‹ Le Cabaret: Étude de droit administratif et de législation financièreChapitre 9 sur 43 · TE · texte numérisé non relu

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qui a surlout diminué, c'est la consimmation {axée parce que la production clandestine de l'alcool s'est considérablement accrue, stimulée par Pappät de la prime, conséquence de l'élévation du farif.

En résumé, chacune des exceptions à la règle de corrélation du nombre des débits et de la consommation de l'alcool, se trouve interprétée de la façon la plus naturelle ; c'est que cette règle existe réellement et qu'il y a relation de c use à effet.

Le cabaret est donc bien une des causes du développement de l'alcoolisme.

Mais qu'est-ce, au juste, que l’alcoolisme ? Quels en sont les résultats ? C’est ce qu'il nous faut examiner pour nous rendre complètement compte des méfaits du cabaret au point de vue hygiénique et social.

L'absorplion accidentelle d’une forte quantité d'alcool sous la forme, soit de liqueurs spiritueuses, soit de bois. sons fermentées, produit sur l’homme des effets immédiats, des accidents aigus et passagers, que l’on appelle ébriété, ivresse ; leur répétition fréquente constitue l’ivroganerie.

Au contraire, l'usage régulier, habituel et prolongé d'une quantité d'alcool, même insuflisante pour déterminer l'ivresse, mais trop forte pour être assimilée rapidement et complèlement, détermine un état pathologique chronique, à évolution lente ; c’est ce qui constitue l'alcoolisme, terme qui n’a pris place dans le vocabu-

laire que depuis un demi-siècle environ. En 1863, le

Dictionnaire de l’Académie l'ignore encore, et Littré le définit ainsi : « Maladie caractérisée par une détériora- « tion graduelle de la constitution et par des accidents « ner,eux ».

Les travaux de nombreux savants ont jeté un jour terrifiant sur les ravages causés par l'alcoolisme. Déjà en 1852, l'Académie avait couronné les études du Suédois Magnus Huss sur lalcoolisme ; plus tard en France Dujardin-Baumetlz, d'Andigné, puis Daremberg et d’autres démontrèrent que l'alcool est un poison en essayant ses effets par injections opérées dans les muscles ou les veines des animaux. Mais bientôt, on fut à même d'étudier le nouveau mal sur l'homme même, l'alcoolisme se développant de plus en plus. Il a pour résultat de détruire, aussi bien les forces de résistance du corps que celles de l'esprit. Il provoque l’affaiblissement au point de vue physique et au point de vue intellectuel. L'alcool est un agent puissant de déshydratation, en raison de son affinité pour l'eau ; aussi at-il pour effet de modifier l’état physique des tissus qu’il rencontre et en particulier des muqueuses de la gorge et de l'estomac. Il en résulte que la digestion se fait de plus en plus mal. Mais l'alcool est également un anesthésique ; il paralyse les nerfs et empêche par là même l'alcoolique de s’apercevoir de sa déchéance physique. Il n’en est que plus redoutable. Aux éléments nerveux comme au foie ou à l'estomac, il procure d’abord une

excitation factice dont la réaction est la dépression,

‘l'amoindrissement fonetionnel et la paralysie, Le foie, le rein, l'estomac ou le poumon peuvent rester intacts, -mais le cerveau est toujours atteint. On peut distinguer plusieurs stades dans l’évolution de la maladie. Au début l’homme boit au delà de sa soif pour oublier momentanément les misères de la vie. Il éprouve un sentiment de bien-être alors que la misère est à son foyer. Il oublie, il ne sent plus les choses telles qu’elles sont ; ce -n’est déjà plus l'état normal de l'esprit ; mais ce ne serait rien si, la même dose ne produisant plus le même effet, le buveur ne l’augmentait pas. Car alors, les effets ne seront plus les mêmes : les idées joyeuses ne naissent plus, les défaillances de mémoire sont fréquentes et la parole devient hésitante ; ses forces s’affaiblissent (et il -s’en aperçoit); sa sensibilité s'émousse; s'il continue à s’intoxiquer, le mal s'aggrave ; c’est alors qu'arrivent les vertiges, les cauchemars, les hallucinations, parfois l'épilepsie ; le malade finit par tomber dans l'abrutisse« ment continu, l'idiotie incurable, Parfois même apparait ‘la démence accompagnée de delirium tremens.

On peut d’ailleurs étudier par la statistique l'effet de l'alcool sur les maladies mentales. — Des enquêtes administratives ont eu lieu à ce sujet ; mais ces statistiques sont incomplètes, elles ne comprennent pas, parmi les aliénés par l'alcool, ceux pour lesquels d'autres circonstances ont concouru à les amener à cet état ; d'autre part, elles ne mentionnent que les malades admis dans

es asiles publics ; enfin elles ne comprennent pas les

demi-fous, ceux qui sont en liberté, les mélancoliques, les neurasthéniques, les abrutis. Il faut ajouter au chiffre des aliénés alcooliques, celui des suicides pour cause d’alcoolisme. En 41850 sur 3.596 suicides, 197 seulement sont dus directement à l'alcool, soit à peine 5 0/0. En 1909, 4.181 sar 9.619 soit 12,3 0/0. Ces chiffres sont inférieurs à la vérité. Depuis un demi-siècle, le nombre des suicides augmente d’ailleurs comme celui des débits et comme la consommation des spiritueux. Il esten 1830 de 2.084, en 1860 de 4.050, en 1890 de 8.410, en 1894 de 9.703, en 1903 de 8.895 et en 4909 de 9.629. De 1881 à 1900 la moyenne générale des suicides s’est élevée de 11 à 22 pour 100.000 habitants. La montée des suicides suit donc la montée de Palcoolisme. Enfin dans la statistique officielle des aliénés alcooliques, ne sont pas compris ceux qui ne sont pas eux-mêmes alcooliques, mais qui sont issus d’alcooliques. ;

Quoiqu'il en soit, la statistique, telle qu’elle est, est déjà assez instructive au point de vue qui nous occupe.

Dans l’enquête de Claude (des Vosges), qui a porté sur une période de temps comprise entre 1861 et 1885, nous voyons que, sur 86.593 hommes internés, 16.932 soit 21 0/0 étaient des alcooliques et que sur 66.772 femmes, 3.356 soit 5 0/0 étaient adonnées à la boisson.

Le bureau d'admission de Sainte-Anne avait reçu en 1894 une proportion d’alcooliques de 30,11 0/0 pour les hommes et de 9,05 0/0 pour les femmes. En 1900,

Ur

la proportion ‘était pour les hommes de 50,93 0/0 et pour les femmes de 18,33.

Sur 71.547 aliénés, qui en 1910 peuplaient les asiles publics, près de 10.000 étaient des alcooliques. On note en 1830, 10.000 aliénés pour un peu moins de 300.000 cabarets, en 1881, 47.000 aliénés pour 367.000 débits et en 1907, 71.000 aliénés pour 477.000 débits.

« Plus le cabaret’est achalandé, plus les cabanons se

peuplent. »

D'un autre côté, les troubles de l'intelligence se mani-

festent fréquemment par des actes violents, qui contribuent dans une large mesure à l'accroissement de la criminalité. En eflet, fla volonté et le sens moral sont très atteints chez les alcooliques; aussi rencontre-t-on un grand nombre d’alcooliques dans les crimes et les délits qui résulient plutôt de l’emportement et de la violence que d’une préméditation ou d’une combinaison habile, C'est ainsi que le greflier Marambat à la Prison Sainte- Pélagie constatait que sur cent détenus, plus de la moitié des condamnés pour meurtre, viol, attentat à la pudeur, plus des trois quarts des condamnés pour coups et blessures, rébellion contre les agents de la force publique, étaient des alcooliques invétérés. IL s’agit là de cas particuliers ; mais ces observations sont confirmées par les statistiques générales établies par le Ministère de la Justice, depuis l'enquête de 1906, prescrite en vue de re-

chercher les causes de l'augmentation de la criminalité.

— Pour étudier l'influence de l'alcoolisme, il nous faut d’abord distinguer les crimes des délits.

Commençons par l’examen des premiers. Séparons les crimes contre l’ordre publie et les personnes, des crimes commis contre les propriétés. C’est naturellement parmi les auteurs des crimes contre les personnes que nous trouvons le plus d’alcooliques, 33 0/0, tandis qu'ils ne figurent que dans la proportion de 5 0/0 parmi les auteurs de crimes contre les propriétés. Si nous entrons dans le détail de ces divers crimes, nous voyons, en 1908 parexemple, que le pourcentage de l'alcoolisme dans le nombre des assassinats n’est que de 8, maisilest de 16 dans les meurtres, de 15 dans les viols et de 27 dans les coups et blessures graves. Pour les crimes contre les propriétés, c’est dans les incendies que l’on rencontre le plus d’alcooliques : 16 0/0.

Si nous étudions maintenant les délits, nous rencontrons le même phénomène. Les délits contre les propriétés ayant pour auteurs des alcooliques sont en nombre infime. Au contraire, on peut leur attribuer le dixième des délits contre les mœurs, Le quart des coups et blessures, le tiers environ des actes de rébellion et des outrages envers les fonctionnaires ou agents de l'autorité.

L'alcool ne conduit pas seulement à la folie ct au crime, il détruit aussi peu à peu la force de résistance de l'organisme, et amène ainsi à sa suite tout un cortège

de maladies, dont la plus terrible est la tuberculose.

AS

Chez le buveur, le terrain se trouve, en eflet, tout préparé pour l’ensemencemient et le développement des germes produisant les maladies mierobiennes et par là même contagieuses.

On ne peut pas nier l’action néfaste de l'alcool sur les tissus, sur le système sanguin et sur le système ner veux, sur le rein, sur les voies réspiratoires et sur le cœur. Elle est rapide ou lente suivant la force de résistance des individus, mais son résultat est sûr. D'autre part, alors mème que l'alcoolique paraît encore bien portant, il est déjà affaibli et moins défendu par son organisme contre la maladie. Aussi sera-t-il plus sujet que les autres aux maladies épidémiques ou contagieuses : dysenterie, typhoïde, avarie, etc. Et de plus, l’action du microbe sera chez lui plus rapide, La maladie aura toujours tendance à s’aggraver. L’alcoolisme augmente la morbidité, c’est ce qu'ont reconnu F'Académie de Médecine d'une part, les sociétés d'assurances anglaises d'autre part.

Cette facilité à contracter les maladies microbiennes est terrible de conséquence surtout au point de vue de la tuberculose, qui est la maladie contagieuse la plus répandue des temps modernes. L'action ‘de l'alcool au point de vue de la tuberculose est telle que la formule qui la traduit: « La tuberculose se prend sur le zinc »,

est restée dans toutes les mémoires (1).

(4) Hayem. — Rapport à la société médicale des hôpitaux.

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