‹ Le buission ardentChapitre 5 sur 31 · L'HEURE VIRGILIENNE · texte numérisé non relu

L'HEURE VIRGILIENNE

Et jam summa procul villarum culmina fumant, Majoresque cadunt altis de muntibus umbrae.

Virgile.

"Le crépuscule traîne au bas de l'horizon Un règne finissant de lumière déclive, "Et délaisse la grève où cette molle rive J^ous offre plus d'un siège incliné de gazon.

Les collines glissant du ciel tout d'une chute Dépouillent la ferveur accablante du jour, "Et vers l'azur candide expriment leur contour Sur un mode alangui comme un souffle de flûte.

Par les chaumes encore assoupis de chaleur, Vois les meules tourner longuement par la plaine, "Et leur ombre, toujours plus étroite et lointaine, Poursuivre une fuyante et suprême lueur.

Le soir avec amour à nos têtes s'abaisse, Et ta première é toi te hésite à s' allumer : Yoici l'heure indistincte et lente où va fumer La verte humidité de ta prairie épaisse.

L'air passe et, d'un frisson faiblement agité, Parmi la chevelure ineffable du saule, Dévoile une fluide et frémissante épaule Que trahit le soupir d'un sommeil argenté.

Un reste décroissant d'obscures transparences Lutte contre la brume à la cime des bois, Et la terre qui tremble évapore à la fois Tin bruit mystérieux fait de mille silences.

Une rougeur dorée afflue au firmament

Où la nuil, par degrés confuse et blanchissante,

Annonce que déjà la lune, même absente.

Sur la campagne verse un tendre enchantement.

jNe parle pas plus haut que l'air et le feuillage. Ecoute dans nos cœurs marcher un pas divin. Puis tais-toi, voici l'heure où je puis voir enfin Ton âme affleurer toute à ton calme visage.

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