‹ Le Cabinet de l'amateur et de l'antiquaireChapitre 124 sur 199 · L-J. ..LiJI^ i^)t^ l,±J\^ i)^.jjtj JM · texte numérisé non relu

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« Gloire, bonheur, fortune, santé, aisance et longue vie à

a son propriétaire. »

« L'autre inscription se trouve près du pied du vase. Malheureusement il y a une soudure en cet endroit, et le plomb cache une partie des mots. A en juger par la partie lisible, cette légende renfermait aussi des vœux pour le propriétaire.

« Le vase ne porte ni date ni*nom propre. Les inscriptions de ce genre étaient placées par les fabricants eux-mêmes, afin de mettre les objets fabriqués à la portée d'un chacun. On voit seulement par le style que ce vase a été fabriqué dans le cours du treizième ou quatorzième siècle de notre ère. On trouvera plusieurs objets du môme genre décrits dans mon ouvrage sur les monuments arabes, persans et turcs du cabinet de M. le duc de Blacas, tome II, page 420 et suivantes.

« Ce que ce vase offre de plus intéressant, ce sont les médaillons placés sur trois rangs, sur le ventre.

« Les médaillons du rang le plus élevé représentent des hommes et des femmes tenant les uns une coupe, les autres des instruments de musique, tels que harpe, luth et cymbales.

« On remarque, dans les médaillons du rang intermédiaire, des oiseaux de proie attaquant, soit des quadrupèdes, soit des oiseaux d'une espèce différente.

« Enfin, les médaillons du bas représentent des hommes à cheval se livrant au plaisir de la chasse et se servant, pour atteindre le gibier, soit de Tare, soit de Tépée, soit de la lance, soit de quelques oiseaux de proie, soit -même de certaines bêtes fauves. La chasse aux oiseaux, à cette époque, était commune à l'Oc-

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cident et à l'Orient, et il existe sur ce genre de divertissement un tnûté de Tempereur Frédéric II.

Rbinaud, Membre de VInsîùut, »

Le dessin d'une grande exactitude que nous joignons à cet article, et qui rend parfaitement le caractère du vase dont il vient d'être question, nous dispensera de tout autre commentaire. Mais à propos des diverses scènes empruntées aux exercices de la chasse que représentent le plus souvent ces sortes de monuments, peut être serait-il bon de relever une assertion assez plaisante émise à ce sujet dans l'un des derniers cahiers de la Revue Archéologique et quelques autres qui, pour être plus communes, n'en sont pas moins de graves erreurs. Voici ce qu'écrivait dernièrement, dans ce recueil (4), un jeune archéologe, M. de Longperier, que le hasard, dans un court intervalle, fait tomber sous notre critique, pour la deuxième fois.

« Dans le Regestum de l'empereur Frédéric II, publié par Carcani en 1786, on lit le passage suivant d'une lettre de ce prince :

< Mandamus... eligastres de leopardis tue cure conunissis me- <i liores et melius affaytatos et très alios non affaycatos [sic) me- « liores qui tamen sciant equitare et habiliores sint ad effaytan- « dum. »

ce Des léopards qià sciant equitare pouvaient paraître au premier abord assez extraordinaires; mais un habile écrivain, auquel nws devons une histoire de la lutte des papes et des empereurs de la maison de Souabe , en me faisant l'honneur de me consulter sur cette difficulté, m'a fourni l'occasion de lui indiquer un monument qui la résout. M. de Cherrier, en acceptant mon explicaticHi, lui donne une autorité qui m'engage à la faire connaître.

« Chacun sait que les Orientaux dressent pour la chasse des lions, des onces et des léopards, qu'ils portent en croupe et lancent sur le gibier lorsqu'ils sont à portée convenable. Ces animaux doivent donc être habitués de bonne heure à se tenir à ciieval, c'est ce que le Regestum exprime par scirc equitare. »

(i) Page 538, VIII' livraison.

Citer de semblables opinions, c'est les combattre suffisamment ; il faut croire même que si M. de Longperier y avait réfléchi un seul instant, il n'aurait pas écrit une semblable énormité. Et voyez le malheur, il se trouve tout aussitôt un homme sensé qui y donne son plein assentiment. — M, de Cherrier complète M. de Longperier, l'un explique et l'autre approuve; ils se font mutuellement autorité ; tous deux publient, et. . . le lion monte en croupe du cavalier maure et galope avec lui.

Dans la suite de la dissertation, ou pour prouver son dn«» M. de Longperier décrit le vase du cabinet des médailles dont nous avons parlé plus haut ; il répète encore : « Le premier médaillon représente un personnage à cheval tenant de ia main gauche une épée ; sur la croupe du cheval est placé un tion. »

Si nous en croyons M. de Buffon, un lion, un vrai lion, non pas celui que Ton montre à la foire , mais l'hôte formidable du désert, celui dont le rugissement nocturne fait frémir et tremblei* l'Arabe sous sa tente et se hérisser le poil de son coursier, celuilà doit avoir quatre pieds de hauteur sur sept à huit de longueur, et il est fticile d'en conclure qu'il doit ignorer complètement l'équitation? Évidemment, il y a abus du monument figuré. Nous ne nous y serions pas arrêtés si ces sortes d'erreurs, bien que fort grossières, ne laissaient pas que de passer inaperçues très souvent, et de faire autorité dans un certain monde.

Quant à l'once et au léopard , la croyance commune , répétée par tous les auteurs, que les Orientaux dressaient pour la chasse ces sortes d'animaux, n'en est pas moins complètement inexacte, et c'est seulement sur ce point que nous voulions arrêter nos observations. Le guépard seul servait autrefois, et sert encore tous les jours pour la chasse des gazelles : l'ignorance de quelques voyageurs des derniers siècles l'a seule fait confondre avec la panthère, l'once et le léopard, dont il diffère essentiellement.

Bufibn, dans la distinction qu'il a faite de ces trois individus du même genre, a donné ce dernier nom de léopard à un animal de la race féline originaire du Sénégal , qui avait été confondu jusqu'alors avec la panthère, et il a passé sous silence le guépard, espèce de chien très répandue en Asie et en Afrique, qui avait toujours été désigné sous le nom de léopard. De là vient l'erreur,

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OÙ il est tombé en assurant que Fonce et le léopard étaient susceptibles d'ôtre dressés pour la chasse , erreur qui a été reproduite par tous ceux qui Vont suivi.

La grande panthère était connue des Grecs sous le nom de pardalù, et des Latins sous le nom de pardus. Au moyen-àge, par des habitudes d*étymologie assez communes alors , on donna le nom de léopard (leo-pardm) à wi animal de petite taille qui avait la crinière d'un jeune lion et la robe tachetée de la panthère, au màne titre que Ton donna le nom de cameleopardalis, à la girafe que l'on regardait comme un produit incestueux de la panthère et du chameau ; on sait l'ignorance qui régnait alors en histoire naturelle (1). Du reste, jamais à aucune époque ces sortes de bétes fauves n'ont pu être dressées pour la chasse, d'abord à cause de leur caractère qui ne saurait être dompté à ce point , ensuite parce qu'elles y seraient impropres. Le lion, la panthère, l'once, le léopard et tous les animaux du genre chatj ont les doigts armés d'ongles rétractiles ou griffes , au moyen desquels ils s'attachent à leur proie et la déchirent, mais qui les privent de l'appui nécessaire à une course rapide et directe; ils bondissent et sautent plutôt qu'ils ne courent et dépassent très souvent le but qu'ils veulent atteindre. Le guépard dont Buffon n'a point parlé (léopard des anciens], et que l'on doit hésiter à placer dans la même famille que les précédents, a l'ongle non rétractile, émoussé et portant à terre comme celui du chien ; sa course est sûre et d'une rapidité extrême , sa taille est celle d'un chien courant ordinaire. De nos jours encore, les Arabes s'en servent pour la chasse des gazelles ; dès qu'il les aperçoit, il s'élance à leur poursuite, et il est rare qu'il n'en atteigne pas au moins une ; il la terrasse à l'instant, et continue de la tenir à la gorge , souvent sans la blesser jusqu'à l'arrivée du chasseur, ce qui permet quelquefois de les prendre vivantes.

(i) U est question de la chasse au guépard dans quelques ouvrages arabes de la fin du neuvième ou du coDimencement du dixième siècle, dans ceux de Pliasis par exemple où cet animal est appelé cdpheil. L*au(eur Inconnu d*un livre souvent cité dans le moyen-âge, du traité De natura rerum^ en parle assez longuement sous le nom de leopardus^ et il lui donne ce nom parce qu'il suppose avec Pbasis que cette béle qui est tachetée comme la panthère (en latin pardus) , et qui a une sorte de crinière comme le lion (2eo), est relativement à ces deux espèces, ce qu*est le mulet par rapport à celles de i'&ue et du cheval.

Nous bornerons là cette rectification qui ne saurait aller plus loin sans sortir du cadre que nous nous sommes tracé. Nous posons que tout ce qui a rapport au léopard, dans les textes anciens et dans les récits des voyageurs des dix-septième et dix-huitième siècles, doit s'appliquer à l'animal connu maintenant sous le nom de guépard , et qu'il faut bien se garder de croire que le fier lion ait jamais pu chassa pour d'autre majesté que pour la sienne.

Dans tout cela, nous devons le dire, nous n'avons nullement la prétention d'avoir dit quelque chose de nouveau, nous n'avons fait qu'appliquer à la critique d'une question d'archéologie secondaire des connaissances puisées dans les recueils élémentaires les plus communs. Il ne faudra pas r^oncer pour cela à s'aider quelquefois d'un monument figuré pour arriver à Tintelligence précise d'un texte obscur, une erreur quelle qu'elle soit ne saurait rien négliger, et la science archéologique n'a rien à perdre ni à gagner dans ces questions dont il serait puéril d'exagi&^er l'import^ce {{).

EUG. PWT.

(i) L'ariicle de M. LoDgperier, auquel nous venoos de faire alIusioB^ coin* mence par ces lignes.

• Oo est si accoutumé à recourir aux textts pour expliquer les monumeatt « quMl paraîtra peut-être intéressant de voir une fols par hasard employer une « méthode tout opposée, c*est-à-dire tenter d'interpréter un texte obscur à l*alde < d'un monument figuré. On ne pourra , je Tespère , se refuser à l'évidence def faits,, qui concourent ^ prouver l'utilité de l'arcbéologie. »

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