DE FRAN-^^GOYA Y LUCIENTES
Les estampes de Goya, très-recherchées en France, sont encore des espèces d'énigmes, pour bien des amateurs ; ils admirent la hardiesse d'exécution, Timagination bizarre et les admirables effets de lumière ; mais rintention qui a présidé à ces compositions, l'allusion qui les rend encore plus piquantes, échappent à la plupart. Dans les collections, Goya, notre contemporain, doit prendre place à c6té de Rembrandt. Nous croyons donc utile de décrire son œuvre gravé. Sans nous écarter des limites d'une simple nomenclature, nous essayerons d'en donner an catalogue rataonné qui fasse bien comprendre ces productions si diverses, qui relèvent d'un ordre d'idées, d'usages et de particularités qui nous sont tout à fait étrangères.
Pour le recueil des Caprices, qui présente beaucoup d'allusions à la politique du temps et à des usages nationaux, nous avons interrogé quelques personnes qui ont vécu à l'époque et au milieu de la société qui y est si vigoureusement peinte, et mis à profit les explications que nous avons été à même de recueillir personnellement en Espagne.
Dans la description de la suite, intitulée Tauromaquia, nous avons essayé de donner une idée de ce spectacle extraordinaire, et nous nous sommes servis des mots espagnols, sans équivalents dans notre langue, qui en désignent les principaux acteurs.
Nous n'avons pu donner la dimension exacte de quelques planches qui nous sont connues, mais qui nous manquent k Paris; nous en avons signalé d'autres dont l'existence nous a été indiquée par Cean Bermudea dans son Dictionnaire des beaux-arts, et par 11. Valentin Carderera; elles sont probablement fort rares. Aussi capricieux que ses compositions, Goya a souvent brisé une planche dont il n'avait tiré que quelques épreu-
ve8, soii qu'il n'en fût pas satisfait, soil qu'elles ne fussent que de simples essais. Le besoin de produire, chez cet artiste, était indépendant de celui de puMier. La suite des Caprices ne vit le jour qu'après la chute de Charles IV. -* Celle de la Tauromaquia, dont la dernière planche retrace Ja monde Pepe Illo arrivée en 4S(H, et qui a été exécutée à cette époque, a été publiée il y a six ans seulement par ses héritiers. Les vingt estampes que nous avons intitulées Seèms d'invanon, sont encore inédites ou du moins répandues à un très-petit nombre.
L'oeuvre de Goya manque entièrement à la Bibliothèque royale qui ne possède que le recueil des Caprices ; c'est une lacune qui doit être comblée ; nous avons donné dans nos musées une trop belle place aux peintres espagniris, pour ne pas accorder un portefeuille à la pointe la plus brillante de cette école.
Lieii caprices.
t. Francisco Gota t lucibntrs pintor.
Portrait de l'auteur tourné à gauche^ coilTé d'wi bolivar.
2. El si pronuitcian t la mano alargan al pruhbro que llbga : Elle prononce le oui $1 donne la main au premier qui se présente. Une femme masquée, suivie de deux vieilles, donne la main à un homme qui semble la mener à l'autel.
3. Que vien b el coco : // vient le coco. Deux enfants effrayés se cachent entre les bras d'une jeune femme à l'approche d'un personnage couvert d'un linceul. El coco est le Croquemitaine espagnol.
4. El DE LA ROLLONA : Celui de la grosse femme. Un laquais traîne avec des courroies un personnage déjà âgé, vêtu comme un enfant, et mettant une main dans sa bouche. Nous n'avons pas la clef de cette caricature.
5. Tal para qual : Qui se ressemble s'assemble. Une élégante à la basquine, chargée de passementerie, au petit pied chaussé d'une mule à talon, semble causer avec un dandy du temps; deux vieilles, au fond, les montrent du doigt.
0. Nadie se cokoce : Personne ne se connais Réunion de personnages
masqués dans le goût espagnol.
7. Ni ASi LA DiSTiHQUE *. Même ainsi il ne la distingue pas. Dans une
promenade publique un homme lorgne une femme qu'il touche sans
la reconnaître. Critique d'une manie ridicule.
8. Qtfi SK LA LLKVARON 1 : El iU l'ont emportée ! Deux hommes, la léte couverte, emportent une femme qui crie.
9. Tàntàlo : TanlaU. Au pied d'une muraille, un honune qui se désespère, tient sur ses genoux une jeune femme morte dont les vêtements sont en désordre.
10. El amor y la huerte : L'amaur et la nwrl. Une femme soutenant dans ses bras un homme qui se meurt ; une épée nue est à ses pieds.
1 1 . MucHACHos AL A VIO ! Enfunls à l'ouvrage ! Réunion de rateros^ brigands espagnols, se préparant à quelque expédition ; des carabines et des paquets de cordes sont à leurs pieds.
12. A GAZA DE DiENTBs : A la chosêe aux dents. Une femme, saisie de terreur, détournant la tête, essaye d'arracher à un pendu la dent qui doit lui porter bonheur ou qui est nécessaire à quelque sorcellerie.
13. Est AN CALiENTBs i IU sont chauds. Deux moines, la bouche ouverte de douleur, viennent de se brûler en mangeant; deux autres qui les regardent, rient.
1 4. Que sacripicio ! : Quel sacrifice ! Des parents mettent entre les mains d'un homme d'une flgure monstrueuse, bossu, et les jambes torses, une jeune flile à demi résignée, les cheveux épars.
1 3. Bbllos consbjos : Bons conseils. Une jeune femme assise, d'une rare beauté, écoute les conseils d'une affreuse vieille. Dans celte jeune femme, qu'éclaire un effet de lumière si piquant, on croit reconnaître le portrait de dona Josepha Tudè ( la Tudô }, fille d'un chirurgien, qui fut mariée secrètement au fameux don Manuel Godoi, depuis prince de la Paix.
16. Dios LA PERDONE : Y BRA SU HADRB ! : Dicu VOUS pardonne : et c'était sa mère! Une jeune élégante répond à une vieille qui lui demande l'aumône : Dieu vous pardonne, paroles avec lesquelles on congédie les pauvres en Espagne* L'auteur sgoute : et c'était sa mère!
17. BiBN TiRADA ESTA : // cst bien tiré. Une vieille, acroupic à terre, semble adresser ces paroles à une jeune femme qui attache sa jarretière le pied appuyé sur le bord d'un brasero, vase de cuivre rempli de feu, avec lequel les Espagnols chauffent leurs appartements. Les paroles espagnoles.prétent à une allusion licencieuse.
18. YsBLB QCBMA, LA CASA '. // s'en va, la maison brûle. Un vieillard de la figure la plus insouciante, à peine vêtu, sa culotte à la main, ses chausses sur ses talons, se hâte de quitter une chambre dont les meubles sont en feu. Allusion k Charles IV.
DE l'amateur. 540
49. ToDOs CABRAN : TiMt€$ tomberont. Deux jeunes femmes arrachent, avec une joie charmante, les dernières plumes d*un poulet à léte humaine qu^elIes tiennent sur leurs genoux; une vieille, accroupie, joint les mains et lève les yeux au ciel de plaisir. Au-dessus, quelle est cette jeune poule à tète de femme, les pattes posées sur un globe, et autour de qui voltigent tant d'oiseaux coquets en froc, en uniforme, en habits de ville? La reine des Espagnes et des Indes.
20. Ya van dbspluhados : Déjà ils s'en vont déplumés. Deux jeunes femmes, excitées par deux vieilles mégères, chassent à grands coups de balais trois oiseaux déplumés de la mine la plus piteuse.
21. iQuAL LA DESCANON an! Comme ils la plument! Pauvre victime tombée dans les mains d'hommes de loi qui la dépouillent gravement en perruques, en rabats et Tépée au côté.
22. PopRBCiTAs! : Pauvres petites! Deux femmes^ la tête cachée sous la mantille, sont suivies par deux hommes enveloppés de manteaux.
25. .Aquellos polbos : Ceux-^i poussière. Cette estampe représente un ÀnlUlOy petit Ànto. Un homme assis, coiffé du haut bonnet pointu nommé coroza, entend lire sa sentence. Ces paroles aquellos polbos paraissent être \k pour ce proverbe espagnol, aquellos polbos traen estos lodosy de cette poussière vient cette boue. La dernière partie se rapporterait alors à la foule ignorante qui contemple cette scène.
2«. NoHUBO RE3IEDI0 '. // n'y a pas eu de remède. Une entremetteuse à demi nue, coiffée de la coroza, montée sur un àne et escortée d'alguazils, est livrée aux risées de la multitude ; ce supplice s'appelle poner à la verguenxa^ exposer à la honte. On remarque une espèce de fourche de fer qui maintient levée la tête de la condamnée.
25. Sr QUEBEC EL CANTARO : // a cassé la cruche. Une vieille femme fouette vigoureusement un enf:mt qui vient de casser un vase de terre.
26. Ya tibnbn asiento : Déjà elles ont retenu leur place. Deux femmes, en dépit du temps qui les force à relever leurs jupes et à mettre une chaise sur leur tête, persistent à conserver leur place à quelque course de taureaux.
27. QuiEN MAS RENDiDO? : Qui est ptti^ soumis? l]ne femme détournant la tête avec dédain sans vouloir faire attention aux humbles protestations du courtisan qui la salue.
28. Chiton! Silence! Une femme a moitié voilée par sa mantille, un doigt posé sur sa bouche, dit cette parole : Silence ! à une pauvre femme assise au pied d'un arbre du Prado.
^. EsTO SI QUV B8 LBBR : C'est cela q^teppeUe lire. Un bororoe assis, couvert d'uD peignoir, le pied posé sur le bord d'un brasero^ semble lire avec attention, pendant que deux grands valets, qui paraissent se moquer de lui, le chaussent et le poudrent. Cette caricature se rapporte au duc del Parque, qui passait, à Madrid, pour ne donner à la culture de son esprit que le temps qu'il plaisait à son valet de chambre de mettre à sa coiffure.
30. ^PoRQUB BSCONDER LOS? Pùurquoi les cacher? Ces paroles sont adressées par des hommes de mine joyeuse à un avare surpris, tenant deux bourses dans ses mains.
54 . RuEGA POR ILLÀ : Elle prie pour elle. Une jeune femme est à sa loilelte, c'est une courtisane. Sans doute cette vieille, qui est près d'elle, un chapelet à la main, adresse une fervente prière à San AfUinUo^ qui est en Espagne le patron de ces demoiselles.
5i* PoRQUE FUS sBNsniLB '. Parce qu'elle fui eennhle. Une jeune femme, qu'éclaire la lueur d'une lanterne, est assise dans un cachot.
55. Al condb Pataliuo : Le comte Palalino^ Un charlatan, vêtu comme un grand seigneur, entouré de fioles, d'élixirset d'onguents, vient d'arracher une dent ou plutôt la m&choire à un malheureux qui vomit le sang ; il tient un autre patient entre ses mains. Satire contre les opérateurs italiens qui inondaient l'Espagne à cette époque. Quelques personnes veulent voir dans le personnage principal Urguijo, ministre connu par le faste de sa toilette et la violence de ses moyens de gouvernement.
54. Las RinDB bl subno : Le iommeil les a vaincues. Quatre femmes dans un cachot donnent d^ms des attitudes étranges; elles sont éclairées par un vigoureux effet de lumière.
55. Lb dbscanona : Elles le plument. Un jeune homme, couvert d'un peignoir brodé, est entouré de femmes dont une tient un rasoir pour lui faire la barbe. Le mot descaiiona a en espagnol une énergie que ne peut rendre le mot français.
50. Mala nochr : Mauvaiu nuit. lieux femmes sont dehors par une nuit orageuse; l'une voit ses vétemente relevés par le vent, l'autre, les cheveux é|>ars, semble porter un paquet. Cette circonstance nous ferait penser que la lettre mise au bas de cette estampe n'est que le commencement du proverbe espagnol : Malanoclieyparirhija: Mauvaise nuit et accoucher d'une fille.
57 . Si sabra mas bl discif ulo ? L élève en saura - l-il plus que le matlre ? Un grand âne, une férule à la patte gauche, enseigne Talphabet à un jeune individu de son espèce. Cette caricature et quelques-unes
des suivantes nous paraissent toutes dirigées contre don Manuel Godoî, qu'on avait Thabitude de comparer à un &ne. On veut voir ici MoUinedo, commis, vieilli dans les bureaux des affaires étrangères, à qui Tul confiée l'éducation politique de don Manuel dans les premiei-s temps de sa faveur, et qui dut sans doute se trouver fort étonné d'enseigner ce qu'il n'avait jamais su.
38. Brabissimo ! : BravisHmo ! Un singe chante sur sa guitare lés louanges d'un âne stupide ; les spectateurs se moquent et applaudissent.
39. AsTA su ABUBLO '. Jusqu'à 9(m aïeul. Un âne ouvrant un livre où se trouve une longue suite de petits ânes.- Satire de la longue et ridicule généalogie qui fut faite au prince de la Paix. On le faisait descendre des anciens rois goths et tenir, on ne sait par quelles allian- • ces, à la famille régnante. Cela est évident, disait un jour le crédule Charles IV à qui l'on comptait cette fable, « Godoi nous tient de fort près. — Il y a longtemps que je le savais, n répondit la reine.
40. Deqdbhàliicmiira?: De ^uW ma^mourra-M/? Cet âne, portant au bras l'anneau des médecins espagnols et tâtant le pouls à un malade agonisant, est probablement le prince de la Paix gouvernant l'Espagne. En Espagne, à eette question : De quel mal mourra-t-il ? on a l'habitude de répondre : Il mourra du médecin.
41. Ni MAS NI MBNOs: iVt plus ni moins. Un singe fait le portrait d'un âne qui se transforme en lion sous son .pinceau. Même allusion au prince de la Paix ; le peintre, c'est don Antonio Carnicero.
A% t|} QUB NO PUBDBS : Toî quine pêux fxu. Première partie du proverbe espagnol : Tuque no puedes llevame a cueslas :Toi qui ne peux pas, porte-moi sur ton dos. Un âne est monté sur un liomme, suite de la même allusion ; l'homme, c'est ici l'Espagne, déjà épuisée, qui est obligée de fournir aux prodigalités du favori.
43. Ici commence une nouvelle série de compositions principalement consacrées â flageller l'ignorance du peuple, les vices îles moines et la stupidité des grands. Les croyances à l9 sorcellerie, si répandues encore parmi le peuple à cette époque, et qui était entretenue par les moines, fournissent au peintre une grande partie de ses sujets. Cette planche est une espèce de firontispice où .le peintre, qui sommeille, est réveillé par des oiseaux de nuit qui, battant de l'aile, se pressait autour de lui et l'excitent à prendre son crayon qu'ils lui présentent. Sur un des côtés de la table sur laquelle il s'appuie, est écrit : El subno db la bazon prodogb monstbuos : Le sommeil de la raison produil des monstres ; interprétation énergique qu'il donne â toutes ces folies.
44. HiLAN DBrr.ADO : KUe» filent fin. Trois parques, mais des parques espagnoles, affreuses et ridées, ridicules, l'une flie, Tautre dévide, la troisième coupe. Les vieilles de Goya, si laides qu'elles soient, ne sont pas imaginaires ; il avait Fbabitude d'aljer chercher ses inspirations dans la Barrio de Latapies, ou dans le RaUro, quartier des brocanteurs et des marcliands de guenilles, à Madrid.
45. MtxHO HAY QUE CBUPAE i H y a beaucoup à gueer. Trois sorcières hideuses, réunies pour un festin diabolique, se disent ces paroles en prenant une prise de tabac ; auprès d'elles est un panier d'enfants nouveau-nés qui vont faire les frais do repas.
4«. CoRRBCCîON : Correclion, Divers personnages à figures grotesques réunis dans un lieu où ils paraissent souffrir; dès monstres voltigent dans Talr.
47. Obsbquio AL MAESTRO : Offrande au maUre. Une sorcière humblement prosternée tient dans ses mains le corps d'un jeune enfant qu'elle paraît offrir, et qui excite l'envie des compagnes qui la regardent.
48. SopLONES : Souffleurs. Un démon ailé, monté sur une espèce de chat monstrueux, souffle et réveille des sorciers endormis et qu'appelle l'heure du sabbat. Il est bien difficile d'expliquer d'une manière satisfaisante beaucoup de ces scènesd'imagination, et qui se rapportent à des croyances fugitives bien loin de nous- déjà. Le mot Soplones signifie aussi moueharde, délaieurs.
49. DuENDBCiTOs: Farfouiels. Trois moines ivrognes et gourmands, d'ordre différents, et de la plus ridicule laideur, sont baptisés ici du joli nom de farfadets.
:iO. Los CHINCHILLAS : Les Chinchillas. Des nobles et des grands, cuirassés de blasons, couverts de livrées, l'épée au côté, les oreilles cadenassées, les yeux recouverts par de lourdes paupières, d^ns une immobilité stupide, reçoivent des aliments de l'ignorance représentée ici par un personnage qui a les yeux bandés et la tête ornée de longues oreilles d'âne. Les Chinchillas, espèce de rats paresseux. Goya avait l'habitude de dire : El que no oye nada, ni w nada, ni hace nada, pertenece a la numerosa familia de los Chinchillas^ que nunca han heclio nada. Gehii qui n'entend rien, ne voit rien, de fait rien, appartient à la nombreuse famille des Chinchillas qui n'a jamais rien fait.
.5t . Se rbpulbn : Ils se neUoient. Trois monstres hideux dont l'un,' armé de ciseaux, coupe les griffes de l'autre.
53. Lo QUE PUBDB UN SASTRE ! Ce quc peul un tailleur ! Plusieurs per-
DE l'amateur. 555
sonnages agenouillés, dans TatUtude d« l^adoration, devant un tronc d'arbre habi)lé en moine.
55. Qus Pico DE ORO ! Quel bec d'or ! Des moines s'extasient au discours que leur fait un gros perroquet posé sur le bord d'une chaire à prêcher.
54. El yergonzoso : Le vergogneux. Un homme mangeant, au regard furtif, parait se détourner et vouloir éviter tous les yeux, honteux des traits obscènes de son visage. L'artiste a indiqué clairement sa pensée en dessinant, au-dessus de la tête du personnage, la ceinture d*un haut-de-chausse.
55. Hasta la mubrte : Jusqu'à la mort. Une vieille élique, assise devant un miroir, ajuste un ornement sur sa têtç déjà couverte d'une perruque noire. Devant elle, deux hommes dans l'attitude admirative semblent s'extasier sur sa beauté ; une servante est derrière qui attache sa robe. Il est ici question de rétemelle coquetterie de certaines grandes dames de la cour.
50. Subir y bajar : Monter et descendre. Sur les bras robustes de la sottise, un homme s'élève jetant feu et flammes ; d'autres, ^ui naguère occupaient sa place et dont il va bientôt partager le sort, roulent honteusement dans l'abîme.
57. La FiLiACiON : La fUialion, Une assemblée de personnages ridicules semble constater la filiation d'un nain monstrueux qui vient de naître parmi eux .
58. Tragala perro : Chien avatle-le! Un pauvre diable qui pleure et supplie, est entouré de personnages qui rient et lui crient tragala pen*o; il est question d'une énorine seringue que tient dans ses mains un homme habillé en moine.
59. Y AUN NO SE VAN ! Et encore ils ne s'en vont pas ! Une haute et large pierre, semblable à une tombe, est sur le point d'écraser des malheureux, maigres et nus, dont les mains débiles essayent vainement de conjurer le malheur, sans cependant vouloir fuir.
GO. Ensayos : Essais, Scène de sorcellerie ; une femme semble immoler un homme aux pieds d'un bouc monstrueux. Sur le devant, deux •chats, un pot et une tête do mort.
61 . Volaverunt : Elles se sont envolées. Mol latin usité en Espagne. Une jeune femme, la tête ornée d'ailes de papillon, foule aux pieds trois vieilles femmes qui la transportent dans les airs.
62. Quien lo CREVERA ! 0^* l'aurail cru ! Un homme et une femme nus, accouplement hideux, roulent dans un gouffre où les tire un monstre fantastique.
63. MiREN QUE GRÀBE8 ! Voyes qwUe gramté ! Deux personnifications de la Stupidité, avec les airs les plus béats du monde, sont montées sur des figures à tête d*Ane, symbole de Fignorance. La foule, au loin, leur tend les bras et les admire.
64. BuEN YiAGE : Bon voyage. Un démon ailé fend les airs au milieu d'une nuit profonde, emportant sur son dos quatre TÎeilles sorcières à la mine effarée, qui hurlent à se faire sortir les yeux de la tète.
65. DoNDE VA MAM A ^. Oû VQ la moman ? Une sorcière aux chairs pendantes et énormes, qui se rend au sabbat, traverse les airs portée par trois démons ; son chat, qui va devant, porte un parasol ouvert.
66* Alla va eso : Ca y va. Un sorcier et une sorcière, qui se rendent au 8ad>bat, traversent les airs cramponnés après une béquille.
67. Aguaeda que te unten : Àêienâ que tu ioi$ oint. Deux personnages hideux, un homme et une femme, nus et accroupis sur la terre, achèvent la transformation en bouc d^une créature humaine ; un pied seul reste encore qui va bientôt disparaître.
68. LiNDA MAESTRA ! JoUê mottresêe ! Une vieille sorcière allant au sabbat à cheval sur un balai ; une jeune femme nue aux formes élégantes est derrière elle, ste tenant à ses cheveux.
€9. SoPLA : Soufflé. Scène de sorcellerie ; une femme à demi nue, aux membres décharnés, tient dans ses mains un enfant dont elle se sert comme d'un soufflet. Un fourneau contient des os à demi calcinés; d'autres sorciers sont autour d'elle tenant de jeunes enfants.
70. Dbvota PiOFESiON : Vœu dévot. On croit voir dans cette estampe la personnification de TEspagne se dressant sur les épaules de l'ignorance, qui se voue en toute humilité au culte de la supersti* tion et du fanatisme dont les deux grands prêtres lui présentent le livre, qu'ils tiennent ouvert avec des tenailles.
74 . Si amanbcb ; nos vamos : Si le jour vient ^ nous, nous nous en allons. Une réunion de personnages hideux, des sorciers comme le caprice de Goya les a peints, sont assis à terre, l'un d'eux levant le bras et montrant les étoiles, dit: a Si le jour vient, nous, nous nous en allons, f
72. No TE BSCAPARAS : Tu ne Réchapperas pas. Une jeune femme, aux formes élégantes, la gorge nue, fuit, poursuivie par des oiseaux de divers plumages à qui elle ne doit pas échapper.
75. Mejor es holgar : Il vaut mieux ne rien faire et s'amuser. Un homme tient sur ses bras un écheveau de fil qu'une femme, qui est debout, met en pelote ; une autre file au fond.
DB L'amateur. 555
74. No GRITE8, TONTA : Ne crie pas, bêle. Une jeune femme , que surprennent deux moines, crie effrayée, et ils lui répondent : a Ne crie pas, béte. »
75. No HAY OciBN NO DESATE? : N'y o-l-U personne pour nous délier? Satire contre le mariage. Un homme et une femme, fortement liés Tun à Fautre par une corde qui leur ceint les reins, font de vains eflbrts pour se détacher. Un oiseau de nuit, hideux cauchemar, est entre ces deux êtres liés pour jamais.
76. ^ESTAU]I^?...PUES,CO]fODIGO...EH!cumADO!siNO...F<f(«<-tWU#?...
donc comme je vous dis,., eh! prenez garde ! sans cela !. . . Espèce de fanfaron racontant à des infirmes des exploits imaginaires sans doute. On croit reconnaître dans le principal personnage don Thomas Morla, lieutenant général d'artillerie et ensuite gouverneur d'Andalousie. Ces mots sans suite conviennent fort bien à la loquacité connue alors de cette créature du prince de la Paix.
77. Unos a otros : Les uns aux autres. Des personnages très-vieux, doni les têtes semblent déjà des tètes de mort, montés les ans sur les autres, jouent à un jeu d'enfant qui simule les courses de taureaux.
78. Despacha QUE DispiERT AN : Fais vile^ ils se réveillenl. Une femme tient un balai, une autre souffle le feu, un homme nettoie des plats. Sont-ce des valets craignant le réveil du maître, ou des lutins domestiques qui ont hâte d'achever leur besogne?
79. Nadie nos ha visto : Personne ne nous a vus. Cinq moines, dans une cave, tiennent à la main des verres remplis jusqu'aux bords.
80. Ya es hora : Maintenant c'est Vheure, Quatre moines que matines réveillent, bâillent et étendent les bras. Maintenant, c'est l'heure ! ces singulières paroles qui terminent ce recueil, ont fait penser que ce pouvait être un cri lancé par Goya à la fin de son œuvre, pour exciter à secouer le joug de toutes les turpitudes qu'il avait essayé de ridiculiser.
Cette suite d'estampes, que l'on trouve toujours réunie, est gravée à l'eau-forte mélangée d'aqua-tinta. La dimension des planches varie entre 18 et 20 cent^ de hauteur, et 14 cent, de largeur. La planche première, qui contient le portrait de l'auteur, a 45 cent. 1|2 de haut, sur \\ cent, de larg. Toutes sont numérotées 1 à 80, en haut à droite.
On connaît deux tirages des Caprices de Goya qui se distiguent par la couleur de l'encre : celle de la première édition est plus rousse ; la seconde édition a été faite sous la direction de M. Estève, excellent graveur, à qui l'on doit l'estampe de Moïse frapant le rocher^ d'après Aurillo.
Un bel exemplaire des Caprices, reKé en maroquin rouge, s'est vendu 150 francs à la vente des livres de M. M. Sampayo en I842«
TRENTE -TROIS ESTAMPES représentant différentes manières et feintes de Vart de combattre les taureaux^ inventées et gravées â Peau forte, à Madndy par don FRANCISCO DE GOYA Y LU- CIENTES.
Dans cette suite d'estampes, en faisant Thistorique des diverses manières de combattre les taureaux et en indiquant les phases principales de ce grand spectacle, Goya s^st plu à reproduire les actions extraordinaires (snerles) des combattants les plus célèbres depuis le Cid , le Maure Gazul, et Charles-Quint, qui furent aussi d'intrépides lorcrof, jusqu'à la mort de Pepe Illo, arrivée en 480K
84 . — 1 . Mode des anciens Espagnols de chasser le taureau à cheval et dans les campagnes. Un taureau pris dans un lacs est tué à coups de lance.
82. — 2. Autre manière de chasser à pied. Deux hommes armés de lan-
ces attaquent le taureau en pleine campagne.
83. — 5. Les Maures itaJbUs en Espagne, éludant les préceptes du Co-
ran, adoptent Vart de combattre les taureaux. Troupe de Maures combattant le taureau avec des artoes diverses, l'un est foulé aux pieds.
84. •— 4. Autres Marnes qui capean dans une lice fermée, Capear, étourdir et fatiguer le taureau en le faisant se précipiter toujours en vain sur une légère cape en soie de couleur qu'on lui présente et qu'on abandonne à sa fureur. C'est par cet exercice que commencent les courses.
85. — 5. lie courageux Matig£ Gasul, le premier qui combattit aieec la lance suivant les règles. Un Maure à cheval perce un taureau de part en part.
86. — 6. Maure qui capean avec leurs boumous dans la plaxa. Un taureau se précipite sur la cape brillante qu'on présente à sa vue. L'arène où se fait une course de taureaux se nomme Place.
87. — 7. Origine des arpons ou banderillas. Un Maure en présence du
taureau tient sa cape d'une main et de l'autre une banderillas, espèce de flèche dont le fer est fait en forme de harpon et le bois empenné d'un bout à l'autre de papier découpé. Les toreros les
piquoDl au cou du taureau furieux ayant de Fabandouner à la etpadaon fnatador qui doit le tuer.