LE MARCHAND DE LINGES A BARBE
N n'en est plus à apprendre aux Parisiens que rien du contenu des boîtes à ordures n'est perdu, et que tous, ab- -olument tous les détritus 'ins exception, jetés par les ménagères, sont utilisés :
croûtes, verres cassés, os, chifTons, papier, rognures do cuir, de toile cirée, etc., lien ne reste sans emploi.
Les chiffonniers, à qui on n'en remontrerait pas à cet égard, n'avaient pas songé à un usage tout particulier des bouts de linge, usage pouvant constituer et
ayant, en effet, constitué un véritable commerce, pour un homme intelligent, nommé Moulache, lequel n'en est pas moins amené au commissariat de police pour mendicité.
11 nie formellement le délit qui lui est reproché.
Le Commissaire (à un gardien de la paix) : Vous avez vu cet homme se livrer à la mendicité?
L'Agent: Oh! à plusieurs reprises.
L Inculpé : Je ne veux pas donner un démenti à monsieur l'agent: je n'ai pas l'honneur de le connaître, il ne peut pas me vouloir de mal, mais il fait une erreur considérable.
L'Agent : Je suivais de loin cet individu, et...
L'Inculpé : Ah ! de loin...
Le Commissaire : N'interrompez pas.
L'Inculpé: Bien, mon commissaire, mais de loinl
L'Agent: Et je l'avais vu recevoir de plusieurs personnes.
L'Inculpé : Le paiement de ma marchandise.
Le Commissaire : Vous vous expliquerez tout à l'heure.
L' Agent ; La quatrième fois il venait de recevoir d'un monsieur et d'une dame qui étaient devant leur porte et qui riaient aux éclats, pendant qu'il s'éloignait. Je les questionnai au sujet de cet homme : « 11 est bien bon, me dit le monsieur, c'est un type; » et il me raconte que lui et sa dame ont l'habitude, tous les jeudis, de donner aux pauvres deux sous et un morceau