CURE
l'action du milieu dans lequel ils ont vécu, dans cette atmosphère vicieuse du cabaret où, l'intelligence obscurcie, le cerveau embuë d'alcool, ils n’ont que, plus facilement qu'ailleurs, suivi, sur la pente fatale, leurs
compagnons de libations.
B. — Le cabaret est un lieu de débauche.
Pour nous en convaincre, il nous suffit de parcourir par la pensée toute la gamme des cabarets. Laissons de côté les maisons closes, qui sont l’objet d’un règlement sanitaire et de police absolument spécial et qui, cependant, sont, en mème temps que des lieux de plaisir, des cabarets.
Nous rencontrons les cabarets chantant dont la réputation, au point de vue qui nous occupe actuellement, est trop connue pour qu'il soit nécessaire d’insister. Nous trouvons les établissements de nuit où, bercés par la musique des {ziganes, à demi grisés par le champagne et les liqueurs fines, les fils de famille s'amusent en compagnie de femmes de mœurs légères. Nous voyons, dans les grandes villes, les bars, les tavernes peuplés à la terrasse comme à l'intérieur de filles, qui sont là pour faire rapidement connaissance avec un ami quelconque, des filles un peu plus haut classées dans cette calégorie spéciale que celles qui « font.le trottoir » mais, morale-
ment, tombées aussi bas. Le café de province, tout au
moins, n’est pas envahi par cette tourbe, c’est le liew tranquille où, à l’heure de l'apéritif, les bourgeois petits ou grands viennent « faire la partie ». Enfin, au dernier degré de ce classement, le cabaret sordide aux chaises ou même aux tabourets dépaillés, où se réunissent les filles et les souteneurs.
11 nous reste encore à parler d’une catégorie d’établissements, que nous avons jusqu'ici volontairement omis dans notre nomenclature, parce que c’est la plus importante quant au nombre, et qu’elle paraît constituée par des cabarets moralement sains, mais qu’il n’en est rien. Ces cabarets sont ceux, dont Joseph Reinach dans son livre intitulé : Contre l'alcoolisme, parle en ces termes: € Quand l’homme a bu, il passe dans l’arrière-boutique « où la servante l’appelle. A Lille, à Rennes, dans nos « grands ports de mer, dans les villes de garnison, la « moitié au moins de ces servantes ne sont pas majeures. « Ce sont pour la plupart des petites filles venues de la «campagne, encore innocentes, que le cabaretier pré- « sente d'ordinaire comme des parentes pauvres, qui ne « s'attendaient pas à ces exigences spéciales du métier, « résistent, puis cèdent... Beaucoup de ces servantes ont « vite fait de devenir malades... l'alcoolisme est partout « le complice de la syphilis, Quand le cabaret est bien « achalandé, le tenancier s'assure la clientèle de filles en «carte et son débit communique avec des garnis à «lheure ». L'auteur évalue à 50.000 le nombre de ces
« cabarets à femme ». C'est la catégorie la plus hon-
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teuse des divers genres d'établissements que nous avons examinés. Car, dans ce cas, le cabaret devient le pour-
voyeur du trottoir.