‹ Le Cabaret: Étude de droit administratif et de législation financièreChapitre 5 sur 43 · C. — Le cabaret constitue une excitation à la paresse · texte numérisé non relu

C. — Le cabaret constitue une excitation à la paresse

Cette aclion néfaste du cabaret tient aux deux causes suivantes :

1° En lui-même, le cabaret est, pour l’ouvrier, un centre d'attraction, un lieu de plaisir, de délice, qui l'empêche d’aller où son travail l'appelle. Les premières fois qu’il va au cabaret, c’est parce qu’il y est entrainé par des camarades pour continuer une conversation entamée dans la rue à la sortie de l’atelier. IL y retourne, ensuite, de lui-même, pour se trouver en société, pour y discuter sur la politique, sur les questions syndicales ou pour y faire la partie. Il y reste le plus longtemps possible, évitant de rentrer chez lui, où il fait froid l'hiver, où les petits ont faim et pleurent, où sa femme s’épuise à lutter contre la misère qu’il crée, de ses propres mains, en dépensant au cabaret sa paye. Aller au cabaret devient pour lui une habitude, une nécessité. Son métier ne l’intéresse plus, il n’a plus le goût de bien faire ; il lui tarde d’avoir fini ses heures de travail pour retourner au cabaret dont il vient de sortir ; ou mêmeil fait comme ces dockers, dont parle Reinach dans sa confé-

rence sur les lois anti-alcooliques et la guerre faite le

23 avril 1915 à la ligue française de l'Enseignement, qui, en dehors des heures de repos où ils vont au cabaret, s'échappent encore dès qu'ils ne sont plus surveillés et vont boire en supplément dans les nombreux estaminets du port.

2 Les boissons alcooliques, que l’ouvrier consomme au cabaret et qui, les premières fois, ou, quand il les absorbait en petites quantités, lui paraissaient augmenter sa vigueur, le réchauffer, lui ont seulement donné un coup de fouet, mais maintenant affaiblissent son corps et engourdissent son esprit.

Ces deux causes, se combinant, produisent les résultats signalés par tous les auteurs qui ont étudié l’alcoolisme ; le dimanche ne suflit plusà l’ouvrier pour boire ; il lui faut la € Saint-Lundi ». « A Rouen, pour les ter- « rassiers, le nombre des journées perdues a doublé de- « puis trente ans et la moyenne des manquants a triplé « au lendemain des jours de paye (4). »

Son travail devient moins productif (c'est avec des ouvriers de cetle catégorie, que le rendement de nos usines diminue ct que nos industries ne peuvent lutter contre la concurrence étrangère).

Finalement, vaineu par le cabaret, l'ouvrier ne fréquente plus l'atelier qu'à intervalles irréguliers, quand il

n'a plus d'argent pour boire.

(1) Bruno. — Son rapport au congrès international contre l'abus des boissons alcooliques,

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