LE CHIEN TON'DU EX LIOX
ville de nous mener chez le commissaire de police. Nous sortons; qu'est-ce que nous trouvons à la porte? Le chien qui nous aUendait et qui vient avec nous, toujours en frétillant, ce qui prouve bien qu'il est à monsieur qui voulait le faire tondre à l'œil.
M. Boulabert : Pas du tout, la preuve c'est que je l'ai chassé; mais il se cramponnait à moi, il ne voulait pas me lâcher.
Le C ommissaire : 'èoW. vous n'en avez pas moins voulu faire une mauvaise plaisanterie à ce malheureux,
M. Boulabert : Aucunement, il me demande si je veux qu'il le tonde en lion; ça ne me regardait pas; il a fait ce qu'il a voulu.
Le Commissaire ."Allons, ne persistez pas dans cette mauvaise explication. Vous n'avez pas l'air d'un naïf; donnez 2 francs à cet homme, plus les 3 francs qu'il demande pour le dérangement que vous lui causez.
J/. Boulabert: Pardon, mais...
Le Commissaire: y oxxs, refusez? Alors je vou^ dresse procès-verbal qui sera produit devant le juge de paix et vous serez condamné à plus de 3 francs de doramages-intérêts; réfléchissez.
M. Boulabert, tout bien réfléchi, se décide à donner sa pièce de 100 sous.
Quant au chien, qu'est-il devenu? Il est probable qu'il aura retrouvé son vrai maître. Mais celui-ci a dû
ôlrebien siirprisets'esl assurément demandé: où diable cet animal-là a-t-il trouvé de l'argent pour se faire tondre?
UXE FUMISTERIE FÉROCE
Si les gens impressionnables conservaient, avec le souvenir des nombreux accidents arrivés dans les circonstances les plus ordinaires de la vie, le sentiment d'effroi que leur ont causé ces événements, parfois terribles, ils n'oseraient plus aller en voiture, parce que les chevaux peuvent s'emporter et faire verser le véhicule ; ni aller sur mer, parce que des navires y ont péri corps et biens ; ni sortir, parce que des tuyaux de cheminées ont tué des passants; de sorte qu'avec cette appréhension pour soi-même, de ce qui est arrivé à autrui, on devrait, pour être logique, ne plus oser se mettre au lit, parce que généralement on y meurt.
Heureusement, tout s'oublie, et M™* de Sévigné pouvait écrire à M"*^ de Grignan, sauvée d'un danger couru en voyage et assez oublieuse d'une couche laborieuse pour en avoir risqué une seconde : « C'est ainsi, ma chère fille, que la fin du monde ne viendra jamais et qu'on fera toujours des voyages en Provence. »
Ajoutons : et aussi en chemin de fer, bien qu'on y assassine les préfet?.
Mais l'émotion causée par ce crime mystérieux est encore très vive, et le départ des trains nous offre le spectacle réjouissant de voyageurs s'éloignant en hâte de wagons vides, et préférant, à leurs aises, le sort des harengs empilés, voire même les amateurs de coudées franches si désireux, jadis, d'étaler leur joli égoïsme sur les coussins d'un compartiment occupé par eux seuls.
Mais on trouve des exceptions chez ceux-ci : les malins qui n'ont pas peur et profitent de la panique, comme ces amateurs de melons insoucieux, qui, en temps de choléra, profitent du bon marché de ces cucurbitacés, pour s'en régaler.
Un de ces voyageurs qui n'ont qu'une crainte : celle d'être gêné par des voisins do banquette, s'était donc installé dans un compartiment vide; sa mine n'était pas très rassurante et on s'explique aisément l'inquiétude d'une vieille dame attardée, en se voyant, au dernier moment, enfermée, par un employé, avec notre voyageur, dont cette compagnie inattendue n'a-