LE VILLAGE AU BORD DE LA ROUTE
tes villages s'endorment au crépuscule
Sous leur lente de tuiles moussues,
"En regardant passer la route y
La route, hélas ! à mes pas poudreuse et si lourde.
"Là-bas les villages s'allument.
"Est-ce le soleil qui se couche,
Ou les cendres fidèles qu'on ranime ?
Le soleil s'est couché dans la brume,
Et l'air est si pâle qu'on dirait qu'il bruine,
7/ va faire nuit.
Village, cher village qui reposes
Au bord de la route infinie.
Je suis las, je suis seul, ouvre-moi tes portes.
L'ombre roule ses ténèbres
Comme sur le dernier jour de la terre,
Il pointe à peine d'obscures étoiles.
Il va faire noir.
Tout s'éteint, tout s'efface, tout est silence.
io5
Yoici l'heure où la maison se rassemble
Pour le repas commun du soir.
Je vois s'éclairer une vitre
Comme un regard paisible qui m'invite
Jl venir partager la lampe amicale
£/ la chaleur dansante de l'âlre.
Jih ! que la route est longue et la ville lointaine !
Ah ! quand l'étape finira-t-elle !
Vous assaillez mon cœur en foule, hameaux
Aux toits serrés comme les bêtes d'un troupeau,
Où l'on voudrait goûter la fin de la journée.
Toi qui renfermes le cimetière
Où ma sépulture est marquée,
Celui-ci d'où vint la mère de ma mère,
"Et le village de mon enfance
Où, lorsque j'arrivais, à la nuit noire,
Ivre de la frayeur des chemins et des bois,
Je me réjouissais de la cuisine flambante.
De la table au pain rude et des chambres
Qui sentent la cretonne et la pomme séchée,
"Et ceux où j'ai connu l'horreur, comme orphelin.
De coucher dans un lit qui n'était pas le mien,
Cet autre à qui je garde ma meilleure pensée,
Parce qu'il nous recueillit pendant l'orage,
"Et le dernier, qui porte une couronne d'arbres
Et domine la plaine tarie
Où l'ancien étang n'est plus que vignes.
7/ avait l'air de nager sur le marais,
"Et, tout clignotant de rares lumières,
S'en allait en fumée à la brune,
Dans le mystère de la campagne nocturne.
Jlu seuil d'une ferme perdue, un chien aboie.
Une roue errante et confuse s'éloigne.
Tout susurre, tout parle, et tout est silence.
Yoici l'heure où la maison se délasse
Jlutour du foyer familial.
Une porte close, et, tout de suite, le monde immense !
Savent-ils seulement si quelqu'un passe ?
Cependant si c'était là qu'on t'attend!
Tu n'aurais qu'à te détourner à peine,
"Et jusqu'à demain, peut-être.
Saurais-tu ce que c'est que la douceur des haltes
Qui suspendent pour un moment la vie.
Et d'où l'on repart, avec la mélancolie
De ne jamais revenir.
Mais combien à cette heure passent.
Combien, sans le savoir, attendent, dont les vies
'Ne se rencontreront pas !
ftestia, déesse intérieure,
Hospitalité du feu,
0 trop heureux
Qui peut finir ses jours dans la même demeure !
Toi qu'Ulysse cherchait sur la mer vagabonde,
"Exauce tous ceux-là tourmentés du retour
Et le cri suprême qu'ils poussent:
Je veux revoir ma maison !
Mais pour celui qui n'a que le ciel et la route,
Tiestia, fais- toi protectrice,
Et qu'avec tous les lares où tu l'as recueilli.
Dans son âme reconnaissante il l'élève
Un incorruptible autel.
Jlvril
i^oy.