‹ Le cabaret de Gaubert (volume 2)Chapitre 3 sur 7 · SO 8VD0NIE · texte numérisé non relu

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mon chemin ; > et, se tournant vers une de ses

mulfttresscs, elle njouta :

• Va lui dire de laisser U son itttelage et de s'approcher. »

L'esclave obéît et s'avança avec celte allu^ humble et flegmalique particulièt^ aux individus Téduits à une servitude absolue. L'expresr sioD de son visage n'avait pas cependant le même caractère de passive indolence ; son reg;ird dénotait une nature un peu, plus intelligente quecelie du nègre au front déprimé, ii la face plate et lippue.

« Younai lui dit Mlle de Kern**ec , je sais ce quiest arrivé hier sur !a savane; M. Faniin était en train de vendre quelques pièces de bétail, il a imprudemment esdté un jeune taureau et cette bêle furieuse l'aurait infailliblement tué si tu ne l'eûmes secouru au péril de ta vie. C'est bien , Youna ; je suis coiilente. Voyous , quelle grâce veux-tu que je demande pom- toi h mon pèreî>

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STBOMIE. SI

Tandis qu'elle parlait ainsi, la dgure bronzée de l'escla™ s'épanouissait de joie et d'orgueil; intrépide par tempérament , pénétré d'ailleurs d'une soumission absolue pour les volontés de HUe de Kernadec , it n'avait pas attaché ibm grande Imporlaace k l'action courageuse dont elle le louait . il ne s'Attendait t»s i la moindre récompmse. Au lieu de lui répondre, il se mit à'marmotter des actions de grtces et à remercier le ciel qui lui avait donné une si bonne matb^esse.

■ Réponds-moi donc, au lieu de me donner toutes ces bénédictiom ! reprit SydoBie eo sottriant; serais^tu content si, au lieu de t'envojer aux eûmes avee ton cfd>rou«t, on tefoisait monter sur le siège de la toiture , et si , à la place de ta veste de toile grise , on te mettait un habit galonné î

— Oh ! maltresse , je serais bien ccmt^t de vous servir! rép(mditY«)«»aaiffo(piéd'étonneuwnt et de joie : «ar U faveur que lui promettmt HS» de KeroadeË était une rare exception les esclaves de service étaient tous née sur l'ba-

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SS 8YD0KIE.

bitalion , ils avaient été élevés sous les yeux des maîtres et représentaient une sorte d'aristocratie dans la population esclave.

— Est-ce que tu es de la côte d'Afrique! demanda Mlle de Kemadec.

— Non , maltresse I répondit-il avec la singulière fierté du nègre créole qui regarde conune ' au-dessous de lui les esdaves africains, je suis né dans la colonie.

— Loin d'ici î

— Dans une habitation sur la baie de Samana; j'ai été baptisé au Grand-fiaracon.

— Et l'on ne t'a pas donné un nom chrétien? observa Mlle de Kemadec.

— Si fait, maltresse, je m'appelle Pierre, répondit vivement l'esclave ; mais , comme il y avait beaucoup de petit monde du même nom sur l'habitation , on m'avait surnommé Youna.

— youna I Qu'est-ce que cela veut dire! demanda Mlle Benoit.

— C'est le nom d'une rivière qui traverse l'habitation et au bord de laquelle ma mère m'a mis au monde , répoodit-^1 ; ce fut ma mère qui la première m'appela Youna.

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SYDOHIG. 33

— El ta travaillais aux cannes sur celte habitation, continua Sydonie, tu ne sci'vais past

— J'étais cabrouetier comme ici, et le dimanche je servais Sa Révérence le P. Pamphile, un bon père capucin qui venait dire la messe pour l'atelier....

— C'est lui qui t'a appris à lire t

— Oui, maîtresse, dans nn livre qu'il m'a donné; je n'en ai jamais vu d'autre.

— C'est le plus beau de Ions , c'est l'Évangile ! dit gravement Mlle de Kernadec.

— Voici H. le baron , il arrive plus tôt que nous ne l'avions pensé, ■ s'écria Mlle Benoit en regardant le long du chemin que remontait au grand trot un carrosse acheté à Paris, traîné par deux chevaux du Mecklembourg et conduit par un nègre & la livrée de Kernadec.

Youna courut ranger son cabrouet. Mlle de Kernadec descendit au bord du chemin en agitant son mouchoir et en fnîsant signe d'arrêter.

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14 STIMmit.

■ M. le baron nous hiatsie compagnie; ■ reprit Mlle Benoît en avisant quelqu'un qui étnif

assis près de M. de Kernadcc.

Par un naïf instinct de coquetterie , Sjdonie jeta un coup d'<Bil sur sa toilette , et noua le ruban du chapeau de paille à l'anglaise duquel s'échappaient les boucles de saniagnîflquechevelnre.

•■ C'est un convive que le baron amène * souper, dit Mlle Benoit.

— n ne nous l'avait pas annoncé, c'est singulier ! observa Sydonie.

— C'est fort heureux, cela , continua Mlle Benoit en souriant. Ha reine, voilà quelqu'un qui va noua dispenser de Pallas à table pour la aymétrie....

— Oh ! ma bonne amie ; que dites-vous là!..» murmura Mlle de Keinadec en rougissant et en jetant un regard furlif dans la voiture , qui venait de s'arrêter.

Le baron descendit avec un homme jeune

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el fort élégant, qu'il présenta k Sydonie en disant :

■ Bfa fllle , M. le comte de Boisgueydon , un de nos parents d'oulre-mer, que nous n'avions pas le plaisir de connaître. >

Sydonie fit une liinide et gracieuse révérence à ce beau jeune homme, dont elle avait eii< tendu parler vaguement. Le baron ajouta avec bonhomie :

■ le ne connais pos précisément le degré de noire parenté, je sais seulement qu'il y a en plusieurs alliances entre les Bqisgucydon et la brflpche aînée des Kernadcc.

— C'est un honneur que j'apprécie , et d'autant plus vivement, qu'il me donne quelques droits à la bienveillance de Mlle de Kernadec, dit alors le comte en prenant la main de Sydonie et en la pressant sur ses lèvres d'un air de tendre respect ; j'étais loin de penser que j'ayaîs en Amérique une aussi charmante cousine , el

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SS STDONIE.

je n'espérais pas & mon arrivée un accueil aussi cordial.

— Vous venez de France, monsieur, balbutia Sfdonie, de notre vieille Bretagne, peutêtre»

— Oui, mademoiselle, répondit-il, je viens d'un pays où la terre n'est pas, comme ici, verdoyante et belle au mois de janvier, et où je serais malheureux de retourner h. présent que j'ai abordé à ce paradis terrestre qu'on appelle Saint-Domingue.

— Mon cber fioisgueydon, raprït le baron en se tournant vers Mlle Benoît, il faut que je vous présente aussi à notre excellente amie, à la seconde mère de ma Sydonie. Maintenant vous connaissez toute la famille au milieu de laquelle vous passerez, je l'opère, quelques jours. »

Le jeune homme s'inclina avec un geste de remerclmeiit et d'acceptation.

f Nous allons, si vous le voulez, gagner h pied l'habilalion, contintin M. de Kernadec;

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