‹ Le Cabinet de l'amateur et de l'antiquaireChapitre 97 sur 139 · LE G4BINBT DB L'AMATEUR · texte numérisé non relu

LE G4BINBT DB L'AMATEUR

qu^en signalant les vices du mode actuel et les nombreuses et grossières erreurs de ceux qui dirigent ces opérations, parviendrons-nous à les faire entrer dans une voie meilleure.

L'intervention d'un officier ministériel dans les ventes publiques fut, dans l'origine, une excellente chose, qui vint mettre un terme à bien des désordres; depuis, de nombreux abus s'y sont introduits, et les rendent de nouveau peu sûres pour l'amateur novice qui s'y aventure ; dangereuses même pour4es marchands. Parmi les principaux vices de l'organisation actuelle, nous en citerons deux : les ventes volontaires faites au rabais, à forfait, où I^pAt d'un gain certain fait abandonner au commissaire-priseur la plus grande partie des droits assez élevés qui lui sont dévolus, et ouvre ainsi une voie nouvelle à la spéculation ; les crédits ouverts aux marchands chez quelques commissaires-priseurs.

Les ventes aux enchères sont, ou obligées, comme les ventes après décès; ou déterminées par des causes sérieuses la plupart du temps ; surtout elles doivent être faites au comptant. Si la spéculation s'en empare, si des conventions secrètes auxquelles quelques-uns seuls participent, viennent en changer les bases, d'autres lois doivent être appelées à les régir ; celles qui existent sont insufAsantes.

Lorsqu'un spéculateur fait une vente (maintenant pour une vente naturelle y y en a vingt factices), il traite de. gré à gré avec l'officier ministériel, et le procès-verbal, qui dans ces sortes de ventes reste ouvert, lui permet de manœuvrer à sa fantaisie. Il poussera lui-même les objets mis en vente, et les retb*era sans craindre les frais excessifs qu'entraîne la voie ordinaire. Le public sera entouré de compères qui lui feront payer cher ses fantaisies, et si par hasard l'enchère reste an vendeur, l'objet, remis de nouveau au procès-verbal, sera revendu le lendemain, quelquefois deux heures après.

Ces ventes sont aussi nuisibles au commerce légitime des marchands d'objets d'arts en boutique, que l'étaient celles des marchandises neuves qui viennent d'être prohibées avec raison ; elles favorisent bien des spéculations coupables et produisent ces encans scandaleux si souvent dénoncés au public et qui n'en subsistent pas moins.

La concurrence que se font certains commissaires-priseurs dans les rabais qu'ils offrent peut compromeire gravement la fortune des particuliers qui s'y laissent prendre, et si, par malheur, comme cela arrive souvent, le commissaire-priseur se trouve chargé du catalogue et de la publicité, il y a de grandes chances pour que tout soit vendu à vil prix. Les commissaires-priseurs ne se connaissent ni en arts ni en antiquités ; dans le fait, ce n'est pas leur métier -, mais l'ignorance des prétendus experts qu'ils

emploient est proverbiale ; le catalogue sera donc une sèche nomenclature incapable d'attirer l'attention des amateurs, où les objets ne seront même pas appelés par leur nom, et le tout deviendra la proie des coureurs de ventes coalisés.

Le degré d'ignorance qui préside à ces transactions est incroyable ; on a vu dans une vente faite par le garde-meuble, dans les dernières années de la restauration, des coupes d'agate montées en or se vendre pour du cuivre doré ; il y en eut deux qui furent vendues moins de deux cents francs ; il y avait pour plus de deux mille francs de matières dans les montures. Le commissaire-priseur qui vendait était, je crois, M. Chauvelotde Ponfol, assisté de garçons tapissiers faisant les fonctions d'experts.

Il y a quelques années, M. Bierfulurer, assisté de M. Théret, vendit pour deux cent vingt-cinq francs, cinq stèles égyptiennes, qui n'a^'aient pas même été cataloguées. L'une d'elles, unique et de la plus grande importance, avait coulé en vente publique, à M. Cous$inery, à qui elle avait appartenu, plus de 1 ,800 francs. Elles sont maintenant an musée du Louvre. Le même M. Bierfuhrer, dont nous venons de parler, a adjugé, il y a un mois, deux bouts de table et deux salières en argent, au prix de 7 fr. SO ; il les vendait pour du plaqué I

Nous ne citons que des cas matériels, palpables aux yeux les plus vulgaires ; que serait-ce si nous rapportions les erreurs qui ont lieu dans les dessins, dans les tableaux, les médailles, les pierres gravées, les estampes, etc. !

Les ventes faites à forfait favorisent aussi des opérations dans le genre de celle-ci : Un marchand qui part pour l'étranger veut ^emporter avec lui une certaine quantité de tableaux ; il les met en vente, fait un grand bruit d'annonces et de réclames, qui jettent un certain éclat sur sa collection, puis fait adjuger à un tiers, à des prix excessifs, des ouvrages médiocres ; et muni des bordereaux du commissaire-priseur qui sont des titres précieux, il part faire des dupes ailleurs.

Le crédit fait aux marchands a d'autres inconvénients ; il ruine le commerce et détruit l'égalité qui doit régner entre les adjudicataires, les ventes devant être faites au comptant. Le commissaire-priseur n'est pas sans une certaine influence sur le marchand à qui il fait crédit ; joignez à cela ce qu'on appelle le feu des enchères^ élément mal défini qui a certains entraînements auxquels il est difficile de résister à temps, et vous jugerez ce qui peut en résulter. Nous avons vu des marchands revendre avec perte ce qu'ils avaient acheté en vente publique sous cette double influence.

Les enchères ne doivent subir aucune influence, et leur entière li*

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berté importe beaucoup au succès d'une vente ; savoir adjuger à temps est un talent que possède M. Bonnefond de Lavîalle, bien différent en cela de son confrère M. Benou, qui ne sait trancher son enchère qu'après avoir épuisé toutes les ressources de son esprit pour en élever le prix. Ce qui est encore une bizarrerie de ces sortes d'opérations, c'est qu'on se tromperait si Ton croyait que l'offieier ministériel qui sait le mieux tirer tout le suc pour ainsi dire de ses enchérisseurs est celui qu'on doit choisir pour faire une vente; car, une fois sa manière connue, les marchands et les amateurs le craignent, s'en défient et n'assistent pas à ses ventes.

Avec le crédit, l'appât d'un gain facile pousse souvent les marchands à acheter plus et plus cher qu'ils ne peuvent vendre ; ils s'encombrent de marchandise et se ruinent ; car il faut payer un jour. Aussi voyons-nous chaque année passer dans les ventes les magasins de deux ou trois des plus témécaires.

L'espace nous manque pour traiter bien d'autres griefe que soulèvent les encans publics, et certaines questions qui tiennent à la constitution même de la compagnie des commissaires-priseurs. Nous y reviendrons par la suite.

Dans un second article nous examinerons l'autre partie de notre sujet, la rédaction des catalogues et l'ignorance de& experts.

Cl. MAKIE.

BLLLETIN-CHUONIQUE.

INSTITUT ROYAL DE FHANCL •éaBM annuelle de rAeadémle de» BeansL-Arl»*

Le concours pour les prix de Rome a été généralement satisraisant cette année. Tout le monde s'est (rouvé d'aecord, le public, la critique et TAcadémie; la disiribulion des prix n'a soulevé aucune réclamation: c'est un fait assez rare que nous consignons ici.

M. Biennourry, fort jeune encore, a déployé dans la composition du David sacré par Samuel^ qui était celte année le sujet du concours de peinture, une maturité de talent bien grande pour ses dix-neuf ans ; exécution, composition, convenance, tout était luen. Le tableau de son concurrent, M. Duveau, moins irréprochable dans quelques parties, annonce peut-être un plus grand avenir.

En sculpture, une seule Ggurc ronde bosse avait été demandée aux concurrents. Nous la préférons de beaucoup aux bas-reliefs qu'ils exécutent ordinairement ; le bas-relief nous semble une des difficultés de Fart, qui ne souffre pas la médiocrité, encore moins Tinexpérience. Le programme, Diomède erUevanl le palladium, était bien choisi; les concurrents s'en sont heureusement inspirés. M. Gavelier, qui a remporté le premier prix, n'est déjà plus un élève, c'est un artiste dont nous avons signalé dans notre revue du salon une statue demi-nature pleine de charme.

La gravure seule s'est montrée d'une grande faiblesse à ce concours ; l'académie, d'un dessin très-faible, ne brillait pas même par ces qualités de burin si facile à acquérir et pour lesquelles on a une trop grande estime do nos jours. MM. Delmère et Collier, qui ont obtenu le prix, ont pu voir comment débutent les maîtres: les gravures de concours de MM. Forster et Muller, dont ils sont les élèves, étaient pendues

à deux pas. Au reste, il serait injuste de demander à des jeunes gens encore sur les bancs et qu'embarrassent souvent les éléments même de Fart, des* productions capables d'être soumises à une critique sérieuse. Dans les arts, comme dans les sciences, comme dans la littérature, ce qu1l faut savoir d'abord, c'est la langue; or, pour l'artiste peintre ou sculpteur, ce grand moyen de se manifester se résume dans la figure; quil la ppssède donc d'abord imperturbablement sous toutes ses faces, dans toutes ses attitudes ; là devrait être le seul but des études académiques, la poétique ne relève que du public et souvent du génie , l'inspiration viendra toujours assez par la suite, et lorsque l'artiste saura donner un corps à sa pensée, il pourra s'y livrer sans contrainte.

Le morcellement des prix nous paraît une habitude vicieuse, l'Académie n'est pas obligée comme certains maîtres de pension, d'en donner à tous les élèves. Nous n'avons nullement envie de chicaner les encouragements donnés aux arts ; mais pour quatre concurrents en gravure, par exemple, donner deux prix c'est trop. Ne peut-on pas craindre, en faisant ainsi, de détruire Témulalion ?

La faiblesse déplorable des envois de Rome a fait remettre en question l'utilité de la Villa Medicis. Nous n'entrerons pas dans ce débat, nous pensons que le voyage de Hoiiie est un'fait salutaire et important dans la vie d'un artiste; les critiques qui n'ont pas vu l'Italie sont excusables de professer une opinion contraire, uous plaignons les autres.

Parmi les envois de Rome cependant, le public a accepté tout d'abord une grande composition, non terminée encore, de M. Papety, qui a eu un véritable succès. Le public ne raisonne pas avec ce qui lui plail, et il a peut- être raison ; mais sans nier dans ce tableau quelques qualités d'exécution fort bonnes, nous concevons parfaitement le silence accusateur gardé sur cet ouvrage par M. Raoul Rochctte dans son rapport sur les envois de Rome. Personne ne sent mieux que le célèbre archéologue toute là sagesse, la pureté, la force et la grâce de l'art antique, et rien ne s'éloigne plus de tout cela que le tableau de M. Papety. André Chénier disait :

Sur des sujets nouveaux faisons des vers antiques.

M. Papety, tout au rebours de ce beau précepte, avec des minois chiffonnés, des femmes diaphanes et poitrinaires, coiffées à là dernière mode, a fait une espèce de sujet antique et phalanstérien qui s'explique difficilement. Au milieu de toutes les louanges qui lui ont été prodiguées, nous aurons le courage de dire à M. Papety qu'il se fourvoie en donnant les proportions de la grande peinture à des sujets que M. Winter-

.'.7r» LK ÇABLNKT

haller, qui les a irailés avant lui, avait sageuiciit renfermés dans un cadre plus restreint ; son dessin est sans caractère, ses lignes sans grandeur, ses formes sans modelé, et sa manière de peindre n'a aucune de ces qualités énergiques et brillantes qui font pardonner tant de choses aux peintres de récole flamande. Que M. Papety étudie Titien, c'est bien; mais que les grands modèles de Técole florentine ne soient pas comme non avenus pour lui. Disons aussi que Texposition d'un tableau à Tétat d'ébauche dénote des prétentions dont un jeune artiste devrait particulièrement s'abstenir.

Dans sa séance du i" octobre, après la lecture du rapport de M. Raoul Rochette sur les envois de Rome, l'Académie des beaux-arts a fait la distribution des grands prix de peinture, de sculpture, d'architecture, de gravure en taille-douce et de composition musicale, ainsi qu'il suit ;

Peinture. — Premier grand prix ; M. Yictor-François-Ëloi Diennourry (Rar-sur-Aube), âgé de dix-neuf ans, élève de M. Drolling.

Second grand prix : M. Loui$-4ean-Noël Duveau, de Saint-Malo, âgé de vingt-quatre ans, élève de M. Cogniet.

Mention honorable : M. Féiix-^Joseph Rarrias, de Paris, âgé de vingt ans, élève de M. Cogniet.

Sculpture. — Premier grand prix : 'M. Pierre-Jules Cavelier, de Paris, âgé de vingt-huit ans, élève de M. David et de M. P. Delaroche.

Second grand prix : M. René-Ambroisc Maréchal, de Paris, âgé de viiigt>quatre ans, élève de MM. Ramey et Dumont.

Deuxième second grand prix : M. Mathurin Moreau, de Dijon, âgé de vingt ans, élève de MM. Ramey et Dumont.

Mention honorable : M. NoëMules Girard, de Paris, âgé de vingt-six ans, élève de MM. David et Petiiot.

Architecture. — Premier grand prix : M. Philippe-Auguste Titeux, de Paris, âgé de vingt-huit ans, élève de MM. Debret et RIoaet.

Grand prix : M. Prosper Desbuisson, de la Gapelle { Aisne) , âgé de vingt-six ans, élève de M. A. Lcclère.

Deuxième second grand prix : M. Louis-É tienne Lebeliii, de Dijon (Côtc-d'Or), âgé de vingt-huit ans, élève de M. Garistie.

Mention honorable : M. Albert-François-Germain Delaage, de Paris, âgé de vingt-six ans, élève de M. Gauthier.

Gravure en taille-douce. — Premier grand prix : M. L.-D.^. Delemère, de Lille (Nord), âgé de vingt-huit ans, élève de M. Muller.

Second grand prix : M. A.-A.-S. Collier, de Paris, âgé de vingt-trois ans, élève de M. Forster.

Composition musicale. — Premier grand prix : M. A. Roger, de Châ-

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icaugiroii (Mayenne), âgé de vingt-huit ans, élève de MM. Ilalévy et Garaiïa.

Second grand prix : M. F.-M. Massé, de Lorient (Morbihan), âgé de vingt ans, élève de MM. Halévy et Zimmermann .

Deuxième second grand prix : ili. J.-F.-E. Gauthier, de. Vaugirard (Seine), âgé de vingt ans, élève de M. Halévy.

Les prix distribués, M. le secrétaire perpétuel a repris place à la tribune pour lire une notice sur la vie et les ouvrages de feu M. Ramey, statuaire, mort le 4 juin 1858, âgé de quatre-vingt-cinq ans. La notice de M. Raoul Rochelte, qui rend toute justice au talent et au caractère honorable de cet artiste, a été écoutée avec plaisir et souvent applaudie.

iVouvtelle» dlwer«e«.

Le chevalier de TEspinasse db Lakgeac, le. doyen des amateurs de tableaux, vient de mourir â Paris. Né vers I7£:0, il touchait à sa quatrevingt-troisième année. Fils naturel du ministre comte de Saint-Florentin, duc de la Vrillière, suivant les nrémoires de Bachaumoot, sa naissance et celle de ses frères furent légitimées par le.mariage de sa mère avec le comte de FEspinasse. Pendant une aussi longue existence, M. de Lan^ geac changea bien souvent de carrière ; abbé d'aboi'd %t chevalier de Maite, il quitta le petit collet pour entrer dans la diplomatie, fut secrétaire cj^'ambassade à Vienne, à Moscou et à Saint-Pétersbourg, puis poète à la mode i>ublié depuis longtemps. Il n'émigra pas pendant la révolution ; soils* Tempire, il fut conseiller ordinaire de TUniversité. Il dut celte place à Fontanes, son ancien ami, auquel il avait longtemps servi de seerétaire intime. Nommé chevalier de la Légion d'honneur par le roi, en 4844, il fut décoré de la croix de Saint-Louis en 4825. Nous ne rappellerons pas ici ses nombreuses productions en vers et en prose. M. de Langeac fut un des plus intrépides amateurs de tableaux de notre époque, voilà ce qui nous louche. Les débris d'une grande fortune que lui avait enlevée la révolution furent insuffisants à satisfaire un goût si vif et si prononcé pour les productions de Tart. Gomme bien d'autres, hélas ! M. de Langeac fut obligé de vendre souvent ses collections pour se livrer au besoin impérieux d'acquérir toujours des choses nouvelles, La première vente de ses tableaux, en 4809, est restée célèbre par ki beauté des ouvrages qu'elle renfermait. Il posséda, entre autres morceaux célèbres, le Congrès de Munster^ pemt par Gérard Terburch, tableau bien connu par la belle estampe gravée par Suyderhœf, et qui fut v^ndu 45,500 francs, en 4857, à la vente de la galerie de rÉlysée. Grand

anialeur de porlrails, M. de Langeac en ayak r^uni de fort beaux sur la fin de sa vie ; une grande partie esi passée au musée de Versailles lors de sa formation.

D'une vivacité extraordinaire pour son grand âge, irè&-actif, M. de Langeac ayait conservé la grâce et les manières élégantes de la société polie dy dix-huitième siècle, dont il fut un des brillants personnages.

Nous ne pensons pas qu'il ait laissé de collection importante.

— On écrit de Rone :

<( La rote, cour suprême "des États pontificaux pour les affaires ecclésiastiques et civiles, vient de prononcer un arrêt où elle consacre, relativement à la vente des tableaux, un principe étrange, qui a causé la plus vive sensation parmi les personnes de notre ville qui s'occupent du commerce de tableaux.

« Dans la matinée du 46 novembre 1856,'M.-'le prince de Simirium fit vendre publiquement plusieurs tableaux de la galerie du palais d'Odescalchi, qui lui appartient, et entre antres un qui était dans un état de délabrement tel, qu'on pouvaîtà peine en distinguer le sujet. Ce tableau fut adjugé, moyennant 15 écus romains (82 fr.), à M. Vallalti, marchand d'objets d'art, de Rome, qui, le jourmén^, fit apposer â la devanture de sa boutique et aux coins des rues environnantes des affiches portant qu'il venait d^acquérir une Madeleine du Corrége, qui surpasse celle du même illustre peintre qui se trouve au musée royal de Dresde, et qui a oté achetée par cet établissement au prix de 45,000 sequins{l80,ÇKQQ fr.); qu'il invitait les connaisseurs à venir voir chez lui ce chef-d'œuvre; mais seulement à partir du surlendemain, parce qu'il fallait d'aCoid le netr toyer et Tencadrer.

c< Le 18 septembre, au moment où le magasin de M. Vallatti était rempli de personnes qui contemplaient le tableau de la Madeleinej qu'en effet tous les connaisseurs regardaient comme un véritable Corrége, deitx <»ir«>ri (huissiers) y entrèrent, et saisirent le tableau, à b requête de M. le prince de Simirium, en alléguant pour motif que cet ouvrage avait été acheté à vil prix par M. Vallatti, quoiqu'il sût que c'était une œuvre de Gorrége d'Une valeur considérable.

a Le tribunal de commerce, où l'affaire fut portée à cause de la quailé de commerçant de M. Vallatti, déclara la vente du tableau dont il s'agissait bonne et valable, ordonna la mainlevée de la saisie , et condamna le demandeur en tous les dépens ; jugement qui fut confirmé en appel par le tribunal de la Segnalura, mais avec compensation des frais.

« Le prince de Simirium se pourvut contre celte décision devant In

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rote romaine, qui Ta infirmée, et a prononcé un arrêt, dont voici la substance :

« Attendu que s'il est vrai, en thèse générale, qu'un tableau précieux, qui aurait été découvert au-dessous d'un autre tableau ou peinture, qui le couvrait de manière à le rendre méconnaissable, doit demeurer la propriété de la personne qui Ta acheté, surtout si, pour parvenir à en faire la découverte, elle a été obligée de faire un travail pénible et d'employer une grande habileté, il n'en saurait être ainsi, si le tableau acheté, malgré son délabrement ou mauvais état, révèle, au premier coup d'œil, sa grande valeur, ce qui, d'après les faits qui résultent du procès, est le cas avec le tableau en question, qui a été reconnu. sur-le-champ par M. Vallatli pour une Madeleine du Cortège, le tribunal de la rote annulle la vente dudit tableau, ordonne que celui-ci demeurera la propriété de M. le prince de Simirium, qui sera tenu de rembourser à M. Vallatli le prix de 45 écus romains, avec les intérêts à partir du jour de la vente, et d» lui payer en outre une indemnité de 4,000 écus romains (5,50!) francs) ; les dépens de toutes les instances compensés. »

— Le comité nommé pour surveiller l'érection de la statue de David Wilkie s'est réuni sous la présidence de sir Robert Peel. Parmi les nombreux candidats, elle a choisi le sculpteur E. Joseph pour exécuter le monument, et désigné, pour en diriger les travaux, le duc de Sutherland^'le duc de Buecleuch, lord Mabon, sir A. Galcott, l'honorable Henry Labouchère et quelques autres. Le montant des souscriptions réunies par le trésorier excède \ ,700 livres sterling, somme suffisante déjà, car Ghanterey lui-même n'a jamais reçu plus de 2,000 livres (50,000 fr.) pour l'exécution d'une statue pareille.

— Le marquis d'Exeter, propriétaire du ch&teau de Burghiey-House, situé près de Goventry, dans le comté de Northampton, a eu l'honneur de faire hommage à la reine de divers objets antiques qui se trouvaient dans cette résidence depuis sa construction, en 45!)5, par lord Burghley, et qui avaient attiré l'attention de Sa Majesté lorsqu'elle visita ce vieux manoir dans son dernier voyage. Ces objets sont :

I® Une grande cuvette et aiguière en or, qui furent données par la reine Elisabeth à lord Burghley lorsque cette princesse séjourna à Burghley-House. 2^ Un rosaire en corail orné de pierreries qui a appartenu à Marie Stuart, laquelle, selon la tradition, Taurait reçu du pape pendant sa captivité. 3^ Deux grands plats d'argent fabriqués à Florence, en 1.'50, et au fond desquels sont figurés, en bas-reliefs, divers sujets de la Bible. Ces plats, dont l'un pèse environ quatre-vingt-dix-huit livres, et l'autre à peu près soixante livres, sont, à rc que l'on croit, les deux

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|»lus grandes pièces de vaisselle d'nrgeiit qui exisienl. Sa Majesté, eu agréant rJiomiiiage de ces précieux objets, a exprimé au marquis d'Ëxctei- sa reconnai8s;)nce dans les termes les plus gracieux !

Vente de de«slii« Ae Mlcliel-Aaige et de Rapliael.

Une transaction importante vient d'avoir lieu à Londres. MM. Woodburn ont vendu à l'université d'Oxford , pour son musée , une suite importante de dessins de Michel-Ange et de Raphaël, au prix de 7,000 livres sterling (168,000 Tr.); ils provenaient tous de la célèbre collection de sir T. Lawrence. Nous n'entrerons pas dans les détails de cette opération entamée depuis longtemps. Une souscription qui avait été ouverte n'avait pas produit une somme suffisante, et Tuniversité allait renoncera cette acquisition, lorsque lord Eldon est venu la compléter par rénonne souscription de 5,003 livres sterling. Ainsi, grâce à la gênéroMté d'un particulier, Tuniversité d'Oiiford se trouve en possession de la plus nombreuse collection de dessins de Raphaël connue ; ils sont ici au nombre de 19(K — Un journaliste anglais, à propos de celte vente, faisait ainsi la liste des dessins de Raphaël : Venise en possède 105, dont 5 fort douteux; Paris, 47 ; Lille, 40 ; Florence, 45 ; Rome, 5; Milan, 6; Naples, 5; Pérouse, 5; Berlin, 5; Dresde, 9 ou 10; Munich, 4; Dusseldorf, 0 ; et en Angleterre il s'en trouvait envir(Hi .^0, dont 9 chez le duc de Devonsbirc, à Ghatsworth. Nous ne savons jusqu'il quel point on peut ajouter foi a ce dénombrement; nous ne voyons figurer ici ni Vienne ni la Haye qui en possèdent beaucoup comme on le verra tout à rheure. Notre musée du Louvre en a 25, exposés sous verre et en possède sans doute d'autres dans ses cartons. Nous en connaissons peu à Paris, dans les collections d'amateur ; trois ont passé en vente dans la «aison dernière; celui de M. Roger, qui venait des collections Mariette et Randon de Boisset, où il avait été vendu successivement 1,2X2 fr. et 980 fr., a été adjugé au prix de 5,010 fr. ; il appartient maintenant à M. Reizet. Les deux autres, qui ont fait partie de la vente Revil, se sont vendus 2,304 fr. et 1,999 fr. ; ils appartiennent à MM. Dclasalle et Reizet. M. Revil en possède un petit, le plus parfait peuirétre de tous ceux que nous connaissons. Le musée de Montpellier en a un fort curieux, dessiné des deux côtés et contenant des vers de la main de Raphaël ; il vient de la collection Alfieri.

Le cabinet de sir T. Lawrence était beaucoup plus nombreux en dessins de Raphaël ; la suite unique qu'il possédait lui avait coulé près de 50,000 livres sterling. MM. Woodburn, qui l'avaient acquise au prix de

DE I/aMATEUR. 5.Si

24,000tiv. stcii., la proposèrent d'abord au gouverneineiil brilanniquo, qui refusa de Taclieter, el ensuite ils la morcelèrent. Le roi de Hollando acheta cinquante des plus beaux, qui sont maintenant au musée de la Haye ; c'est le reste que vient d'acheter, en juin dernier, Tunivcrsité d'Oxford. Ces dessins, que nous avons vus à Londres, chez MM. Wood* burn, sont presque tous à la plume, tracés légèrement, sans grands travaux la plupart. Quelques récusations pourraient certainement être faites dans le nombre ; mais ils sont beaux en général et témoignent bien du génie et de la facilité admirable du divin maitre.

Les peintures de sir \V. Forbes ont été mises en vente à Londres, dans les salles de Raing ; mais plus de la moitié ont été retirées, ne pouvant être vendues aux prix demandés. Parmi celles qui ont été adjugées, on a remarqué deux tableaux de Sassoferrato de même sujet, la Vierge elV enfant y qui ont produit 85 et ^ guinées. Ce, dernier est une petite production très-originale. — Un portrait de Velazqucz , fort médiocre et d'une originalité douteuse, 74 guinées. — Un repo$ en Egypte, par Giovanni Bellini, 06 guinées. — Une vieille femme plumant une volaille , de Rembrandt, 66 guinées; ces deux tableaux étaient plus que douteux. — La Vierge el Venfant, par Francesco Francia, 402 guinées; quoique celle peinture soit fort délicate, elle ne nous a pas semblé être du vieux Francia^ mais plutôt de son fils. Plusieurs connaisseurs pensent que Giaconio n'est pas inférieur à son père ; on ne trouvait dans ce tableau ni l'expression profonde ni l'exquise pureté qui distingue Francesco Francia. — Porlrail d*un guerrier portugais^ par Moroni, 4 55 guinées ; admirable pour la couleur, le caractère et l'exécution. — La Vierge el l'enfanly par Bernardo Luini, 410 guinées.

Ainsi que nous le pressentions dans un de nos derniers numéros, le célèbre vase fond blanc connu sous le nom de vase de Salamlne, et non d'Égine, comme il a été inaprimé par erreur, vient de passer en Angle terre ; il a été acquis pour le Britisli-Museum, au prix de 4,00!) francs.

Ce vase, fort remarquablerpar ses sujets coloriés sur fond blanc, est le plus bel exemplaire connu d'une sorte de vase déjà fort rare. Découvert à Salamine, dans des fouilles dirigées par M. Grasset, notre consul à Janina, il se trouve décrit et gravé <lans l'ouvrage de M. Raoul Rochetle, intitulé : Peintures antiques inédites.

Le plat d'argent ciselé dont nous avons annoncé la récente décou verle à Cologne (pî«ge 216) vieni d'èlre acquis par le roi de Prusse :ui prix

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de 1,000 frédérics d'or, environ 21,000 francs. G*esl un prix fortéleTé pour un objet de cette classe. Il fait maintenant partie du musée de Berlin.

Vente» paMIane**

C'est au 21 novembre qu'a été lixée la vente d'une collection d'auto grapbes provenant du cabinet de M. A.Martin, qui doit offrir aux amateurs des pièces importantes et quelques raretés qui n'ont pas encore passé dans les ventes. Il suffira de citer Charles le Téméraire, André Doria, restaurateur de la liberté de Gènes, Charles-Quint, Don Juan d'Autriche et Philippe H d'Espagne; Itenri III, Charles IX et Louis XIII; Charles I*' et Guillaume 111 d'Angleterre; le cardinal de Richelieu, Turenne, le grand Condé; Marguerite de Valois, Catherine et Marie de Médicis, Elisabeth d'Angleterre et Christine de Suède. Parmi les théologiens, on remarque : saint François de Sales , Bossuet, Fénélon, et aussi Érasme, Luther, Calvin, Reuchelin et Théodore de Bèze. C'est la première fois que des lettres de Luther et d'Érasme passent en France dans une vente publique.

Dans cette collection, où les plus graves et les plus puissants ont apporté leur contingent, se trouvent aussi des lettres d'intrigues et des billets doux des comtesses de Ch&teauroux, de Lauragais, de Mailly, trois sœurs qui se disputèrent tour à tour un royal amant ; chaque siècle donne ce qu'il a. Ces lettres sont toutes adressées au duc de Richelieu, confident ou complice de ces dames. Nous en citerons quelques fragments curieux ; la première lui écrivait dans une lettre de six

• Sûrement Meuse tous aurti mandé la peine que j'ai eu è faire déguerpl^^lladame de Mnilly; eofin, j'ai obtenu que l'on lui mandât de ue point revenir que quind on lui manderait. Vous rroyez peut-^tre que c'est une affaire finie ? Point d n t>)ut ; c'f si qu'il est oulré de douleur, ci qu'il ue m'écrit pas une lettre qu'il ne m'en parle, et qu'il me demande de la faire revenir et qu'il ne rapprochera poi^ mais qu'il me demande de la voir quelquefois : j'en recuis une dansée moment où il me dit que si je lui refuse je serai bientôt débarrassée d'elle cl de loi; voulant dire apparemment qu'ils en mourront de chagrin tous deu\. Gomme il me conviendrait fort peu qu'elle fût ici, je compte tenir 5on. Comme je n*aipas pris d'engagement, dont \e tous avoue que je me sais bon pré, il

décidera entre elle et moi

Vous pensez bien que tout le monde est en l'air et qu'on a les

)eu\ sur le roi et sur moi... Pour la reine, vous imaginez bien qu'elle me fait

hK L'AMATKCR. 585

une mine de chicD; c'est le droit du jeu

Jetais Toas dire les dames qui îroutè Choisy : mademoiselle

(le la Roche-sur-Ton, mesdames de I^uynes, de Cbevreuse, d'Antin, de Flavacourt et votre Irès-humble serrante... Il n'osait pas même aller à Choisy, c'est moi qui lui ai dit que je le voulais. Personne ne logera dans l'apparlement de madame de Mailly; moi je serai dans celui que l'on appelle le vôtre, c'est-à-dire

si M. Dubordage en a l'esprit, car le roi n'en dira mot

11 vous a mandé que l'affaire était finie entre nou»^ car il

me dit dans sa lettre de ce matin de vous détromper, parce qu'il ne veut pas que vous en croyiei plus qu'il y en a. Il est vrai que quand il vous a écrit il comptait que ce serait pour le soir; mais j'ai apporté quelqtêes difficultés à Vexéeution ^ont je ne me repens pas »

Madame de Lauragais, non moins prolixe que sa sœur et plus tendre, disait au vainqueur de Mahon, dans une lettre de huit pages :

• U espère bien que vous surmonterez toutes ces difficultés et que vous serez vainqueur de Mabon Mais je crains bien que le siège ne soit bien meurtrier. Ah! que je suis donc malheureuse de vous voir au milieu de ces dangers. Je voudrais être votre cuirasse ! Mais songez, je vous en conjure, qu'un général ne peut ni ne doit s'exposer; et puis vous n'êtes pas à vous, vous êtes à moi, à moi qui vous adore, qui ne vis que pour vous, qui vous regarde comme ce que j'ai de plus cher au monde. Ma vie est attachée d la vôtre, et je vous jure, mon cœur, que je n*ai jamais senti pour qui que ce soit ce que je sens pour vous. .. •

Plus loin, madame de la Popclinière, Temme du fameux fermier général, termine ainsi une lettre adressée au même :

• .... Adieu, mon cœur, pense/ à moi beaucoup. Si nos âmes pouvaient se joindre parla pensce, je serais toujours avec toi. Je vous aime lieaucoup, mon cher amant, je vous le jure » -^

Toutes ces indiscrétions sont charmantes; du reste, le goût parfait que MA. Marlin apportait dans le choix des pièces qu'il rassemblait, et leur belle conservation, rendent celte collcciion remarquable quoique peu nombreuse.

— Le catalogue des livres de numismatique provenant de la bibliothèque de M. MiONNKT vient de paraître ; la vente est annoncée pour le 25 novembre. Cette collection, peu nombreuse en grands ouvrages d'antiquité, contient quelques bons livres et une infinité d'opuscules de quelques pages, tirages à part extraits de différents recueils périodiques, qui nous ont paru peu importants. Le Catalographey souvent inexact, a fait usage d'un charlatanisme assez puéril en répétant à satiété la note * Envoi de Vauleur, Cette remarque bien inutile n'ajoute rien de-

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puis longtemps à la valeur d'un ouvrage. La noie ( n^ 466] Exemplaire donné par Barthélémy à M, Mionnel^ mise au bas d'un livre public eu 1825, nVstpas forl juste, Barthélémy étant mort trente ans avant cette époque.

Le n® 162, Coins ùf Ihe seleucîdœ king of Syiia... (by Gough), annoncé comme étant échappé, lui troisième, au naufrage de Tédition entière, n'est pas un livre rare; il coôte 2 livres i) Londres, et l'édition n'a nullement fait naufrage.

Les médailles d'or des empereurs romains gravées par Gaylus (n** 257) n'est ni un livre rare ni un livre bien exécuté ; coté 40 fr. dans le manuel du libraire, l'exemplaire Mionnet est incomplet du titre.

C'est sans doute à lord comte Âberdeen que M. Raoul Roc bette a adressé ses lettres sur l'authenticité des inscriptions de Fourmont (n° 608); jamais pair d'Angleterre n'a fuit précéder son titre du nom du célèbre Crotoniate Milon, qui ligure à cet article.

Une double erreur signale les notes des n» 643, Annales del Instilulo, etc., et 644, Nouvelles annales, etc. Les Annales de la Société archéologique italico-française n'ont jamais cessé de paraître, et le recueil des Nouvelles annales, qui se sont réunies en 4859 à l'ouvrage précédent, forme quatre volumes, des années 1856-5IK

Malgré les nombreuses imperfections de ce catalogue, nous regrettons qu'il ait été imprimé sur une espèce de papier d'almanach qui ne permet ni d'en faire un livre, ni d'y attacher une note.

— La vente aux enchères de la galerie Aguado aura lieu au mois iU' mars 18(5. M. Dubois, qui doit la diriger, est un marchand fort luibile, coupable d'une partie des tableaux douteux que renferme cette collection. Nous reviendrons à temps sur cette opération qui doit attirer \\n grand concours d'amateurs et sera, sans aucun doute, la vente capiutle de la saison.

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