D'UN VASE ARABE
DU XÎV« vSIÉCLE.
Apres le plaisir de posséder des objets précieux , rares ou singuliers, vient celui d*en bien connaître la véritable signification. Cé<(è intelligence qui, dans les monuments de notre patrie ou des époques célS)res de Thistoit^e de Tari, double les jouissances qu'ils nous procureiit, tious échappe complètement dans ceux qui nous viennent de l'Orient. Nous sommes peu familiari- Èés avec Thistoire , la religion , les usages auxquels ils se rapportent, et les inscriptions dont ils sont couverts sont tracées dans une langue que nous ignorons tous, a de bien rares exceptions près. Rien de plus curieux cependant que de pénétrer, à Faide d'un habile interprète, dans les mille pensées que révèlent ces inscriptions; car l'esprit de ces peuples n'a pas seulement tissu de couleurs brillantes et de caprices infinis les moindres monuments de sa vie privée ; partout encore, à côté de la beauté de la matière et de la finesse des incrustations, éclate la foi vive, Tenthousiasme guerrier, et jusqu'aux expressions les plus passionnées des poètes. Point d'arme qui ne soit constellée de ces mots mystérieux et puissants qui donnent à l'Arabe l'assurance et l'audace au milieu du combat; point de pierre gravée qui ne soit un témoignage de la dévotion particulière et des croyances de celui qui la portait. Les talismans sont couverts des plus 18â5 25
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célèbres versets du^oran. Ce n'est pas seulement le nom de Dieu glorifié de toutes manières, et que Ton rencontre sur quelcpies pierres entouré des quatre-vingt-dix-neuf épithètes que les Musulmans appellent les quatre-vingt^ix-neuf attributs de Dieu^ mais c'est encoFe ceux d'Abraham, d'Ismaël, de Joseph, de Salomon, de Mahomet, seul envoyé de Dieu; centre de la lumière et de la direction, de Mahomet et de sa famille, de ses compagnons, des quatre premiers califes et des douze imans, ou bien ceux des personnages fabuleux, tels que les sept dormans et leur chien, de Ferhad et de Schirin, tous héros de quelque secte, objets de quelque dévotion.
Les vases présentent des inscriptions d'un autre genre, c'est d'abord des souhaits nombreux pour celui qui les possède , et quelquefois des poésies connues. On lit ces vers d'Hafez sur les bords d'une coupe appartenant à M. de Mailly :
« Ëchanson, enflamme notre coupe du feu de notre vin ; mnaiclen, dis M nous dans tes chants que toutes les choses de ce monde doivent céder « à nos désirs. »
Les compartiments d'un tapis de Perse, qui a appartenu à M« le marquis de Lagoy, contiennent toute une pièce de vers, connue du premier Divan de Giami, qui commence ainsi :
tt La tulipe est devenue une coupe de vin, et la rose une beauté au teint « frais qui fait les délices des amants. Le rossignol» en faisant retentir le « jardin de ses accents joyeux, est comme un ménétrier qui conduit la « danse. »
« Viens dans le jardin ; car, sans que ni toi ni moi nous nous en soyons « mêlés, tout est prêt pour le plaisir, etc., etc. (1). »
La variété de ces légendes est infinie, et une collection de pierres gravées, par exemple, peut fournir, à elle seule, toute une histoire des croyances et des sectes si diverses de l'Orient. Pour beaucoup d'amateurs, ces sortes de monuments ne seront peut être pas les plus curieux ; mais on voit, par le peu que nous venons d'en dire, de quel intérêt nouveau peuvent se colorer les nombreux objets de ce genre qui garnissent les cabinets.
(i) Voyez pour la description des monuments donl noue rapportons Ici les inscriptions, 1« lomc II, pages 46} et ASS ôes Mûnumem» Arabes^ PenansetTureâ du cabinet de M. de Blacas, par M. Reinaud. Paris, Dondey-Dupré, iSaS^
DE l'amateur. ^H1
M. Reinaud, dans un excellent livre, qui n'est pas assez connu des amateurs [Description des Monuments Arabes, Persans et Turcs , du cabinet de M. le duc de Blacas) , a tracé d'une main sûre la route que Ton doit suivre dans ces sortes d'interprétations; mais le savant professeur d'Arabe de la Bibliothèque royale, bien qu'il ait fait dans qet ouvrage de nombreuses excursions en dehors de la collection de M. de Blacas, est loin d'avoir épuisé la matière, et nous trouverons encore beaucoup à ^aner dans cette voie, où nous le suivrons d'autant plus facilement que nous devrons à son obligeance la traduction des inscriptions des quelques monuments que nous nous proposons de publier.
Dans un prochain article, où nous essaierons d'initier nos lecteurs à la connaissance des damas si recherchés de l'Inde, de la Perse et de la Syrie, nous donnerons les principales légendes que Ton rencontre sur les lames orientales, les noms des armuriers en réputation et le facsimilé authentique de la signature du plus célèbre d'entre eux, d^Assad-alla d^Hispahan, telle qu'on la rencontre sur les armes les plus estimées. Aujourd'hui nous ne voulons que leur signaler un vase sur lequel sont représentées quelques scènes de la vie des Orientaux au moyenàge; ces sortes de vases sont très rares. M. Reinaud en décrit un qui faisait partie du cabinet de M. de Blacas, et qui offre cette particularité, fort rare, de porter la signature de l'artiste qui Ta exécuté et la date de sa fabrication (1). Un autre, magnifique, connu sous le nom de vase du château de Vincennes, et que la tradition dit avoir été rapporté d'Orient par saint Louis, est placé au milieu de la salle des bijoux au musée du Louvre, et une coupe du même genre est conservée au cabinet des médaQles de la Bibliothèque royale de Paris. Celui que nous publions ici est le quatrième connu jusqu'à présent. L'intérêt que présentent ces monuments, et leur rareté une fois constatée, en fera probablement signaler quelques autres à l'attention des orientalistes.
(i) Voyez lonie II, page 435 de Touvrage cité ptits haut. Voici la traduclioo donnée par M. Reinaud.
« A Moussoot, ouvrage de Schogia, ftis de Hanfar, naUf de Moussotil, dans le « mois de Dieu béni, le mois de Regeb, Tan six cent vingt-neuf (de Fhégire, 1232 «deJ.-C.). .
Voici la note de H. Reinaud sur le vase que nous lui avons soumis :