LUNDIS DE PAQUES
à Georges Soum.
Je me souviens des anciens lundis de Pâques.
0 lendemains de fête où Vannée est si longue^
Yacances, jours incertains où se prolonge
"Encore le désir de l'attente pascale !
La ville n'est que vent et poussière,
Le ciel s'effrite en nuages maussades,
"Et je sens mon cœur osciller
Sous la même inquiétude hésitante
Qui gonfle d'une tendre puberté
Les bourgeons à la pointe des branches.
Mon cœur vacille avec le vent et le nuage
Et ne sait que tourner sans relâche.
Tfélas ! où s'en aller, mon cœur?
C'est le mois des brutales chaleurs.
Et mes membres sont accablés d'incertitudes.
Yois, toute la ville a fui vers la campagne,
Ce lundi de Pâques.
]e n'entends résonner sur le pavé des rues
Qu'une déserte sotitude
Qui pousse mes pas au hasard.
On dirait que toute la vie est suspendue.
Hier, c'était dimanche et liesse.
Aujourd'hui, le silence même s'ennuie.
Hors les murs, la campagne est verte
D'un émail d'herbes et de marguerites.
Cependant, o mon cœur, qu'irais-tu faire ?
Pour les retours et les départs que tu médites,
"La nature n'est pas assez solitaire,
"Et puis il y a trop de choses fleuries.
Ce qu'il te faut, c'est mars, avec ses passages
De soleil et de pluie,
Sur les tuiles venteuses et sur les façades
Que les per siennes abaissées,
Comme de secrètes paupières.
Tiennent encloses et refermées.
Mars qui grêle, tempête,
"Et soudain s'irise.
Ou bien encore avril.
Mais sur la ville vide et lasse de la férié,
"Et de qui l'abandon fait place à la tristesse
De tant de vieux souvenirs dont il ne reste
Qu'un parfum de violettes flétries