LA PROVIDENCE DES CHATS
elle leur envoyait vingt francs qui était son ordinaire, par sa bonne.
Le Commissaire : Oui, et après vous vousêtes procuré plusieurs chais, les plus maigres et les plus piteux possibles, vous avez écrit à M""® Toucan et elle vous a envoyé vingt francs par sa bonne à qui vous avez exhibé une demi-douzaine de chats affamés et assourdissant tout le monde de leurs cris de détresse.
L'Inculpé : Oh ! Monsieur, ce jour-là, ils ont eu chacun une fameuse bosse de mou.
Le Commissaii^e : Oui, mais vousavez eu pour le reste des vingt francs, une aussi fameuse bosse de victuailles. Mais ce n'est pas tout: d'accord avec un de vos amis, vous avez transporté les malheureux chats chez lui, et vous avez encore fait envoyer vingt francs à son domicile. Enfin, à la troisième lettre, M"'* Coutan, avertie, m'a prévenu.
L'Inculpé : M'sieu, comme je vous dis : dans la maison et dans le quartier, je ne me cachais pas pour conter la chose et les voisinsriaient comme des bossus. Le Commissaire : D'autant plus que vous les régaliez avec l'argent envoyé pour les chats.
L'Inculpé: Naturellement, et puis. Monsieur le commissaire, puisque cette dame dépense toute sa fortune pour les bêtes ! Ainsi, dans la rue, si elle voit un chien qui a Tair malheureux, elle lui achète soit un cervelas, soit un petit pain, soit un gâteau, et même des fois
qu fc.le demande dans une boutique si on veut le prendre, qu'elle paiera sa pension.
Le Conimhsaire : Cela ne change rien à ce qui vous est reproché.
L'Inculpé : Non, mais c'est seulement pour vous expliquer; et les charretiers, qu'elle leur donne dix sous, vingt sous, pour ne pas fouetter leurs chevaux, et dans les omnibus, qu'elle donne de l'argent au cocher pour qu'il n'aille pas trop vite. Et m'sieu, il y a une apologue qu'on lui fait à chaque instant quand elle est à son balcon qui est au premier : un individu passe avec un chien ou un chat, avec d'autres qui s'entendent ensemble et il crie : «Non, je vas le jeter à l'eau, je n'ai pas le moyen de le nourrir, » alors la dame donne des fois cent sous, des fois dix francs pour qu'on ne lejelte pas à l'eau. Ah ben, merci, le coup du chien à l'eau, mais, m'sieu, on lui fait tous les jours.
Farce ou non, l'exploiteur de la sensible dame n'en aura pas moins à passer en police correctionnelle.
Espérons que les gracieux favoris de M"'' Toucan n'auront point à soulfrir de la friponnerie qu'ils ont inspirée, et que s'ils n'ont plus d'autels en Egypte, ils auront toujours leur place dans son cœur.