‹ Le buission ardentChapitre 3 sur 31 · LE VERGER · texte numérisé non relu

LE VERGER

J'ai marché sur la pente ombreuse du verger Qui ne se souvient plus de sa blanche jeunesse, J^i de ses arbres beaux comme des épousées Rustiques gravissant les marches de l'autel, J\i du temps qu'il neigeait tant de fleurs de ses branches. Dans l'air appesanti de mollesse et d'amour, Que leur chute, si lente et de parfums si lourde, T\estait entre le ciel et la terre en suspens. Sous l'abondance de leurs fruits dorés et rouges. Maintenant ses rameaux plient avec volupté, "Et je le sens vers moi tendre toutes ses bouches Pour inviter la mienne à s'y désaltérer. "Et ma langueur s'attache à toi, cher cerisier, "Dont le trésor vermeil dans les feuilles éclate, "Et par grappes déborde et s'incline, et j'embrasse Ta lisse écorce, douce à mes mains embrasées. Pourquoi pends-tu sur moi qui ne peux tout entier T'absorber et te fondre innombrable à mes lèvres ?

"Etre une abeille, un trait d'azur étincelant

Qui vibre, et soudain rompe en un million d'ailes

Ce ciel tout consumé de flamme et de silence

Où tu nages d'un vol immobile et sans souffle,

"Et t'aspire à la fois par toutes tes blessures,

£/ de nouveau remonte au plus profond du jour !

Ah ! je voudrais étendre à terre, heureux et nus,

Mes membres accablés d'ardeur et de délices,

"Et sur ma tète voir s'abaisser une mer

Touff^ue et scintillante où ruisselle et déferle

ta lumière, comme une écume d'ambroisie !

Juin brûle, suffoqué de chaleur et de roses.

Dans l'herbe où le soleil distille un feu d'arômes,

Tier comme un jeune dieu dévêtu qui secoue

Des flèches d'or, il passe, et ses pieds légers couchent

A peine les foins mûrs dont la prairie est ivre.

Laissez descendre à moi la montagne et les cimes

Pencher vers ma poitrine ouverte à la douceur

Que je respire par leurs gorges sinueuses.

Et mes yeux dénouer leurs mouvantes ceintures.

Dans ces vallons, dis-moi, n'est-il pas des replis

Tavorables, où tant d'amour fût endormi

Qu'il suffirait, au bord de sa retraite obscure.

Pour y couler en paix plusieurs suites de vies.

Sans bruit, de le surprendre entre nos bras captif.

Caché dans un creux d'ombre odorante et vermeille?

Mais voici l'heure où, ses cheveux couleur de miel

Dispersés au soleil arnica! qui tes dore,

Ce bel enfant aux mains débordantes de roses.

Trébuchant et rieur, s'en vient par le verger,

"Et, barbouillé de fruits et de fleurs, comme un faune

Tout chancelant de sa divine ébriété.

Sur ses pas mène et fait bondir le fol été.

La campagne sans fin bourdonne d'une chaude T{umeur, dans une immense extase de cigales. Te pâturage fume et l'air tremble, la terre S'évapore et rumine au loin, et je sens battre La vie universelle au torrent de mes veines.

Ginoles.

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