, tu n'es qu'harmonie, et ta démarche heureuse,

Jusque dans t'ombre, accuse et trahit ta beauté.

Mais si le saule glauque ou le peuple argenté

T^e foule pas avec plus de lenteur la mousse.

Je ne suis pas non plus sans noblesse, les sources

Me l'ont appris, et l'antre, aussitôt qu'il module

Ma bouche, me renvoie une plainte si pure

Que j'écoute charmé résonner ma chanson.

Jeune fille, consens à mon humble moisson.

Car le bonheur habite une molle campagne.

Je ne puis l'amener, pour sœur et pour compagne,

La mer aventureuse et vaste d'où tu vins,

J\i ces bois désolés où le souffle des pins

Déguise une éternelle absence de feuillage,

"Ni ce miel récolté d'une lande sauvage,

Où tu crois boire un feu suave et parfumé.

Celui que de mes mains je recueille est formé

D'une abeille nourrie à mes fleurs familières, Qui, deux fois chaque année, empressée et fidèle, Par l'abondance d'or de la ruche épaissie, "Exprime à mon jardin toute son ambroisie. Brillante comme lui d'une blonde pâleur, Ta claire chevelure imite sa couleur.

Mais, en boucles éparse à ma tempe rebelle, "La mienne de bien loin passe le sombre lierre. Que la vive blancheur de ton col délicat Dispute au lait pressé la finesse et l'éclat, La pèche n'off^re pas sur la branche une joue Où sa pourpre, au toucher pubescente, se joue. D'un ambre plus vermeil, d'un aussi chaste hâte, Que la tendre rougeur qui fiatte mon visage, "Et mon sourire est grave à ton rire léger. Yiens, enfant, pour toujours embellir mon verger. Unis étroitement ta douceur à ma force. Comme, pour s'élever, la vigne embrasse l'orme. Que je voudrais te voir, assise à mon foyer, De ta lèvre d'abord sous mes doigts essayer L'avoine ou tour à tour le roseau qu'on alterne. Puis d'un jonc enchaîné feindre une tresse experte Où le grillon captif prolonge répété JJu cœur du noir hiver un murmure d'été ! Les plus rares trésors distillés par l'automne Jl mes arbres fruitiers aussi, je te les donne, Et le baume égoutté des figues melliflues,

En larmes de nectar au soleil résolues Sur la tuile où roucoule une amoureuse troupe. De plus je te réserve, apprivoisés par couples. Ces fauves hérissons qui traînent de concert Des chars d'écorce de pastèque et d'osier vert. Viens partager enfin ma vie et ma jeunesse. J^egarde ce cyprès antique qui se dresse, Jusqu'à sa haute cime enguirlandé de roses. Jlinsiy de nos saisons l'une après l'autre écloses, l^ous tirerions des jeux et des charmes rivaux, "Et, filant à l'envi nos jours et nos travaux. Tu laisserais ainsi ta grâce et ta faiblesse "Encore environner ma superbe vieillesse.

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