‹ Le buission ardentChapitre 29 sur 31 · A UN AMI MORT · texte numérisé non relu

A UN AMI MORT

C*est à Alger-Ia-BIanche que tu reposes,

Quelque part, sur ta hauteur, devant ta mer.

Dans te cimetière où tu dors,

Jt doit y avoir des patmes et des roses.

Je ne sais, car je nai jamais passé ta mer,

"Et sur te tertre qui recouvre tes restes.

Croît cet arbuste dont je conserve,

Entre deux feuittes jaunies,

Zlne précieuse branche sèche.

Tu étais toin, tu te battais tà-bas, dans ta grande îte.

Tu n'avais, pour coucher ta jeune tête.

Que te marécage où ta fièvre, hé tas ! te guettait.

Puis on nous dit que tu attais revenir,

"Et nous suivions ta marche du vaisseau sur ta mer.

Mais tu nés pas revenu.

Et Von fa débarqué dans ce port dont tes mâtures

Batancent, quand je pense à toi, sur mon âme,

Zlne suprême invitation au voyage.

Maintenant, te voità mort, et depuis tant d'années!

"Et rien ne peut ptus faire que tu vives,

Toi qu'un mystérieux signe

Pour un trépas hâtif au front avait marqué.

Je ne reverrai ptus ton silencieux sourire,

Ta haute taitle qu'un poids secret semblait plier,

"Et tes longues mains nonchalantes,

Musiciennes par instants,

Et que tu laissais pendre à tes genoux croisées.

Don ne savait quelle langueur accablées,

J^i tes yeux où roulait déjà la tristesse

De toutes les mers que tu devais traverser.

Que nous vivions, nous, et que ton cœur soit poussière,

Ce pauvre cœur amer et désolé

Que j'ai senti souvent battre dans ma poitrine,

— Comme ta peine était poignante! —

Que je respire et que tu ne sois que silence,

"Nous qui pouvions couler ensemble nos deux vies.

C'est cela, vois-tu, qui me fait dire :

Ah ! qu'il est instable et fragile de vivre !

Pourquoi toi, ta douce force, tes vingt ans,

Et le souffle, ce don splendide.

Qui nous était en commun départi.

Pourquoi s'est-il éteint à tes lèvres.

Et ne cesse-t-il pas d'agiter les miennes?

0 destinée, ô divine injustice

Que j'accepte et ne puis bénir!

Dans mon cœur, je V élève un tombeau

Où tu vis fraternellement,

Chère amitié toujours présente

"Et gardée à jamais sous le baume

De mes plus profondes pensées.

Je n'irai pas frapper à la porte qui pèse

Sur ce qui subsiste de toi.

Qui sait si nos âmes peut-être

JVe s'y reconnaîtraient pas étrangères!

Mais seul parfois,

Au bord d'une solitude marine.

Je songe que ces vagues me viennent des rives

Où tu te mêles à la terre et au soleil.

Alors, debout sur les ondes infinies,

Je t'appelle de loin, toi, ma jeunesse,

Part ancienne de ma vie.

Mes jours de jadis, mes espérances évanouies,

Mes plus mélancoliques heures.

Toi qui comme l'herbe as passé.

Mais qui, tant que je vivrai, demeures,

0 tendre mémoire disparue

A laquelle, du moins, dans mon âme j'assure

ïlne terrestre immortalité!

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