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BATTUES PAR LE VENT

à Jules Laffon.

Mon âme est dans le vent comme un roseau tordu...

Léon SoutrÉ.

Les collines au vent bondissent

Comme des béliers ivres

Se ruant à l'assaut du vieil hiver.

De la mer, et de bien plus loin que la mer,

Jlvec une odeur d'îles,

Le vent arrive.

Traînant le ciel à la dérive

"En une folle course pendante

Où la pluie enfle ses outres

Qui se déversent aux pentes

D'un soleil oblique et trouble.

Le vent a dormi sur la fonte des neiges,

"Et s'éveillant, trempé d'une fureur humide,

A travers toutes les fissures du dégel,

7/ pointe et se précipite,

Chargé d'écorces qui distillent,

"Et de tant d'espace et de moiteur

Qu'on ne sait sur ses ailes ce qu'il apporte,

Printemps du Vole,

Ou bien souffle alizé parti de l'Equateur.

"Dans la solitude errante de la brise.

J'ai gravi les coteaux où l'herbe siffle.

Tranchante, nue et déserte.

Là-haut, il n'y a que les pins qui déferlent.

JK mes pieds, la plaine tourne et se balance

Comme un navire dans la tourmente.

Et parfois roule sous une brume d'air

Invisible et tourbillonnante,

Où se déchaîne, partout présente,

La force dévastatrice.

Les arbres lointains s'évaporent en fumée.

Et les pins, que la rafale divise.

Se renversent et prophétisent,

Comme des colonnes torses animées

Qui s'élèvent du centre du monde,

A toutes les douleurs battues.

Et dissipent dans leur murmure

Une âme déchirée et profonde.

Seul avec eux, je vous respire, vous qui, grands vents.

Allez chercher les germes sous la terre

£/ décîore Vhaîeine des violettes.

Vous qui, dans ma poitrine impatiente,

Yenez cueillir mon cœur avec des mains vivantes,

"Et le portez jusqu'à mes lèvres.

Pour l'inviter au départ.

"Et vous, nuages,

Qui faites passer sur mon âme

Une débâcle aérienne

De glaces flottantes et tièdes,

Yers quel Sud, vers quel chimérique voyage

'D'où vous revenez à toutes voiles.

M'appelez-vous au passage ?

Allez cependant, beaux nuages,

Jlppareillez pour de nouvelles étoiles,

Que m'importent vos courses et vos erreurs.

Moi, je demeure!

Jlussi bien que sur votre nef insidieuse.

Le vent me berce dans ses hautes nappes

Qui ruissellent, se brisent et s'étalent.

Pour aller expirer à leurs bords

"En une écume d'amandiers roses.

Alternant les bois fauves et les cyprès funèbres.

Ceux-ci, tordus par la tempête.

S'épanouissent quand même

Et dispersent dans la grelottante campagne

Un collier de Cyclades florales.

Et comme eux, que mille fleurs transpercent,

'Essuyanî toutes les ondes Du vent et de la saison, Je veux plier et ne pas rompre !

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