‹ Le buission ardentChapitre 22 sur 31 · LE VILLAGE AU BORD DE LA ROUTE · texte numérisé non relu

LE VILLAGE AU BORD DE LA ROUTE

tes villages s'endorment au crépuscule

Sous leur lente de tuiles moussues,

"En regardant passer la route y

La route, hélas ! à mes pas poudreuse et si lourde.

"Là-bas les villages s'allument.

"Est-ce le soleil qui se couche,

Ou les cendres fidèles qu'on ranime ?

Le soleil s'est couché dans la brume,

Et l'air est si pâle qu'on dirait qu'il bruine,

7/ va faire nuit.

Village, cher village qui reposes

Au bord de la route infinie.

Je suis las, je suis seul, ouvre-moi tes portes.

L'ombre roule ses ténèbres

Comme sur le dernier jour de la terre,

Il pointe à peine d'obscures étoiles.

Il va faire noir.

Tout s'éteint, tout s'efface, tout est silence.

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Yoici l'heure où la maison se rassemble

Pour le repas commun du soir.

Je vois s'éclairer une vitre

Comme un regard paisible qui m'invite

Jl venir partager la lampe amicale

£/ la chaleur dansante de l'âlre.

Jih ! que la route est longue et la ville lointaine !

Ah ! quand l'étape finira-t-elle !

Vous assaillez mon cœur en foule, hameaux

Aux toits serrés comme les bêtes d'un troupeau,

Où l'on voudrait goûter la fin de la journée.

Toi qui renfermes le cimetière

Où ma sépulture est marquée,

Celui-ci d'où vint la mère de ma mère,

"Et le village de mon enfance

Où, lorsque j'arrivais, à la nuit noire,

Ivre de la frayeur des chemins et des bois,

Je me réjouissais de la cuisine flambante.

De la table au pain rude et des chambres

Qui sentent la cretonne et la pomme séchée,

"Et ceux où j'ai connu l'horreur, comme orphelin.

De coucher dans un lit qui n'était pas le mien,

Cet autre à qui je garde ma meilleure pensée,

Parce qu'il nous recueillit pendant l'orage,

"Et le dernier, qui porte une couronne d'arbres

Et domine la plaine tarie

Où l'ancien étang n'est plus que vignes.

7/ avait l'air de nager sur le marais,

"Et, tout clignotant de rares lumières,

S'en allait en fumée à la brune,

Dans le mystère de la campagne nocturne.

Jlu seuil d'une ferme perdue, un chien aboie.

Une roue errante et confuse s'éloigne.

Tout susurre, tout parle, et tout est silence.

Yoici l'heure où la maison se délasse

Jlutour du foyer familial.

Une porte close, et, tout de suite, le monde immense !

Savent-ils seulement si quelqu'un passe ?

Cependant si c'était là qu'on t'attend!

Tu n'aurais qu'à te détourner à peine,

"Et jusqu'à demain, peut-être.

Saurais-tu ce que c'est que la douceur des haltes

Qui suspendent pour un moment la vie.

Et d'où l'on repart, avec la mélancolie

De ne jamais revenir.

Mais combien à cette heure passent.

Combien, sans le savoir, attendent, dont les vies

'Ne se rencontreront pas !

ftestia, déesse intérieure,

Hospitalité du feu,

0 trop heureux

Qui peut finir ses jours dans la même demeure !

Toi qu'Ulysse cherchait sur la mer vagabonde,

"Exauce tous ceux-là tourmentés du retour

Et le cri suprême qu'ils poussent:

Je veux revoir ma maison !

Mais pour celui qui n'a que le ciel et la route,

Tiestia, fais- toi protectrice,

Et qu'avec tous les lares où tu l'as recueilli.

Dans son âme reconnaissante il l'élève

Un incorruptible autel.

Jlvril

i^oy.

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