‹ Le bureau du commissaireChapitre 23 sur 104 · LA FAMILLE FRANGIPANI · texte numérisé non relu

LA FAMILLE FRANGIPANI

marmottes en vie comme deô Savoyards, que vous en êtes presque.

Le Commissaire : Voulez-vous vous taire?

L'Inculpé : Je me tais, mon commissaire ; mais moi, quand je vois un Italien qui vient me manger mon pain...

Le Commissaire : Et surtout vous boire votre vin.

LLncul/,é : Ils en ont chez eux, qu'ils y restent; estce que je vas dans leur péninsule, moi?

Le Commissaire : Nous allons entendre les plaignants.

L' Inculpé : Sans notre sang, est-ce qu'ils en auraient une péninsule?

Le Commissaire : Je vais vous faire mener au Dépôt sans être entendu, si vous ne laissez pas déposer les plaignants.

L Inculpé : Ah ! si vous comprenez leur charabia.^,.

Le Commissaire (aux agents) ; Il faudrait un interprète, ce sont des Italiens.

Frangipani père : Fait rieng, pas bisoigne, Moussu, nous parlaté français bieng, molto.

Il n'a pas besoin de le dire, ça s'entend.

Le chef de la famille Frangipani, donne ses noms et âge.

Le Commissaire : Votre profession?

Frangipani : Moudèle, boune moudèle pouse la tête, pouse l'ensemble, pouse les moines.

Le Commissaire : Bien, bien.

Frongijjayii : Pouse Louis XIII.

Le Commissaire : Ça sufiit.

Fvanfjifjani : Pouse les Moustiquaires.

L'inculpé rit à se lordre.

Le Coinmissaire : ,\e vais vous faire emmener'. (Au plaignant) : Quels coups vous a portés c t homme?

Frangipani (mimant des coups de poing): Boum! boum !... bada boum !... pourra pas pouser domnno et l'altro domano; moussu Bounat bisoigne... pouse la tête dix francs la pouse.

Le Commissaire : Votre femme a été aussi frappée?

Franrjipani : Ma femme ouna Napolitana, bella moudèle, pouse la tête, pouse l'ensemble, moussu Bougué-

LA FASIILLE FRANGIPANI 69

reau bizoigne, pourr^ pas pouse (mimant des coups boum !... boum !...

Le Coynmisscdre : Et votre fille?

Frangipani : Mafiglia, ouna bella figlia, boune moudèle, pouse la tête, pouse les bras, pouse la poutrine.

Le Commissaire : Oui, oui, eh bien! a-t-elle été frappée?

Frangipani : Moussu Bouguéreau bisoigne, pouvoir pas pousé, pousp la tètC;, elle bambino, boune moudèie,

pouse bien, pouse comme oun homme, moussu Lobrichon bisoigne demano, pourra paspouser.

Le Commissaire : En voilà assez !

Frangipani : Et saze, saze, pouse bien le bambino.

Le Commissaire : Allez-vous-en !

Frangipani : Cousta un peu, moussu, ma femme, ma figlia et le bambino.

Tous trois (à la fois) : Pouse la tète, pouse l'ensemble, pouse les moines, les moustiquaires.

Le Commissah'e : Assez!... retirez-vous! on vous citera.

Frangipani : Moussu Bouguéreau bisoigne.

La Fille : Moussu Bounat, bisoigne.

Le Bambin : Moussu Lobrichon bisoigne.

On les expulse.

Vigoureux (sortant) : C'est notre sang qui leur-z-a conquérila Venitia bella etNapobta et la péninsule qui a la forme d'une botte.

(Un agent le pousse par les épaules).

LES DIGESTIOxXS DE M. PIEDEVEAU

Celui qui a posé en principe qu'un bon estomac inspire les bonnes actions ])arce qu'il implique un bon appétit, lequel permet les bons repas qui donnent la bonne humeur d'oii naissent les bonnes pensées, mères des bonnes actions, conclusion après laquelle il faut tirer l'échelle des déductions^ ce penseur était, ù proprementparler, plutùtun goinfrequ'unvrai philosophe.

Ce qui est absolument vrai, par exemple, c'est qu'un mauvais estomac enfante l'humeur noire qui conduit à l'hypocondrie, et que l'hypocondriaque est un ours mal léché incapable d'une bonne pensée ou d'un bon mouvement.

Que M. Piédeveau ne se croie pas visé par cette réflexion; il n'est pas encore de ces grincheux maladifs qu'on ne sait par quel bout prendre ; il peut être accessible aux élans du cœur ; son estomac a besoin de soins, voilà tout ; mais qu'on ne s'avise pas d'entraver

son moyen de le soigner, sinon on serait mal venu ; son concierge et ses voisins en savent quelque chose, à telles enseignes que le voilà devant le commissaire de police sur la plainte de trois de ces derniers.

Seul contre trois, que vosiliez-vous qu'il fît?

Qu'il se défende, c'est ce qu'il fera.

Du reste, nous ne rapporterons qu'une déposition, pour ne pas nous répéter, les trois étant semblables : Monsieur le commissaii'e, dit un des plaignants, depuis un mois la maison était devenue inhabitable pour les voisins de M. Piédeveau. On est à table, à déjeuner tranquillement ; tout à coup, voilà un roulement de tambour.

Le Commissaire: Où cela, ce tambour?

Le Plaignant: Chez M. Piédeveau; ça dure cinq à six minutes, ça s'arrête et, plus rien. On croit que c'est fini, pas du tout; dix minutes après, on bal la retraite et voilà encore du tambour pour cinq grandes minutes; ça cesse encore, nouveau silence de dix minutes, après quoi: « Ra pla pla, ra pla pla, voilà le rappel; ça nous faisait faire des sauts à ma femme et à moi, que ça nous en coupait l'appétit comme avec un rasoir. Bon, encore un repos; nous nous disons: « Va-t-il enfin nous laisser tranquilles? » Pas du tout; au bout d'un quart d'heure, il bat aux champs : « Rrra ! pla ! pla, pla^ pla! et le soir, à dîner, ça recommence. Le premier jour, nous nous sommes dit :« 11 doit avoir

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