LE MATELAS DE LA VEUVE CARON
elle me conseille des frictions à l'alcool camphré; je la prie de m'en acheter et, le soir même, je me frictionne: ma nuit ne fut pas meilleure. Le lendemain matin, je recommence, puis le soir, et comme ça régulièrement deux fois par jour, mais sans aucun efl'et. Je dis à cette femme : « Mon lit doit être mal fait, je suis brisé de-
dans. » Elle me promet de bien retourner et fouiller le matelas et le lit de plume; mais non seulement je ne me trouvais pas mieux, mais le lit était de plus en plus dur. Quand j'étais meurtri d'un côté, je me retournais de l'autre; ensuite sur le dos, puis sur le ventre et tous les jours les frictions à tour de bras à m'en enlever la peau ; alors je souffrais encore davantage.
Le Con,missah-e : Enfin, Monsieur?
J.e Plaignant: Enfin, un malin, brisé, n'ayant pu fermer l'œil de la nuit, j'ai l'idée de soulever ma literie :Ah! Monsieur, mes matelas, mon lit de plume, plats comme des limandes frites; il n'y avait presque plus ni plume ni laine.
Le Comniksairc : Cette femme vous emportait vos matelas et votre lit de plume en détail?
Z'/ncu//jee (protestant) : Oli! ohl
Le Plaigna7it : Hans un lirand panier qu'elle avait toujours, oui^ Monsieur.
L Inculpée : Ohl... mon panier, c'était un sou de crevettes que je m'achète quand j'en trouve.
Ze Coynmissaire : Pour mettre pour un sou de crevettes, il vous faut un panier à déménagement?
L' Inculpée : Ou des fois, une ou deux écrevisses.
Le Commiasaire : Qu'est devenue la laine et la plume ?
h'Liculpée : Ça. ne peut être que les vers qui l'ont mangée.
Le Plaignant : Vingt livres de laine et de plume?
LJIncufpée : Vingt livres? Des méchants matelas comme la main...
M. Rébard ayant amené la concierge et une bonne de la maison, le commissaire fait approcher la première.
L Inculpée : Oh ! une femme qui boit et qui m'accuse que je cherche à attirer son mari!
La Concierge : Oui, Madame, que vous lui faites des mamours; je n'ai pas les yeux dans ma poche.