‹ Le buission ardentChapitre 28 sur 31 · A L'HOTESSE INCONNUE · texte numérisé non relu

A L'HOTESSE INCONNUE

En fermant les yeux, je revois L'enclos plein de lumière,

La haie en fleur, le petit bois, La ferme et la fermière

Hégésippe MoREAu.

Tu nous versais le vin de ta vigne, et ta main

Par tranches nous coupait encore de ce pain, "Le plus tendre de ceux dont ta huche était pleine, Qui te restait depuis la dernière huitaine, Mais certes présenté d'un ton si confiant Que Von n'offrit jamais à ma faim apaisée Testin plus délicat ni plus fortifiant.

Tu nous entretenais, à nous plaire empressée, Des hasards de l'année et des fruits à venir. Du rapport de ton champ, de la ville prochaine Où tendait notre course, et de cette fontaine Vers qui nous entraînait un mobile désir. Et nous goûtions, touchés d'une douceur soudaine. L'humble et frugal asile au toit hospitalier Que ton charme aussitôt nous rendait familier, La cuisine aux murs blancs sur la terre durcie,

Dans le noyer taillée et par les ans noircie.

Ton armoire massive aux panneaux refermés,

"Et l'étroite fenêtre aux carreaux enfumés.

Et les vases de cuivre où s'allonge la flamme,

Et surtout, accordés à Vair de ta maison

Avec tant de justesse et d'honnête raison.

Ta parole chantante et cet accent de l'âme

Qui donne un si haut prix aux plus simples pensers.

Et je laissais en moi, le long des jours passés,

A ta voix remonter ma plus lointaine enfance.

Et de mes souvenirs s'éveiller l'indolence.

Je retrouvais, s' ouvrant sur un plant de lilas.

Une autre salle, obscure et fraîche, au plafond bas,

Où le soleil, parmi les feuilles remuées.

Entre et fait poudroyer de dansantes buées.

Et dans ce mouchoir sombre à ton front recroisé.

Dans ce geste à la fois rapide et reposé

Par où tu t'essuyais les lèvres en silence.

Sur ces traits éclatant d'une pure bonté.

Je ne sais quelle vive et chère ressemblance

Dont j'avais près de toi l'esprit tout habité.

Par instants, soucieux de la nue épaissie,

J\ous cherchions le dehors et, guettant léclaircie.

Sous les branches, où perce une humide sueur.

Des pruniers aux fruits bleus vernissés de fraîcheur,

J\ous regardions, de peur que la foudre n'éclate.

Tes servantes rentrant les gerbes à la hâte,

Sous ton ordre activer le travail de leurs bras, "Et r ombre pluvieuse à l'horizon s'étendre. Mais le ciel menaçait toujours, et, sur tes pas, J\ous revenions, émus et ravis de t'entendre. Sous l'ample cheminée assise et devisant, Jlmicale et pressante encor nous proposant, JSourriture aux couleurs vermeilles et dorées. Une dernière fois les espèces sacrées.

Hélas ! il faut partir devant qu'il fasse noir. Savons-nous dans quel lit nous coucherons ce soir ? Entre l'aube indistincte et la nuit périlleuse, La route est malaisée et l'auberge douteuse. Jldieu, ma mère, adieu, chère hôtesse au grand cœur. J'aurais peine à trouver ton nom et ton village. Mais j'emporte avec moi, comme une bonne odeur Dont s'embaume et s'enchante à jamais mon voyage, Ce jour d'été, grondant d'une obscure chaleur. Où lu nous convias au foyer qui t'abrite, "La mare somnolant sous les lentilles d'eau, L'aire de pailles d'or jonchée, et le hameau Où dans chaque maison la bienveillance habite. Et dont la tuile fume avec tant de lenteur Au-dessus de la haie épaisse et reverdie Où l'azur par lambeaux s'égcutte de bonheur.

Qu'on voudrait y couler insensible sa vie

Août f^oj.

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