‹ Le bureau du commissaireChapitre 47 sur 104 · LE MATELAS DE LA VEUVE CAROX · texte numérisé non relu

LE MATELAS DE LA VEUVE CAROX

L s'est trouvé, nn jour, un Français né malin 'condamné, d'ailleurs, en police coirectinnnelle pour abus de son don naturel), "qui avait résolu le problème de la mobilisation de la propriété immobilière; il était en train de vendre en détail une maison solitaire dont les propriétaires étaient en voyage, et il fut arrêté au moment où, après avoir démonté et vendu les portes, les fenêtres, les gouttières et la couverture en zinc de cette habitation des champs, il se disposait à négocier le siège d'aisance et sa cuvette, ce qui, contrairement à la croyance populaire, ne lui a pas porté bonheur.

Qui peut le plus peut le moins, et l'enlèvement clandestin d'objets mobiliers est chose banale ; elle peut,

cependant, être or-iginale en certain cas; celui-ci par exemple : emporter de chez, le maître dont on fait le ménage un matelas et un lit de plume^ en passant devant ce maître, les voisins et le concierge, les bras ballants et les mains vides !

C'est le tour qu'a exécuté, en plein midi, !a veuve Caron, femme de ménage au service de M. Rébard, et la voici devant le commissaire de police, sous inculpation de vol.

Elle nie avec cette vigueur et cet accent de conviction que donne h si haut point le sentiment d'une mauvaise cause; ce qui est certain, c'est qu'à sa prise de possession de la chambre qu'elle occupe, elle n'a emménagé qu'une paillasse et un matelas; qu'aujourd'hui elle a deux matelas et un lit de plume, et que pas àme qui vive n'a vu apporter, chez elle, ce supplément de literie, qu'on n'a, du reste, pas vu davantage sortir de chez M. Rébard.

Ecoutons la plainte de ce vieux monsieur,

11 commence par gémir sur la triste situation d'un homme déjà âgé, sans famille et obligé de recourir, dit-il, à des soins mercenaires. Il ne s'est pas voué au célibat; il a deux grades au-dessus: marié d'abord, veuf ensuite. Ces préliminaires exposés, M. Rébard arrive au fait important :

— Depuis quelque temps, dit-il^ je ressentais des maux de reins qui allaient toujours croissant ; je me disais : c'est l'âge. Je parle de cela à ma femme de ménage,

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