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LE SAUVAGE ET L INTERPRETE

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Alors, appelant l'attention du nègre, il lui lient à peu près ce langage : Papaki pou pou, tok tok, kougnarak, kipopo, kroc, kroc.

Le Xègre (faisant des yeux'larges comme des soucoupes) : Baba, bobo, baba.

L Interprète : Nous n'y sommes pas encore.

Le Commissaire : En quel dialecte lavez-vous interrogé?

L'Interprète : C'est du sauvage... Maintenant il y a plusieurs espèces de sauvage. (Examinant le nègre) : Il pourrait bien être de la race des Papatoutous; je sais

le papatoutou, je vais essayer. (Au nègre) : Krama, ïo ïo, Kaïlok, tulu, xi, xi, xi! bou bou!

Le Nègre (avec humeur) : Baba, bobo, baba.

L Interprète : Non, ça n'est pas un Papatoutou... Ah! Attendez! Kou, kou rikmik vouk té ton bek.

Le Nègre (impatienté) : Baba, bobo, baba.

L Interprète : Il ne sait dire que ça.

Le Commissaire : Enfin, cet homme vient de quelque part ; il est venu par mer.

Le A'è^re (paraissant comprendre) : Ah! ah!

Et alors, il balance ses deux bras de façon à simuler les vagues de la mer; puis il mime, des mains et des pieds, un matelot grimpant dans les cordages d'un navire; puis il exécute l'onomatopée que voici : «Pfu!

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Pfu! Pfu! » qui exprime à merveille le bruit d'une machine à vapeur, et voyant que le commissaire semble comprendre ses gestes, il en exprime sa satisfaction par une très vive mimique qui tient absolument du singe.

Le Nègre : Baba, bobo, baba?

Le Commissaire : Oui. (Aux agents) : Menez-le au Dépôt!

Les agents font signe au nègre de les suivre. Qu'at-il compris? on n'en sait rien, mais il continue à gambader et finit par sauter à califourchon sur les épaules de l'interprète.

LE SINGE

Le singe est plus ou moins acclimaté chez nous, mais il n'en est pas encore à vivre sur nos arbres comme sur les cocotiers de son pays ; d'où la surprise bien légitime de braves villageoises en voyant dans un marronnier, un de ces animaux, de proportions colossales. Une seule l'avait d'abord aperçu et s'était empressée d'appeler le garde champêtre, causant à cent pas d'elle avec des maraîchères ; aux cris : u Un singe ! un grand singe ! venez donc ! » tout le monde était accouru.

Voilà donc, au commissariat de police : 1° le singe, grand voyou de dix-huit ans, nommé Fourbillon ; 2" la

paysanne qui la découvert sur un arbre ; 3'^ le garde champêtre.

Ecoutons la paysanne :

— Je passais, quand j'entend du bruit comme un arbre qu'on secoue; je regarde et je crie: « Ah! un singe! » Là dessus v'ià le singe qui me fait des grimaces, qui crie : Ri ki ki, kiri ki, qui se gratte... comme les singes, qui arrache des marrons, vu que l'arbre était un marronnier et qui m'en a jeté deux ou trois à la figure : c'est donc de là que, voyant le garde champêtre, je l'ai appelé.

L'Inculpé rit aux éclats.

Le Commissaire : Ah ! cela vous fait rire?

Fourbillon : Je ris de ce que dit Madame, que je me grattais et que je faisais des grimaces; je devais être bon tout de même ; mais ça n'était pas pour faiie le farceur, vu que j'avais été me baigner, alors voilà ({ue

Le Commissaire : Vous vous expliquerez tout à l'heure.

Le Garde champê're : Etant en tournée de surveillance et causant avec des femmes au sujet des maraudeurs qui pillent tout, voilà que j'entends crier : « Un singe ! un grand singe ! » Je cours, je regarde dans l'arbre où était censément le singe, et, à ce moment-là, il se met à se moucher avec ses doigts. Je me dis : « Un singe qui se mouche, ça ne s'est jamais vu. » Je le regarde et je dis : « Ça, un singe ! » Alors, v'ià qu'il

LE SINGE

veut faire la frime de se gratter et de me faire dos grimaces; mais je lui dis : « T'échigne pas à jouer ./oo/f^o ou le Singe du Brésil ; le vois bien à ta gueule que t'es pas un singe; descends, et pus vite que ça, sinon je vas te descendre avec ça, » que je lui dis en tirant un revolver pour lui faire peur. Ah ! il ne se Test pas fait dire deux fois quand il a vu que je le mettais en joue; si vous l'aviez vu dégringoler !... Je vas pour l'appréhender, impossible ! il me glissait dans les mains ; je le prends à bras-le corps, mais comme il avait tombé dans une marre, il était tout gluant de vase ; pas moyen de le tenir : finalement, que j'en suis venu à bout tout de même; il a dit oîi étaient ses effets et on l'a fait se r'habiller.

Fourbillon : Qu'on n'a même pas voulu me laisser laver et que je suis vert comme une grenouille ; tenez, je vas vous montrer. [Il s'apprête à ôter son pmitalon.)

Le Commissaire :'Non,non\ vous êtes évidemment un de ces maraudeurs dont parlait le garde champêti'e.

Fourbillon : Mais à preuve, mon commissaire, qu'on ne se met pas tout nu pour marauder, et que j'étais allé simplement me baigner; alors que voyant venir les gendarmes pendant que je me baignais, je me suis sauvé.

Le Com.missaire : Tout nu ?

Fourbillon : Je n'aurais pas eu le temps de m'habiller ; les gendarmes m'auraient pigé, alors en me sauvant, je tombe dans une grenouillère, que j'enfonce jus-

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qu'aux cheveux ; que voilà les grenouilles qui font un chabanais !... Heureusement que je sais nager ; je sors de la grenouillère ; j'étais vert de la tête aux pieds ; alors voyant les gendarmes qui venaient toujours, c'est donc de là que j'ai grimpé dans un arbre.

Le Commissaire : Où vous vous êtes mis à faire le singe.

Fourbillon : Parce qu'il y a une femme qui m'a pris pour un singe; alors, je m'ai dit: c Tiens, elle aura peur et va se sauver ; » mais elle a été chercher le garde champêtre.

Au fond de tout cela, il ne pourrait y avoir lieu de retenir ce singe par circonstance que pour outrage public à la pudeur, et tout porte à croire qu'il a plutôt songé à sauver sa personne qu'à perdre des créatures du beau sexe ; mais en attendant les renseignements qui établiront son identité et ses moyens d'existence, ordre est donné au garde champêtre de le conduire à la gendarmerie, qu'il réjouira da récit de son aventure, et l'on sait que dans la gendarmerie, quand un gendarme rie, tous les gendarmes rient dans la gendarmerie.

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