ET DE LCUB FABRICATION
Les tentures de cuir doré y ou d'orbazané, selon Texpression technique, jouissent de quelque importance dans la curiosité, et sont au nombre des choses les plus regrettables de Tancicn ameublement. Rien n*égalc la richesse de cette décoration , à la fois splendide et durable. Lorsqu*on pénètre dans les salies abandonnées des vieux châteaux d'Angleterre , de Flandre et d'Allemagne, Tœil est presque toujours frappé de Téclat royal que conservent ces tentures, souvent déchirées par le ravage ou la négligence , mais résistant toujours à l'action naturelle du temps. Un simple lessivage leur rend leur fraîcheur de deux ou trois siècles, ou bien il suffit de raviver les parties peintes, en nettoyant seulement les repoussés d*or et d'argent.
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Le cuir doré paratt avoir été employé très-anciennement pour les vêtements et pour plusieurs objets d'ornement ou d*utilitô. Si Ton s'arrête à la dénomination connue de cuir de Cordoue, on peut penser que cette industrie vient des Maures d'Espagne , très-habiles dans la préparation des peaux, et dont les premiers essais se seraient appliqués à la fiibrication des bottines, ceintureset autres détails du costume militaire. Dès le huitième siècle, il est question de ces diverses applications d*ornement; mais ce n'est qu'au onzième siècle que l'on rencontre une description de certains procédés pour la peinture sur cuir.
En effet. Tes plus anciennes tentures de cuir que l'on rencontre dans la curiosité, sont des sortes de tapisseries à personnages représentant des sujets de l'histoire sacrée ou profane. Ces peintures ressemblent, sur une grande échelle, aux miniatures des manuscrits; la perspective y est fort sacrifiée, et, de même aussi, le ciel est remplacé par un guillochis d'ornements d'or et de couleur appliqué avec un fer à gaufrer. Les détails mêmes des figures, les ornements des costumes et des armes, ont été patiemment imprimés à la main, et terminés ou complétés au pinceau. Dans les temps plus modernes, on rencontre des sujets entièrement rendus par des planches de grande dimension , mais les figures ne sont plus guère employées alors que dans les bordures représentant des médaillons, des groupes d'animaux ou des enlacements de fleurs.
Les tentures à ramages et à fleurons sont à la fois les plus répandues et les plus modernes; on s'en servait non-seulement pour -garnir les murs, mais pour couvrir les sièges et autres meubles usuels. Du quatorzième au dix-huitième siècle, les ornements varient selon le goût de chaque époque. Dans les derniers temps, l'usage des tapisseries de laine et de soie relégua les cuirs dorés dans les antichambres. Les fabriques de Venise eurent longtemps la plus grande vogue; la Flandre et l'Espagne se distinguèrent dans cette industrie, qui, en France, occupnit aussi particulièrement Paris, Avignon etLyon. Henri IV en fonda plusieurs manufactures , mais cette fabrication s'éteignit vers le milieu du siècle dernier. Toutefois, nos expositions ont présenté depuis peu d'années quelques essais nouveaux où l'on paraît avoir employé
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des moyens plus expédilifs et plus économiques qu'autrefois. Nous trouvons dans un livre de Léonardo Fioravanti (Miroir universel des jirts et Sciences), qui fut traduit de Titalien en français par Gabriel Chappuys, vers la fin du seizième siècle, la description suivante des moyens de fabrication qu'on employait alors :
De l'Art des €uir« d'or, et romme Um se font.
Chap. XIJ.
Celui qui a trouvé cet art des cuirs d'or, estoit certainement homme singulier et de grand jugement ; ie ne croy néantmoins. et ne croirày iamais, qu'un seul en ait esté l'inuenteur, et Tait réduit à la perfection et beauté que nous voyons auiourd'huy, et pense qu'il a prins commencement en Hespagne, pource que les meilleurs ouvriers en iceluy, sont sortis de cette prouince-là. ' Les grands personnages le réputent maintenant beaucoup, et est fort en vsage à Rome, à Naples, en Sicile, à Bolongne, en France, en Hespagne et autres lieux. Et pource qu'il est d'un grand esprit et digne d'estre sceu, ie me suis disposé d'escrire l'ordre et le moyen de le faire, encore que ie ne pense qu'aucun des meilleurs ouvriers le puisse faire entièrement. le n'ay iamais cogneu qu'un qui soit venu à cette perfection. Voicy donc le moyen de le pratiquer; on prend des peaux , desquelles les cordonniers accoustrent les souliers, qui soient belles et polies du côté du poil; on les met en eau claire, l'espace d'une nuit, et puis on les bat toutes l'vne après l'autre, sur vne pierre polie , pour les bien dcrompre, et puis on les lave très bien et l'on en tire l'eau dehors : ce fait, il faut auoir vne pierre polie, et plus grande que la peau, et la bien tirer dessus, auoc vn certain fer faict à propos, et puis la bien essuyer. Après, il faut prendre de la colle faite de coupeures de parchemin et la bien estendre auec les mains sur la peau, et puis faut auoir argent en feuille, et couurir toute laditte peau, etlamettresurquelquecordeouautrechose pour essuyer : après on la cloue sur vne table de bois, où elle est laissée essuyer du tout : on la tire de là, et on taille ce qui n'a été argenté, et se
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brunit sur la pierre, auec un brunisseur Tait de la pierre hématite ou sanguine, tant qu*il deuient luisant. Ce faitjl faut auoirvne presse taillée en bois, du dessein duquel on veut faire les cuirs, et auoir encre faict de sandarache et fumée de raye, et i'eslendre, auec certaines balles, sur la presse, et puis mettre la peau dessus et l'imprimer, et estant imprimée la laisser essuyer : et après on la clouë sur certaines tables, on luy donne le vernis qui fait la couleur d'or, faite de quatre parties d'huile de lin , de deux de raye de pin , vne d*aioës caualin , bouillies ensemble, tant que cela devienne de couleur d'or; et ce vernis s'estend auec les mains sur la peau, comme i'ay dit : et si l'ouvrier la veut faire d'or ou d'argent, qu'il lèue auec vn couteau le vernis de dessus l'argent, et le laisse essuyer, et quand les peaux sont seiches on les dépaint, si l'on veut, puis on les accoustre auec fers quarrez, on les fait quarrées, et se cousent ensemble : et en cette manière l'œuvre est achevée : C'est vn art de grand profit et sçauoir, moyennant lequel , on fait amitiez auec grands personnages : car la plus grande partie de ceux-là qui s'en seruent, sont hommes illustres et grands, pource que l'art est de grande beauté et fort délectable à voir : il est aussy de grand proflt pour ceux qui le font : car il s'appelle l'art de l'or, et non sans cause, pource qu'il tire l'or et l'argent, faisant riches ceux qui le pratiquent , pouruu qu'ils soient hommes qui s'y conduisent comme il fault.
Ce procédé italien et sa description ne paraissent pas avoir été connus des auteurs qui se sont précédemment occupés des cuirs dorés. Fougeroux de Bondaroy a publié les procédés employés en France, au moment même où cet art allait cesser d'être en usage. (1) M. Dclaqueryère s'en est occupé plus récemment dans un chapitre de sa Description des Maisons de Rouen (2).
Ce dernier auteur décrit longuement une tenture à personnages, représentant divers sujets de l'histoire de Rome et exécutée en partie par des applications de fers à gaufrer et en partie par les moyens ordinaires de la peinture. Cette tapisserie n'est
1' Art de travailler les Cuirs dorés , in-folio, 176Î.
;ij Description historique des Maisons de Rouen, 1 vol. in-S**. Rouen , 13U.