‹ Le Cabinet de l'amateur et de l'antiquaireChapitre 60 sur 139 · C. VI · texte numérisé non relu

C. VI

inarclianiiises , divers objets de inttrceric , des draps , des miroirs , des voilures, du fer, des armes, les Grecs porlèreiil dans Tlnde des draps fins, du linge ouvré, des ceintures, des vases, tant de cuivre que d'élain Cl de verre, de différenles fornies, des bijoux, de Torrévrerie (1) ; ils portaient aussi dans F Arabie- Heureuse des habits précieux, des vases d'argent ciselés, des statues (2) ; et TEuropedut aux beaux -arts Tavantage de perdre , chaque année ^ une moins grande quantité de son nu> méraire , pour des objets dont Timporiation devenait de jour en jour plus considérable.

On peut dire qu'Alexandrie est de toutes les villes du monde celle que le commerce a le plus enrichie : celte gnnde richesse provenait de deux sources : Tune était le commerce de Tlnde, Tautrele commerce de fabrication.

Je prie enfin le lecteur de considérer comment se faisait la circulation de Tor dans les temps anciens. Les Ethiopiens, les Lydiens^les Espagnols (3) fournissaient de For aux négociants de Tyr; «csix^ci l»i» saient passer ce métal dans Plnde. Là une partie était enaevelie, comme il arrive encore aujourd'hui , dans les pagodes et dans les trésors des princes; une autre partie venait dans la Perse par la voie des impôis. Llndostan payait tous ses impôts en or, et payait seul autant et même plus que tous les autres pays de la domination des rois de Perse payaient ensemble (4). Enfin de la Perse et de la Lydie Tor venait dans la Grèce, en échange des productions des beaux-arts et de celles de difTérentes manufactures.

Les riches offrandes que les rois de Lydie faisaient au temple de Delphes étaient des ouvrages des artistes grecs (5), et lorsque les Delpliiens pillèrent le temple , le monnayage des matières d'or et d'argent qu'ils enlevèrent, et qui provenait, en grande partie , de ces offrandes, versa dix mille talents ou cinquante-quatre millions de numéraire dans la circulation (6). Tel était le cours de ce Pactole dont les arts et le commerce avaient tracé le lit.

Supposons la Grèce privée des beaux-arts, ce retour de l'or de TOrient dans l'Occident serait devenu impossible. Jusqu'à la découverte des mines d'or du mont Pangée , qui produisirent environ six millions par an à Philippe (7), l'or eût été d'une extrême rareté; la Grèce serait demeurée pauvre , esetaTe , inconnue; TÂttique n'eût été qu'un rocher

(1) Arrian. P«r^l. mar. Krythr, (î) Arrian. ibid. (b) Justin. 1. xuv, c. m. (4) Herodot. 1. m, c. xcit. (5) Hérodot. 1. i, c. xv, l, u,lxix, Lxxot xciii. (6) Diod. Sicu). 1. xvi, c. lti ; t. Il , p. 463, édit. 1604. (7) Diod. Sicul. 1 XVI, c. VIII.

Stérile, et, suivant Teipression de Platon, qu*une portion décharnée du s^^lette du monde (1).

Cette eessation de cireatation se 0i sentir vers la lin de Tempire ro- BMiin, après les conquêtes des successeurs de Mahomet, lorsque, les Arabes étant maîtres de l'Egypte, de la Syrie, de la Perse, sans que la passion des peuples de TOccident pour les marchandises de Tlnde eût cessé. For continua de passer dans cette partie du monde et n'en revint plus. Les Arabes ayant fernté leurs ports aux chrétiens, le commerce de rinde se lit par la mer Caspienne; Texportation des objets d'art devint plus difficile ; la rareté de Por et de Targent fut extrême.

Sans les manufactures et le goût qui les dirigeait encore, sans la fabrication de la soie, riche héritage que les beaux-arls léguèrent à la Grèce et qu'ils \uï donnèrent le moyen de perfectionner , TRurope ayant continué d'acheter des Indiens, non-seulement les épiceries et les perles, mais encore les étoffes de sole qui se payèrent au poids rigoureux de For (2), et dont la consommation était immense, le numéraire aurait totalement disparu, et Ton peut assurer que parce défaut de circulation, kl- barbarie du neuvième et du dixième siècle eût été encore plus profonde.

Nous avons cherché à démontrer quelle est Pinfluence de la'peinture, quelle est TinAuence du bon goût sur la civilisation , sur les arts d'industrie commerciale et sur^e commerce en général. Nous avons vu los effets de cet art sur la richesse des nations en considérant les peuples les plus célèbres de Fantiquilé. Venons aux temps modernes , et examinons la seconde partie de notre question :

(I Quels sont les avantages que la France retire de l'influence des beaux-arts, et ceux qu'elle peut encore s'en promettre? »

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