‹ Le bureau du commissaireChapitre 98 sur 104 · AVORTON, MAIS GRINCHEUX · texte numérisé non relu

AVORTON, MAIS GRINCHEUX

Le lièvre, lui-même, est un animal dangereux si on, le pousse à bout, ou... si on en a trop mangé ; ne soyons donc pas surpris outre mesure de la crànerie accidentelle de Gavieux, si peu crâne d'ordinaire, qu'il passe sa vie à collectionner des gifles d'un côté et des coups de pied du côté opposé.

Jamais mari, au dire du voisinage, n'a été autant battu par sa femme que Gavieux l'a été par la sienne; elle l'a élevé^ il y a deux ans, à la dignité de veuf; de sorte que, depuis cette époque, il est débarrassé des sévices quotidiens sur lesquels il pouvait compter, et n'a plus à empocher que les calottes dont le hasard rend ses amis et connaissances si prodigues envers lui, comme, d'ailleurs, envers tous les avortons grincheux.

Donc Gravieux étant ces deux choses, tout s'explique, il ne reste plus qu'à faire connaître ce qui l'amène

devant le commissaire de police comme plaignant contre une espèce de colosse, nommé Robillon, homme doux et inoffensif, comme la plupart des colosses : la bêle à bon Dieu, comme on dit ; de son état, fort de la Halle.

Le Commissaire (à Gavieux)^ Dites ce dont vous vous plaignez !

Gavieux : Je me plains que cet être formidable m'a presque assommé d'un coup de poing, que le sang m'a parti du nez, qu'on aurait dit qu'on venait d'égorger un bœuf.

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Le Comniissau'e : 11 ne vous a pas porté ce coup de poing sans motif.

Gavieux : C'est venu après autre chose.

i.e Commissaire : Quelle autre chose.

G avieux : H'ixne chose dont Monsieur s'est mêlé et que ça ne le regardait pas, qui est venue que j'avais ma bourse dans celte poche-là, un instant avant ; pensant que c'était un jeune homme qui était là près de moi...

Le Commissaire : Où cela?

Gavieux : Dans la foule.

Le Commissaire : Quelle foule?

Gavieux: La foule pour monter dans l'omnibus; alors, ayant senti comme un mouvement du côté de ma poche, je me fouille...

Le Commissav^e : Votre bourse n'était plus à sa place?

Gavieux : Non, je n'avais plus que la place de la bourse dans ma poche.

Le Commissaire : Mais quel rapport cela a-t-il avec l'inculpé?

Gavieux : Le rapport que croyant que le jeune homme, était un pick pocket, je l'empoigne au collet.

Le Commissaire : Sans vous assurer que c'était votre voleur.

L'Inculpé : Et justement ce n'était pas lui ; le jeune homme, qui était un petit et gros comme rien du tout, bien plus que Monsieur qui est un moucheron, comme

VOUS voyez..., jetait des cris, vu que l'autre lui assénait des coups de poing en pleine figure...

Gavieux : C'est lui qui avait commencé par me fiche un coup de l'anse.

L'Inculpé (surpris) : Un coup de lance?

Gavieux : Oui, oui, un gros panier qu'il avait et qu'il m'en a fichu un coup de l'anse.

L'Inculpé : Pour se débarrasser de vous.

Gavieux : C'est donc de là que cet homme énorme m'a tombé dessus.

L'Inculpé : Oh ! pas comme' ça; je vous ai d'abord retiré tout doucement de sur le petit jeune homme qui a retourné ses poches, et qui avait en tout 7 sous ;

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