‹ Le Cabaret: Étude de droit administratif et de législation financièreChapitre 3 sur 43 · AUTRE · texte numérisé non relu

AUTRE

-Les formalités pour l'ouverture d’une réunion ou d’un débit sont d’ailleurs, sous l'empire de ces deux lois, à peu près les mêmes : une déclaration à l’autorité administrative qui a pour but de mettre les pouvoirs compétents à même de sauvegarder l’ordre public.

En résumé les cabarets, comme les réunions, peuvent avoir de graves répercussions sur l’ordre public et, à ce titre, justifient une certaine législation de police, dans le

sens le plus large du mot.

SECTION II

Considérations d'ordre moral et hygiénique.

A.— Le cabaret est un centre de réunion de malfaiteurs.

C'est, en effet, dans les débits de bas étage, comme on en voit dans les quartiers populeux des grandes villes ou dans leurs faubourgs, que se rencontrent, que se donnent rendez-vous les individus louches, que se tiennent les assises des bandes organisées de cambrioleurs ou mème d’assassins.

C'est dans des salles remplies de l'odeur àcre de la fumée et des liqueurs, que les indicateurs, les pourvoyeurs du crime viennent fournir aux habitués des ren-

seignements sur les « coups à faire », leur signalant, par

UE

exemple, les maisons dont les occupants sont momentanément absents et où, par là même, le cambriolage est: plus facile et présente moins de risques. C'est là aussi: que les professionnels recrutent des complices pour

les aider dans leur sinistre besogne : au nouveau,

sera attribuée la besogne la plus facile, faire le guet, par: exemple, pendant que les autres opéreront ; on fait mi-

roiter à ses yeux l'argent qu'il gagnera sans grands risques ; et, abêti par la boisson, pressé par le besoin, il

accepte le rôle qu'on lui fait jouer, il va grossir l’armée

du crime ; s’il avait toute salucidité d'esprit, il refuserait ; c'était peut-être un ouvrier sans travail ; c’est main-tenant un malfaiteur. Le cabaret a aidé à sa déchéance

morale.

C'est au cabaret, qu'avant de partir en expédition, ces associés d’un nouveau genre viennent « se donner du cœur à l'ouvrage ». C'est dans la salle même du débit ou à sa porte, qu'est subtilisé au nouvel ami le portemonnaie que celui-ci a eu l’aveugle confiance de montrer bien garni. C’est d’un cabaret, aux volets mi-clos sur les boulevards extérieurs à peu près déserts, que sort Papache pour dévaliser le promeneur attardé. C'est là, qu'entre associés, sont partagés les bénéfices du crime ; c’est là aussi, au retour de l'expédition, que les assassins boivent et se saoülent pour étouffer le remords, pour oublier, ou même simplement par plaisir ; car certains volent ou tuent pour faire la fête. C’est là encore que

ces tristes individus briguent et se disputent les faveurs

RS. Joue

de femmes aux mœurs faciles ; c’est là que naissent entre chevaliers du couteau ou du browning, des rivalités amoureuses, qui se dénouent en un duel singulier ou même en une véritable bataille rangée, si les rivaux sont des chefs de bandes, combats qui souvent ne font de victimes que parmi les paisibles et innocents promeneurs.

Mais c'est là aussi, au cabaret, que doivent aller les agents de la police secrète pour trouver la trace de tous ces malfaiteurs et pour, si possible, être renseignés à l'avance sur leurs projets, pour les devancer, les empêcher de nuire et de mettre à exécution leurs sinistres desseins.

De tels lieux doivent donc, dans l'intérêt public et général, être l'objet d’une réglementation spéciale.

Qu'on ne nous accuse pas de noircir le tableau ; certes, à côté de ces cabarets malfamés, il en existe beaucoup d'autres qui, quoique pas plus luxueux, sont très honnètement tenus ; mais l'intérêt publie prime toute autre considération ; la distinction entre les bons et les mauvais cabarets ne peut être faite ; tous doivent être l’objet d'une réglementation de police uniforme.

D'ailleurs, si nous consultons les statistiques des crimes où des délits, nous voyons que beaucoup de ceuxci sont commis par des alcooliques. À notre avis, ces délinquants n’ont pas été poussés à commettre le crime ou le délit qui leur est reproché, seulement par l'inges-

tion habituelle de boissons alcooliques, mais aussi par

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