L'OFFRANDE
Toi qui n'as pas encor passé l'adolescence,
Et qui fais cependant S'élancer dans les airs ta haute arborescence
Par mille bras pendant ;
Toi, suprême douceur dont la saison première
Se couronne et sourit.
Qui vas répandre au loin l'azur et la lumière
Oit le ciel te nourrit;
Toi qui, réjouissant la campagne et l'orée
De tes jeunes odeurs.
Creuses, cher aubépin, une chute dorée
A tes ruisseaux de fleurs,
Et qui, sous un feston de riches bandelettes
Sans cesse renaissant.
Élèves, pour y croître, aux noires violettes
ïln antre verdissant ;
Si quelque dieu captif a choisi ton écorce.
Gardien du bois sacré.
Afin de revêtir la splendeur et la force
D'un feuillage exécré,
Bel arbuste amical, accueille ici l'offrande
De mon humble feslin, "Et, ne fût-ce qu'un soir, souffre qu'elle te rende
Propice à mon destin.
Jlccepte ces gâteaux de miel et de farine.
Qui, rompus par le feu, Imitent le détour d'une conque marine
Ouverte en son milieu.
Je t'apporte de plus ces images d'argile
Où, l'espace d'un jour.
L'artiste a rassemblé la déesse fragile
Qui préside à l'amour.
"Et je veux, suspendus par des tresses de rose
Au nœud de tes rameaux.
Avec tous les présents que ma main te propose,
Tixer mes chalumeaux.
Mais accepte surtout ce tableau qui retrace.
Dans sa prime verdeur.
Peintes d'un trait léger, la jeunesse et la grâce
De ce faune rôdeur
Que je vis une fois, entre l'écart des branches.
Sur ses jambes dressé.
Poindre jusqu'à mi-corps, de tes épines blanches
Le tenant embrassé.
Il avait cette fleur vermeille et ce visage
Qui ne durent qu'un temps, 'Et j'ai senti souffter de sa bouche au passage L'haleine du Printemps.