LE MIRACLE DES ROSES
à Madame Eugène Rouart.
C'est par ici quelle a passé,
La Sainte,
Silencieuse, quenouille en main,
"Et les paupières abaissées.
'Elle a côtoyé les sentiers
Par où je gagne son village,
Et qui semblent encore garder
Son humble trace.
C'est ici que toute sa vie,
Courte, renfermée et solitaire,
S'est écoulée.
]e ne sais comment elle est morte.
Etait-ce à midi, l'automne.
Ou bien par un crépuscule de printemps,
Semblable à celui-ci peut-être, à l'heure
Où les enclos frissonnent avec transparence
"Derrière une brume de bourgeons et de fleurs.
"Elle était misérable et souffrante.
Mais elle portait Dieu dans son cœur.
Tous les matins, dès l'aube,
"Elle partait, paissant son troupeau.
On dit aussi qu'elle a marché sur les eaux.
Par quelque orage où le ruisseau.
Gonflé de pluie,
L'empêchait de se rendre à l'église,
"Et tous les malheureux, tous les affligés
Étaient ses frères.
Un jour qu'elle cachait du pain dans son tablier,
Pour le donner à de plus pauvres quelle,
L'avaricieuse femme de son père
Leva le bras pour la frapper,
Et voulut lui ravir son aumône.
Mais aussitôt,
Du pan relevé de sa robe.
En guise du larcin attendu.
Il tomba des touffes de roses.
C'est peu après, je crois, qu'elle mourut,
Comme si désormais elle n'eût plus
Qu'à remettre aux anges une âme
Qui n'était que parfums et grâces.
Petite Sainte, je te' salue.
Qui, lorsque l'angelus bénissait la contrée,
Entendais à la fois résonner
Toutes les cloches de la Chrétienté,
O gardeuse de brebis élue.
Que ton miracle fait la sœur
De celle qui fut reine de Hongrie.
Je n'ai jamais visité la demeure
Où l'on conserve tes reliques.
Tu ne m'y serais pas apparue.
Mais je t'ai vue.
Insaisissable et présente,
Par une de ces veilles de dimanche
Où le soir qui traîne est si bas,
Si calme.
Qu'au lieu de descendre du ciel.
Il a l'air de monter de la terre,
Jlu long de ces vergers en pente
Et de ces chemins d'épine blanche.
Embaumés, depuis ton passage.
D'une odeur lointaine de légende....
Pibrac, avril 1^08.