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LE PORTE-BONHEUR

xcEi'TÉ quelques joueurs qui ont foi dans tel ou tel féliche, dans le voisinage d'un bossu sur la protubérance duquel ils posent leur main gauche, pendant qu'ils pontent de la droite ; dans l'heureuse influence d'une cravate ou ^ d'une bague avec laquelle (^ — ^ ils gagnent toujours; excepté ces maniaques, les gens sensés ne croient guère aux <i porte-bonheur », même au plus réputé de tous, celui qu'a illustré Ganibronne. On a dit longtemps que celui-ci avait puissamment concouru à la réussite des

LE liUHEAU DU COMMISSAIRE

pièces de feu Clairville; mais il faut bien reconnaître qu'il n'a pas porté bonheur au héros de Waterloo, et admettre que c'est surtout le talent dramatique du regretté vaudevilliste qui explique ses quarante années de succès.

D'ailleurs, en tenant pour sérieuse l'influence d'un porle-bonheur, il est évident que la présence matérielle de l'objet serait indispensable; or, un ne peut guère s'arrêter à l'idée de porter sur soi celui dont le nom est passé à l'état de réponse héroïque, à moins d'en porter l'image en or, comme, il y a quelques années, la mode était de porter, en bracelet, un petit animal assez peu ragoiîlant à l'état de nature.

Une chose, d'ailleurs, suflh-ait à détruire la superstition encore en crédit chez certains êtres candides: c'est la variété des porte-bonheur ; chacun a le sien, auquel il croit, et, chez beaucoup de paysans, par exemple, on est convaincu que quiconque trouve un fer achevai réussira dans toutes ses enti éprises.

Un ouvrier serrurier, très farceur et instruit de cette particularité, avait imaginé la joyeuse plaisanterie que voici: travaillant chez un patron établi dans le quartier des Halles centrales, il s'était procuré un fer à cheval, le faisait rougir à la forge et, dès qu'il voyait venir de loin un paysan, il jetait, dans la rue, le fer qui, presque instantanément, passait du rouge au noir, mais non du chaud au froid; puis il attendait l'effet de sa fumisterie.

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