‹ Le buission ardentChapitre 20 sur 31 · UNE FEMME DANSAIT · texte numérisé non relu

UNE FEMME DANSAIT

Jlux Arènes de luîmes, un matin d'été.

Une femme dansait.

Un vent d'aube, limpide et frais,

Caressait te faîte découronné

De la ruine creuse et pendante.

Où resplendissait, par le soleil levant,

Une fauve solitude animée à peine

D'un bruit de pas errants et de voix lointaines

Qui faisaient plus vaste et plus clair le silence.

Tout à coup, comme en plein ciel, à lèvre invisible.

Quelqu'un joua du fifre.

L'aigre buis perçait la nue,

"Et déroulait, d'une voix pure.

Au sommet de l'amphithéâtre

"Bourdonnant comme un gâteau d'abeilles,

Une frise aiguë et musicale.

Jflors, sur le rythme de la mélodie allègre

Qui poursuivait dans l'azur sa marche ailée.

Au centre de la libre arène

Var ses pieds aériens divinement foulée,

Une femme se mit à danser.

Légère, emportée et triomphante,

Avec une fureur sereine

"Elle dansait!

"Et scandait, comme des cymbales, en cadence,

L'une contre l'autre frappées,

Ses mains agiles et retentissantes

Dont l'appel éperdu menaçait d'entraîner

Dans le tourbillon de sa danse

Une grande spirale de gradins mouvants

"Et d'arcades aux bouches béantes.

Puis elle tournoyait, les bras étendus,

Et, comme par l'air seulement soutenue.

Débordante de belle humeur et de jeunesse.

Elle tenait la terre à la pointe de son orteil.

Et toute son allure imitait la faunesse

Qu'un démon insurmontable possède.

Et touchant la poussière, aussitôt.

Sur le fil délié de la flûte sonore,

Plus haut rebondissait-elle encore.

Elle était tous les tambourins, tous les sistres,

Toutes les Bacchantes, tous tes thyrses, "Et ses rapides jambes alternatives Semblaient mener le branle du monde.

"Lorsqu'elle s'interrompit,

Jlyant suspendu soudain sa folle ronde,

"El de nouveau prête à s'élancer,

"Elle avait l'air quand même de danser,

Et le cirque chancelait comme un colosse ivre.

Alors, de tous ses cœurs transportés et ravis,

L'harmonieux précipice

Salua celle qui s'en allait,

Semant des baisers et des sourires

Et laissant imprimée à jamais à ses pierres

L'immortelle image de ce matin d'été

Où, si simplement ingénue et sacrée,

Jlux Arènes de J^imes, une femme dansait

luîmes, juin i^oj.

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