EYE A
D. — Le cabaret est une des causes du développement de
: l'alcoolisme.
C’est même la principale. Car c’est à l'accroissement considérable qu'a pris la consommation des boissons, spiritueuses qu’il faut attribuer l'apparition de ce fiéau. Certains ont voulu lui trouver une autre cause dans la substitution des alcools d'industrie extraits des grains, des betteraves ou des mélasses, aux eaux-de-vie natu-. relles, provenant de la distillation des vins, des marcs, des cidres, des fruits. C’est la thèse des bouilleurs de: cru et surtout des distillateurs des Charentes. Ils ont. accusé les premiers de renfermer des impuretés particulièrement toxiques. Mais il est aujourd’hui reconnu que: les eaux-de-vie naturelles contiennent aussi des impuretés, qui sont des poisons violents, qu'elles en contiennent même davantage parce qu’elles ne sont pas. rectifiées et ne peuvent pas l'être, attendu que cette: opération aurait pour résultat de leur faire perdre leur. parfum, et, par suite, d’abaisser leur valeur marchande. Mais, dans les alcools d'industrie, comme dans les eauxde-vie naturelles, les impuretés sont en quantités trop minimes pour que leur nocivité ajoute beaucoup à celle: de l'alcool. Les progrès de l'alcoolisme doivent donc être
rattachés à l'augmentation de la consommation de:
l'alcool.
Ni
Or, ce qui contribue le plus au développement de la consommation des boissons en général et plus particulièrement des boissons alcooliques, c’est le cabaret. IL n’en est d’ailleurs pas l'unique cause. On en peut citer deux autres.
L’abaissement du prix de l'alcool par suite de la substitution des alcools d'industrie aux eaux-de-vie de vin et l'extension du privilège des bouilleurs de cru. Mais ces causes ont moins d'importance qu'on pourrait le croire ; en effet, d’une part, à l’abaissement du prix de l'alcool, a correspondu une augmentation des droits quil supporte, et, d'autre part, le privilège des bouilleurs de cru ne peut avoir de répercussion que dans certaines régions de production. Le cabaret reste donc bien la principale cause de l'accroissement de la consommation de l'alcool; ce n'est d’ailleurs pas un fait qui puisse surprendre.
L'alcool n'est pas un aliment comme le pain ou la viande, dont pas un gramme de plus ne sera consommé, parce qu'il se sera établi dans la ‘commune un nouveau boulanger ou un nouveau boucher.
Les débits, issus de la nécessité de satisfaire à un be- -soin, ont concouru ensuite à l'entretenir et à le développer. Ge besoin s'exaspère et devient artificiel. La vue, la seule approche du cabaret crée, non la soif, mais le désir de boire ; l'ouvrier, le paysan cédera d'autant plus à la tentation qu'elle s’offrira plus fréquemment à lui,
“Or, dans les villes, dans certains villages même, il existe
nd
des rues où presque toutes les maisons sont à usage de débit.
La relation de cause à effet entre le nombre des débits et l'abus de la boisson alcoolique est facilé à montrer à l'aide de la statistique. Sur un graphique, la courbe de la consommation de l'alcool suit celle du nombre des cabarets. En 1850, le nombre des débits était de 350.424; à La in de l'Empire en 1869, nous trouvons 364.875 débits soit, pour une période de vingt années, une augmentation de 14.451 débits, environ 700 débits nouveaux par an. De 348.590 débits en 1873, déduction faite de l’Alsace-Lorraine, on arrive en 1879 à 354.852 débits, soit une augmentation de 6.000 débits en 6 ans, environ 1.000 débits nouveaux par an. Or, d’après M. Reinach, de 1850 à 1879, la production de l’alcool s’est élevée, malgré les surtaxes qui avaient porté les droits de 37 à 156 francs, de 940.000 à 1.488.000 hectolitres, soit en trente ans de 548.000 hectolitres.
De même, de 1879 à 1889 Le nombre des débits passe de 354.852 à 410.069, soit une augmentation de 55.000 débits en 40 ans, environ 5.500 débits nouveaux par an, la production de l'alcool passe, de 1.488.000 à 2.246.000 -hectolitres.
On voit que, durant cette période de 10 années où les cabarets se sont multipliés annuellement cinq fois plus que pendant la période antérieure, l'augmentation annuelle de laconsommation de l'alcool a été elle aussi plus du triple,
près du quadruple, de ce qu'elle avait été auparavant.