‹ Le bureau du commissaireChapitre 22 sur 104 · LE PLAN DE M"'^ FEVROLLE · texte numérisé non relu

LE PLAN DE M"'^ FEVROLLE

Maris ou épouses en instance de divorce, n'oubliez pas cette recommandation, que vous feront d'ailleurs vos avocat»; elle est grave, puisque son inobservation vous ferait perdre votre procès : à tout prix, évitez une entrevue tête à tête, celui des deux époux qui la demanderait alléguât-il une question d'intérêt à traiter d'un commun accord; des amis obligeants peuvent être, par lui ou par elle, placés en observation, voir le mari sortir de chez sa femme, ou la femme de chez son mari; au jour des débats, on allègue la réconciliation survenue depuis l'instance et qu'établit suffisamment la déclaration des susdits témoins, et ledemandeur est inévitablement débouté.

Elle n'ignorait pas cela, la petite madame FévroUe; son mari non plus, et comme il la savait capable de s'introduire subrepticement chez lui, pourfaire échouer la demande en divorce par lui formée, il était allé se

loger dans un hôtel. Renseignée par sa petite police, la dame alla elle-même louer une chambre dans cet hùtel, et s'entendit avec des témoins stipendiés, pour faire, tel jour et à telle heure, la constatation cidessus expliquée.

Malheureusement, elle oublia de leur dire que, par une prévoyance facile à comprendre, elle avait loué sous son nom de fille; de sorte que lorsque, à \\ heures du soir, les témoins demandèrent M™" Févrolle, il leur fut répondu qu'il n'y avait, dans l'hôtel, qu'un monsieur de ce nom.

Penchée sur la rampe de l'escalier et vêtue d'un simple peignoir blanc, comme il convient à une amante qui va trouver le bien-aimé, l'astucieuse jeune femme entendant les voix des témoins, se dit : « C'est le moment ! » Elle se dirige vivement vers la porte de la chambre de son mari, sur laquelle était restée la clé, comme il est d'usage dans les hôtels, ouvre cette porte et pénètre avec précaution dans la pièce oîi dort celui dans le lit duquel on doit la surprendre.

Ceci exposé va rendre intelligible la scène qui se passe au commissariat de police où ont été convoqués, le mari, la femme et deux locataires de l'hôtel.

Sont introduits d'abord les deux époux.

Le Commissaire (au mari) : Vous voulez faire constater un délit d'adultère commis l'avant-dernière nuit par votre femme et un garçon boucher, locataire de l'hôtel ?

LE PLAN DE MADAME FEVKitLLE

Mme Fécrolle .très nerveuse) : C'est faux!

Le Cunnnissaire : "Veuillez ne pas m'inleirompre I

(Au mari) : L'a's qnrjnt au garçon boucher, il ne pourrait, aux termes de l.i l.ii, être inculpé de complicité

que si j'avais constaté le flagrant délit; ce n'est pas le cas et je ne puis l'entendre que comme témoin.

Le Mari : Oh ! lui, ça m'est égal; un de plus ou de moins...

La Femme : C'est faux ! j'ai passé la nuit sur une chaise.

Le Commissaire : Vous vous expliquerez tout à l'heure. (Au mari) : Enfin, que s'est-il passé?

L.e Mari .- Il faut vous dire, d'abord, que Madame est venue loger dans mon liôtel pour exécuter un petit plan.

La Femme : C'était d'accord avec vous !

Le Commissaire (au mari) : Quel plan ?

Le Mari : Mais il a raté ; voilà la chose : Nous vivons chacun à notre à-part, jusqu'au divorce. Alors, l'avantdernière nuit, je dormais quand je suis réveillé par quelqu'un qui entre dans mon lit; ne sachant pas ce que c'était, j'en saute vivement, comme vous pensez; je frotte une allumette et qu'est-ce queje vois? Madame en peignoir blanc 1 Je veux la flanquer à la porte; elle me dit : « C'est bien, ne crions pas, je m'en vais. » Làdessus, 'elle sort, je la suis pour retirer ma clef; Madame regarde autour d'elle et dit, d'un air stupéfait : « Eh bien! où sont-ils donc? » A ce moment, une bonne qui allait se coucher se met à rire et dit : o Tiens ! la dame du 121 » Madame alors se sauve; je cours après elle, je cherche le n° 12 et, l'ayant trouvé, je ferme la porte, je mets la clef dans ma poche et je

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retourne me coucher. Le voilà, le plan: c'était de faire croire à une réconciliation.

La Femme : Nous n'a\ons jamais cessé de nous voir; seulement Monsieur veut divorcer pour faire révoquer une donation qu'il m'avait faite par contrat.

Le Curnraissaire : Ceci est étranger à l'afl'aire. Il est certain que vous avez passé la nuit chez le garçon boucher.

La Femme : Sur une chaise, oui; pour ne pas passer la nuit sur l'escalier, puisque Monsieur avait fermé ma porte.

Le garçon boucher est introduit et interrogé.

Le Commismire : Vous connaissez Madame ?

Le Témoin : Je ne la connaissais pas du tout, ne l'ayant jamais vue avant cette nuit-là ; il était sur les minuit, je rentrais me coucher, je trouve dans l'escalier cette dame qui était censément comme en chemise et qui me dit : « Monsieur, donnez-moi protection contre quelqu'un qui me poursuit le revolver à la main. » Alors, j'ai fait entrer cette dame dans ma chambre.

Le Commissaire : Eh bien, où a-t-elle couché? dans votre lit? (A la femme) : Laissez répondre!

Le Témoin : Heu... non... non.

Ze i}Lari : Oh ! si c'est pour moi que vous faites des façons, vous avez bien tort.

La Femme (vivement) : J'ai passé la nuit sur une chaise.

Lp Témoin : Oui, oui, c'est ça, et moi je me suis couché tout habillé sur mon lit.

On introduit l'autre témoin.

Sur les minuit, dit-il, allant me coucher et voyant de la lumière chez Monsieur qui estm.on ami. j'entre pour lui diie bonsoir et je trouve chez lui cette petite dame.

Le Commissaire : Est-ce qu'elle était sur une chaise?

Le Témoin: ^on, elle était assise sur le pied du lit.

Le Commissaire : Et lui?

Le Témoin: Lui était assis à côté d'elle.

Le Commissaire : Le lit était-il défait ?

Le Témoin : Pas encore.

Le Commissaire : Pas encore, mais savez-vous s'il l'a été après votre départ ? Avez-vous revu votre ami le lendemain?

Le Témoin : Non, mais le matin, en allant a mon ouvrage, j'ai vu Madame sortant de chez lui, déguisée en homme.

Le Garçon Boucher : Oui, dans mes effets, pour pouvoir s'en aller, n'ayant pas les siens.

Le Témoin: Même qu'elle avait dû avoir une rude peine à mettre le pantalon, cristi 1 ça collait!

Le Garçon Boucher (riant) : C'est un fait que, quand elle m'a demandé mon pantalon, je lui ai dit : « Ça n'entrera jamais. »

Le Commissaire : Comment le saviez-vous?

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Le Garçon Boucher : Peuh 1 je dis ça... vous savez.

Le Commissaire : Non, je ne sais pas, c'est vous qui paraissez savoir.

Le Garçon Doucher : Je... c'est un supposé de ma part, vu que Madame est boulotte... case voit.

Le Mari : Ne vous ^ênez pas pour moi; oh! vous n'êtes pas le seul,

Ln Femme : C'est faux !

Le Commissaire : Il est le seul ?

La Femme: Oui. (Se reprenant). Non... je veux dire... vous m'entortillez.

Tel est le début de l'enquête mettant en relief la forte base sur laquelle devra s'asseoir la prévention d'adultère.

LA FAMILLE FRANGIPANl

Il est entendu que l'Italie est notre amie et qu'elle nous est attachée par les liens de la reconnaissance, mais cette reconnaissance se traduit souvent dans notre pays par des coups de couteau donnés à nos concitoyens par les ouvriers italiens qui viennent nous demander du travail. Faut-il s'étonner s'il se rencontre parfois quelque Français qui tape dans le tas, sur se frères transalpins?

En voici un. Il est amené au commissariat de police, par deux gardiens de la paix, suivi de la famille Frangipani : le père, la mère, la fille et un bambin d'une dizaine d'années, tous modèles pour peintres, en costumes. Ils geignent à fendre l'âme; l'ennemi des Italiens proleste contre son arrestation ; tous crient à 1&

fois et c'est à qui parlera le premier au commissaire ôe police.

Le silence obtenu et les agents ayant fait connaître qu'ils ont arrêté l'inculpé tapant sur les Frangipani sans distinction d'âge ni de sexe, Vigoureux (c'est son nom) est invité à s'expliquer; il prétend qu'il a été provoqué.

Le Commissaire : Par ces gens? Que vous ont-ils fait?

L'Inculpé : Ils m'ont fait qu'ils avaient lair de se fiche de moi, parce que j'avais un peu de vin. Alors leur z'ayant marché sur la patte du père, pas par exprès, vu que n'étant pas très solide, je marchais à côté de moi, les v'ià qui se mettent à rire et que le père me repousse, en m'appelant «pochardi», j'ai beau pas savoir l'italien, j'ai bien compris «pocliardi».

Le Père : Pochardo.

L'Inculpé : Di... on n'est pas pochard d'eau.

Le Commissaire : Enfin, vous avez frappé ces malheureux, deux femmes, un enfant.

L'Inculpé : Parce que le père m'ayant donné une bourrade, j'y ai fichu un coup de poing et que toute la séquelle m'a tombé dessus. Malheurl Sans nous, qu'estce que vous seriez? Des simples Piémontais, des fumistes, des crieurs dans les rues : Au vitri !

Le Commissaire : Taisez-vous !

L'Inculpé : Des meneurs d'ours, des montreurs de

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