‹ Le bureau du commissaireChapitre 68 sur 104 · LE PORTE-BONHEUR · texte numérisé non relu

LE PORTE-BONHEUR

Souvent, elle réussit à souhait: le paysan lâchait le porte-bonheur plus vite qu'il ne l'avait pris, s'éloignait en jurant comme un charretier, et le serrurier de rire. Mais un jour, la victime tomba sur lui à coups de poing et notre homme, cette fois, au lieu de rire, cria : « Au

secours! à l'assassin! -se |jlaignlt à des sergents de ville; de là, comparution des parties devant le commissaire de police auquel l'affaire est racontée.

Un Agent (désignant le plaignant): C'est son habitude de jeter dans la rue des fers rougis au feu, comme celui-ci (il le présente au commissaire); il est

LK III liKAi: Di: COMMISSAIRE

connu pour ça clans le quartier; des gens qui s'étaient brvilés se sont déjà plaint a moi.

Naturellement, notre farceur affirme qu'il a jeté le fer dans la rue sans mauvaise intention.

L'Inculpé- Ta, ta, ta, v'nêtes pas si bète que de pas savoir qu'un far achevai qu'on trouve, ça porte bonheur ni pus ni moins que d'ia corde d'pendu.

Le Cumiiissaire: Ni pius ni moins, c'est certain.

L'Inculpé: Ah ! qu'on voit ben que v'êtes un homme instruit.

Le Coniniissaire. -y ous reconnaissez avoir porté des coups et fait des blessures au plaignant?

L'Inculpé: Pour ce qui est de ça, j'y ai fichu une jolie ralapiolc! un gas qui est cause que j'ai la main frite comme une saucisse ; tenez, regardez ; qu'en v'ià pour huit jours sans pouvoir faire œuvre de mes dix doigts et le pouce.

L° Coynriiissaù^e : Il fallait porter plainte et ne pas vous faire justice à vous-même.

L'Inculpé: Mais, mon commissaire, on ne pense pas à ça, sur le moment, que ma viande a fait : Frrrsss ! comme une fusée violente; d'aulant, mon commissaire, que j'avais eu un far que tous les bonheurs marrivaient : la récolte, un bon mariage que j'avais fait et que, à partir du jour où on m'a filouté mon far, v'ià tous les guignons de l'enguignonnement ; ma femme que je trouve dans le foin avec un militaire,

L1-: l'oKTK-lJUMlDUU

et que les z'hannetons, les chenilles, les limaces, les cloporle? me mangeaient tout, qui venait que je n'avais pus mon far.

Le Commissaire: Il fallait en acheter un.

L'Inculpé: Ah !ça ne vaudrait rien ; faut le trouver ; si on l'achète, c'est pas la même chose.

Alors que, depuis ce temps-là, je regardais toujours

par terre si je trouverais un autre far, el puis qu'en voyant un, je mets la main dessus, cré vingt chiens! que c'était un vrai charbon et que je vois le gas qui m'avait fait ça, qui riait comme une bourrique... Ah I je l'ai fait rire, allez ; il gueulait ! pardon, mon commissaire; ça vous est y égal qu'on me le donne, puisque je l'ai trouvé ; il me portera bonheur.

Le fer à cheval lui est donné et le commissaire, esti-

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mant qu'il y a eu provocation de la part du joyeux serrurier, refuse de donner suite à sa plainte.

Ae Paysan: Je suis-t-acquiUé!.. l'effet du far. (Au plaignant) : Tu t'attendais pas à celle-là, malin.

LE DIVORCÉ ET SOxN EX-ÉPOUSE

i:s hommes (disait une cuisinière), c'est le contraire des poulets; plus ils sont vieux, plus ils sont tendres ; pensée qui prouve bien que si cette artiste du fourneau se connaissait en poulets, ce qui est assez naturel, elle se connaissait aussi en hommes, ce qui, du reste, est également naturel.

Et à l'appui de la l'éflexion ci-dossus, citons l'exemple de Bondonneau, homme divorcé et toujours tendre pour celle dont il regrette amèrement de s'être séparé. .\ plus de cinquante ans d'âge, dont il jouit pour l'instant, ils'est jeté dans lesaventuresles plus juvénilespour arracher son ex-épouse à Picambès, un Bordelais qui devait prendre, dans les délais légaux, la succession conjugale de Bondonneau. Il a trouvé mauvaises les

rî.'ii Li: BUKKAU du commissaire

tentatives de celui-i;i, auprès de celle sur laquelle il n'a plus aucun droit; de là une allercalion, puis une paire de gifles appliquées par le Bordelais à l'ex-époux de sa future à lui; Bondonneau, brave comme un autre, mais à son heure, voulait une réparation par les armes, à l'instant même; Picambès se déclarait prêt à la donner le lendemain, refusant absolument de se liatire à la chandelle, ce qui est cependant moins dangereux qu'à l'épée; de sorte que Bondonneau, craignant peut-être la nuitquiporte conseil, s'estappujé

sur le prétendu refus de satisfaction pour en demander une, moins chevaleresque, au commissaire de police.

— J'ai eu tort. Monsieur, j'ai eu tort, je le reconnais, (lit notre Bordelais avec l'accent du terroir ; je suis de Bord eaux tt j'ai agi comme si j'étais... des environs ; j'aurais dû me battre sur-le-champ avec Monsieur.

Le Conimismire : Je n'accepte pas vos regrets d'avoir refusé de vous battre en duel.

Picambès K'ivement) : La nuit même, monsieur le commissaire.

LE nivoHci'; HT SON EX-ErousE i235

Le commissaire : Peu importe.

Picambes : Il m'importe beaucoup, je suis de Bordeaux et je tiens à ce qu'on sache que je me mettais à la disposition de Monsieur pour le lendemain, comme cela se fait toujours ; quoi qu'il en soit, je regrette...

Le Commissaire : Si v(ius regrettez les soufflets que vous avez portés à Monsieur, il acceptera vos excuses et l'affaire sera terminée.

Picambes : Oh ! pour ceci, non ; je suis de Bordeaux et je ne saurais...

Le Commissaire : C'est bien ! pourquoi avez-vous frappé le plaignant?

Picambes : Ylh doncl figurez-vous que mon gaillard...

Bondonneau : Je ne suis pas votre gaillard.

Le Commissaim : N'interrompez pas.

Bondonneau : Je liens à ce qu'on sache que je ne suis le gaillard de personne.

Picambes: Je retire lemotet reconnais coram populo^ que vous n'êtes aucunement gaillard; bref, ce Monsieur, sous prétexte qu'il a été le mari de M"^ Valérie Tarières, que je dois épouser, la poursuit sans relâche de ses obsessions de tendresse, ce dont elle a fini par se plaindre à moi, lasse qu'elle était des poursuites de ce Monsieur; elle me préfère et cela se conçoit : Monsieur est hors d'âge, moi je suis jeune, je suis de Bordeaux.

Le Commissaire : Voyons, arrivez donc au fait.

Picambes : Voilà ; le soir où l'affaire est arrivée, j'avais conduit ma future au spectacle et je rentrais, ou

plutôt je voulais rentrer chez moi. 11 faut vous dire que j'ai une serrure déplorable, elle a des rats à chaque instant.

Ma chambre est comme une île escarpée et sans bords, On n'y peut plus rentrer dès qu'on en est dehors.

Lq Commissaire : Voyons, Monsieur, le fait ne s'est pas passé chez vous?

Picambès : Non, Monsieur ; bref, sachant que M'^= Tarières a un appartement dans lequel sont deux chambres à coucher, et, ma situation envers elle, me per-

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