‹ Le bureau du commissaireChapitre 41 sur 104 · LES 20 FRANCS DK LA TANTE · texte numérisé non relu

LES 20 FRANCS DK LA TANTE

première distribution, il descendait de son sixième comme un cheval échappé, qu'il tombait dans ma loge comme une bombe, que j'en faisais des sauts !... lui disant : « Mais, seigneur Dieu! Qu'est-ce qu'il y a? que

vous me faites dessouleurs... » Alors il me criait : « Ma lettre, vous avez ma lettre ! — Mais non, je n'ai pas de lettre », que je lui disais. Alors là-dessus, c'était des jurements que la maison en tremblait; il sortait en fermant la porte, à me casser mes carreaux ; et le soir, quand il rentrait, encore la bombe : boum ! c'était en-

core pour sa lettre ; je ne pouvais pas lui donner ce que je n'avais pas.

Enfin, il m'a fait cette vie-là pendant quatre à cinq jours et qu'il a fini par me traiter de vieille rosse, vieux chameau, que sa lettre devait être fourrée dans les lettres et les journaux des autres locataires, et il farfouillait dedans, jetant tout en l'air, en jurant, en faisant une vie; alors j'ai été porter plainte.

in Facteur des postes : Comme j'entrais dans la maison, tenant à la main les lettres que j'avais à y déposer, cet individu me dit, ayant les yeux qui sortaient de la tète : « Avez-vous une lettre pour moi, Roussinier? il y a dedans un mandat de 20 francs. » Je lui réponds que je n'avais rien à ce nom-là ; alors il prétend que je cherche mal, qu'elle est dans ma boite ; làdessus, il fourre ses mains dedans, veut prendre mes lettres pour chercher lui-même ; je l'ai repoussé vigoureusement ; alors il m'a traité de fainéant, de propre à rien, que je ne voulais pas me donner la peine de chercher sa lettre ; j'ai fait ma plainte, d'autant plus que je cro3'ais avoir eu affaire à un homme en ribotte; mais pas du tout, j'ai su, tout à l'heure, qu'il était allé faire une vie du diable dans les bureaux pour avoir sa lettre ; on l'a mis à la porte.

Un homme s'avance.

Le Commissaire : Qui êtes-vous? que demandez-vous?

Roussinicr : Mon commissaire, c'est mon ami Reculé, que je lai rencontré comme on m'amenait devant

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voire vénérable présence, dont je lui ai dit de venir à ma décharge.

Le Témoin : Je suis Reculé, ouvrier dans la colle ; je viens à décharge de mon ami Roussinier.

Le Commissaire : Qu'avez-vous à dire ?

Reculé: Je voulais seulement dire qu'ayant eu l'idée d'une partie de plaisir avec lui et d'autres amis... Voilà ! ça l'a exaspéré qu'on fasse la partie sans lui. C'est tout ce que j'avais à dire, (A l'inculpé) : Mon pauvre vieux, j'ai fait ce que j'ai pu.

Roussinier ; C'est vrai, mon commissairo, j'étais exaspéré et il y avait de quoi.

Le Commissaire : Enfin, vous reconnaissez les faits ?

Roussinier : Je ne vas pas à l'encontre de ce qu'on me dit que j'ai dit; mais attendant un mandat de 20 francs de ma tante qu'elle m'avait écrit qu'elle me l'enverrait, je parierais douze litres à seize contre un verre d'eau sucrée qu'elle m'a envoyé mon mandat.

Le Commissaire : Lui avez-vous écrit pour vous en assurer?

Roussinier : Je peux pas, elle est allée en Auvergne et j'ai pas l'adresse ; mais je suis sûr qu'elle m'a envoyé mon mandat.

Le Commissaire : Retirez-vous ! On vous citera à comparaîtra devant le Tribunal.

Roussinier : Je suis aussi sûr que ma lettre est

fourrée quelquepart et qu'on ne veut pas la chercher...

Sur l'ordre du commissaire, on le fait sortir.

Ceci prouve bien qu'il n'y a rien à faire contre une idée fixe.

LA COURONiNE DE MARIÉE

Les fanlaisisles auteurs des pièces de théâtre dilrs <• essentiellement parisiennes, » à la r< cherche de combinaisons comiques^ se mettent la cervelle à l'envers et y mettent aussi le bon sens pour arriver à ce qu'on appelle la situation qui doit réjouir les spectateurs.

La vie « essentiellement parisienne » fournit pourtant, à chaque instant, assez d'éléments à la comédie nouveau genre sans qu'il soit besoin de se torturer l'esprit pour les trouver. Dans l'histoire de la couronne de mariée (jue va nous raconter Paleron, par exemple, il y a l'embryon d'une de ces comédies.

Ce malheureux garçon, amené au commissariat par des agents qu'il a outiagés, refuse obstinément de faire connaître son domicile.

Le Commissaire : Alors je vais vous envoyer au Dépôt, sous l'inculpation de vagabondage.

13 i LE BLUEAL' DU COMMISSAIRE

Paleron, dont le mariage est fixé au surlendemain et qui demeure chez son futur beau-père, M. Vazou, se décide alors à donner l'adresse de celui-ci. On l'envoie chercher; en l'attendant, le commissaire entend d'autres adaires. Enfin Yazou arrive et s'écrie avec stupéfaction :

— Mon gendre ici! que nous n'avons pas vu depuis deux jours!

Cette exclamation établissant que l'inculpé n'est pas un vagabond, il reste à sa charge le fait d'outrages aux représentants de l'autorité.

Un Agent : Vers trois heures et demie du matin, nous avons trouvé cet individu endormi sur un banc du boulevard Maficnta; je le secoue pour le réveiller, il ouvre les yeux et me dit :

« Pardonne-moi, Joséphine. »

Le C ommisudre : Ce n'est pas un outrage, cela.

L Agent : Non, les outrages sont venus ensuite. Il avait auprès de lui une couronne de mariée.

Z'/rtcw//?e (la tirant de sa poche), La voilà! (Il présente cet emblème virginal, froissé, sali, lamentable à voir; .

Le Commissaire : Elle est dans un bel état; qu'est-ce que c'est que cette couronne?

V Inculpé : C'est pour Joséphine, ma future.

Papa beau-père : Plus souvent que ma fille va mettre cette saleté là sur sa tête?

Le C ommissaire (à l'agent' : Conlinacz !

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