‹ Le Cabinet de l'amateur et de l'antiquaireChapitre 125 sur 199 · GRAVEURS EN MEDAILLES · texte numérisé non relu

GRAVEURS EN MEDAILLES

ET BN PIKRRKS FINBS PE l'aNTIQUITK (4).

Les questions relatives aux gravears en médailles de Tantiquité grecque et romaine, et à la relation qui dut exister entre eux et les graveurs en pierres fines, sont du nombre de celles qui étaient restées jusqu'ici sans solution satisfaisante. Déjà, depuis long-temps, on s'était étonné de ne posséder aucun renseignement sur les auteurs de ces belles monnaies des républiques grecques, dont plusieurs sont au nombre des chefs^'œuvre de Tart antique, et de ne trouver le nom d'aucun de ces artistes cité dans quelque texte classique (2); et la seule explication plausible qu'on eût cru pouvoir donner de ce silence de l'antiquité, c'était que les graveurs en médailles étant confondus avec les graveurs en pierres fines sous une même dénomination, les notions qui concernaient les uns s'appliquaient aussi aux autres (3), et qu'ainsi les noms de beaucoup de graveurs en pierres, qui nous étaient connus par leurs inscriptions mêmes et par quelques témoignages historiques, pouvaient avoir été ceux d'autant de graveurs en médailles. Mais cette explication, toute vraisemblable qu'elle pût être, n'avait pas encore paru suffisante pour rendre compte de cette espèce d'indifférence si profonde, et, à notre avis, si injuste, que l'anti-

(i) Ces observations font partie de la nouvelle édition de ma lettre à M. Schorn, sur les noms d'artistes omis ou insérés à tort dans le catalogue de M. Sillig, ouvrage depuis long-temps sous presse, qui paraîtra prochainement.

(a) Bckhel, Doetr. .Vkw., i. I, p. ^%.

(3) Honnin, Mnnvrl dr \umfsmnfiqtér, HUmcntSy S ^»" ♦•< ^0-

quité semblait avoir éprouvée à l'égard des graveurs de ses monnaies, c'est-à-dire de tonte une classe d'artistes, dont il n'éuit pas possible que le mérite n'eût pas été apprécié de leurs contemporains, puisque leurs ouvrages éuient précisément du nombre de ceux qui circulaient dans toutes les mains et qui s'offraient k tous les yeux. Or, c'est précisément cette nature même des ouvrages numismatiques produits pour les besoins de la vie conunune, destinés à des usages vulgaires, et privés en apparence de la condition de la durée, toutes circonstances qui semblent contraires au vrai but des œuvres d'art; c'est cette nature, dis-je, qui a fait penser que les auteurs des monnaies n'avaient pas Joui, dans l'antiquité, du degré de considération accordée aux autres classes d'artistes, et qui a paru propre k expliquer un silence, inexplicable dans toute autre bypotlièse (1). il est constant, en effet, que la Grèce célébra par des honneurs publics, par des statues, par des témoignages d'une reconnaissance qui a traversé les âges, les artistes de toute profession, les auteurs des moindres inventions utiles aux progrès des arts; et l'on est encore à concevoir (U>mment les graveurs des monnaies furent seuls l'objet d'un silence tel, que le nom d'aucun d'eux ne se trouve signalé à l'estime publique ; que l'invention même de la monnaie ne se lie, dans les traditions de l'histoire, à aucun nom d'artiste. D'un autre côté, nous avons acquis récemment la preuve que des artistes, de l'ordre le plus subalterne, tels que des poUers et des deaina leurs de vases peints y estimaient assez leurs travaux, sans doute parce que leur nation en faisait assez de cas, pour y mettre leurs noms, et pour y attacher ainsi un témoignage de leur haUlelé, qui devait être de leur vivant, un moyen de fortune, et, après eux, un souvenir de gloire. A plus forte raison, des artistes tels que des graveurs en médailles avaient-ils dû chercher à recommander à leur pays et à la postérité des travaux qui n'étaient assurément pas sans importance, ni sous le rapport de l'utilité publique, ni sous celui du mérite de l'art ; et pour cela, il semble que le moyen le plus naturel, celui qui se trouvait le plus notoirement autorisé par l'usage, c'était d'inscrire, sur les monnaies mêmes qui étaient leur ouvrage, leur nom, soit en totalité et d'une manière ostensible, soit en abrégé, on en caractères plus petits et placés de sorte qu'ils ne se révélassent qu'à une observation attentive.

Telle était donc la double hypothèse dans laquelle on s'était fixé, pour rendre compte du silence gardé par l'antiquité tout entière sur les graveurs de ses monnaies. On pensait qu'à défont des témoignages historiques qui nous manquent, ce qui ne semblait pouvoir provenir, en aucun cas,

(i) C'est une idée qui appartient à M. Osann, ei qu*il a indiquée dans un article inséré au leitschrift fur die Aljerthumswiêsenschaft^ i834, n. 37, p. 3o3.

DE l'amàteuh. 'iOâ

d'un senUmeut d'indifférence ou de mépris pour ce genre de gravure, si utile et si populaire, il devait rester, sur les monnaies elles-mêmes, des témoignages concernant leurs auteurs, c'est-^-dire des inscriptions contenant leurs noms^ soit en entier, soit en abrégé, avec ou sans la mention de leur travail ; et la seule difficulté qui rest&t, c'était de reconnaître à quels signes pouvaient se distinguer ces inscriptions de graveurs, de celles qui avaient rapport à des magistrats éponymes ou monétaires.

Une première preuve de fait, qu'il n'avait pu être interdit aux graveurs des monnaies, non plus qu'à aucune autre classe d'artistes, d'inscrire leur nom sur une médaille qu'ils jugeaient propre à lionorer leur talent, résultait déjà de la connaissance des belles médailles que nous possédons de CydanU, de Crète, lesquelles portent l'inscription :N£rANTO£ snOEI (l)t Neuanihos faisait, inscription qui ne pouvait, quoi qu'on en ait pu dire (3), s'appliquer qu'à l'auteur de la médaille, c'est-à--dire au graveur, et en vertu de laquelle le nom de Neuanlhos a été, d'un accord unanime, porté sur la liste des anciens artistes (3). Or, ce qui se trouvait ainsi étalili d'une manière irrécusable par l'exemple du graveur Neuanlhos^ en Crète, pouvait s'admettre, avec toute probabilité, pour les graveurs d'autres peuples grecs, attendu que, nulle part dans la Grèce, et en aucun temps, il ne régna ce sentiment de jalousie ou de susceptibilité républicaine à l'égard des artistes, qu'on a si gratuitement supposé, et qui leur aurait refusé de se faire honneur de leur mérite sur leurs propres ouvrages ; et, pourtant, on concevrait que cette défense se fût plutôt exercée sur tme sorte de monuments publics, tels que les monnaies, que sur toute antre espèce de ces monuments. A l'appui des médailles de Cydonie, qui nous avaient fait connaître, avec le nom du graveur Neuanlhos, ce fait important que les graveurs de monnaies grecques pouvaient, sans manquer aux lois et aux usages de leur pays, mettre leurs noms sur ^celles de leurs médailles qu'ils en jugeaient dignes, nous avons acquis tout récem-

(i) l^ckhel, D, /V., t. II, p. 3oo. Trois de ces médailles existent au cabinet de Vienne. Il s'en trouve une dans le nôtre, décrite par M. Mionnet, Pescrip' fion, etc., t. II, p. 271, n. us; et la collect. de M. Allier d'Hauteroche on renfermait une dont l'inscription, gravée en caractères très fugitifs, se rtftdulsait aux lettres : NETANTOS EII ; voy. Dumersan, Description du cabinet Allier, p, 55.

(3) C'est M. Letronne qui a été d'avis qu'on pouvait douter que l'inscription NErANTOI EnOEI désignât le graveur; voy. son explication d'une inscription grecque gravée sur une lame de plomb, etc., p. 35.

(S) Slllig, Catatog, tel, artif, v. Seuantus, p. 393; Ott. Blflller, Handbuch der Archâoly S 3i7, 3; Strcbcr, Kunstblatt^ iSSa, n. 4i, ft2. Je ne connais pas de contradiction ou de douie élevé sur ce point, excepté de la part de M. Letronne.

ment une preuve analogue, celle que nous ont procurée les belles médailles de Clazomènei, d'Ionle, qui portent, sur la face principale, do c6té de la tête d* Apollon, dans le champ, rinscription, distribuée en deux lignes, de petits caractères : eEOAOTOl EnOEl (1). Théodotas /aisaii. Voici donc un second exemi^e authentique de cette faculté accordée aux graveurs dlnscrire leur nom sur ime monnaie; et cet exemple est fourni par une autre localité grecque, bien éloignée de la première, par une Tille de rionle, et cela encore, à Tépoque la plus brillante de la prospérité de ces républiques grecques de TAsie Mineure, dans Tâge dès rois de Carie, et avant Texpédition d* Alexandre. Ce nouveau fait, acquis k la science, ne laisse plus aucune espèce de doute sur le droit des graveurs de monnaies grecques, ni sur les applications plus ou moins nombreuses qui purent s*en faire dans la numismatique grecque, sauf à déterminer, avec le plus de certitude possible et suivant les règles d'une critique rigoureuse, dans quelles circonstances et sous quelles formes purent avoir lieu ces applications.

G^est ce travail que j'avais osé entreprendre, avant que la découverte des médailles de Clazoménes^ portant le nom du graveur Théodùlotf fût venue donner un nouvel appui à mes recherches, qui se fondaient alors imiquement sur les médailles de Cydanie^ où se lit le nom du graveur Neuanthos. Dans un écrit adressé à M» le duc de Luynes (2), qui avait le premier exprimé un soupçon (3), déjà changé pour moi en certitude par rinspection que j'avais eu occasion de faire, au mois d*avril 1827 (â), d'une médaille de Syracuset, de la collection de G. Longhi, à âieiHnet le soup<;on que les noms gravés en petits caractères, et placés d'une manière k les rendre presque imperceptibles à l'œil, pouvaient bien être des noms deffraveurs^ plutôt que des noms de magistrats, j'avais cherché è établir les vrais principes de cette question, si neuve et si importante en numismatique, et j'en avais produit les principales applications, toutes fournies par des médailles de la Sicile et de la Grande Grèce, telles qu'elles m'étaient connues à cette époque. Depuis plus de douze ans que cet écrit est publié, et que beaucoup de monuments nouveaux ont

(i) La décoiiv«rt« de ces monnaies fut annoncée d'abord par feu M. Abeken, dans le BuUeL delV fnstU, Archeol, i83g, n. vni et ix, p. 137-1 38. Depuis qu'elles sont venues en la possession de M. le duc de Luynes, elles ont été publiées par cet illustre antiquaire lui .même, dans les Nouv. Annales de rinstiUit Archëol., pi. xxxv, n. 25 et 26.

(2) Lettre à M. le duc de Luynes $ur les graveurs des monnaies grecques, Paris^ Imprimerie royale, i83i, in-û, p. 1-/19, pi. i-iv.

(S) AfiHfil. delV iHSlit. Archrol.^ 1. Il, p. 85-86.

{f\) Lettre à If. le dur dr Lut/nes, p. 10, 1.

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enrichi la science» je pois dire que ma conviction n'a point diangé» et que la doctrine qne j'avais voniu étaliUr a obtenu, sur les principaux points qui la constituent, l'assentiment des critiqaes les plus éclairés de notre âge, feu Boettiger, feu Ott MQlier (1), M. Greuzer (3), M. fr. Jacobs (3), M. Osann (A), à commencer par celui de tous dont le soflTrage m'est le plus prédeux en pareille matière, M. le duc de Luynes (6), sans avoir rencontré d^ailleurs de contradiction d'aucune sorte, au moins publique et avouée. La seule critique qui se soit produite contre mon travail^ et qui venait de M» Osann» portait sur une extendon abusive que j'avais faite de mon système à quelques noms, exprimés au moyen d'initiales, mais en caractères trop fbrts et à des places trop évidentes pour pouvoir éire assimilés à ces noms, dérobés à la vue par la petitesse des caractères et par la manière dont Ils sont cachés, certainement avec intention, sur des objets accessoires et sur des détails de costume, noms que j'avais pris, et que j'avais eu, de l'avis du critique, raison de prendre pour des noms de graveurs. Ge reproche d'inconséquence, de contradiction avec ma propre doctrine, que m'adressait à ce sujet le savant professeur de Gtessen, était fondé, je le reconnais sans peine, et je l'accepte d'autant plus volontiers que, tout en infirmant cette partie accessoire de mon travail, il en admet, il en fortifie, il en consacre en quelque sorte le principe.

Je crois donc être aujourd'hui plus fondé que jamais à soutenir que les noms qui se rencontrent sur quelques monnaies de peuples grecs, particulièrement en Sidle et dans la Grande Grèce, dérobés à la vue par la finesse des caractères dont ils sont formés et par la place où ils sont relégués, appartiennent aux graveurs de ces médailles. Je persiste aussi à croire, malgré l'approbation donnée à celte idée par d'illustres antiquaires (6), que des noms exprimés, soit en totalité, soit par initiales ou par monogrammes, dans le champ de beaucoup de médailles grecques, ne sauraient être enlevés aux magistrats monétaires pour être attribués aux

(i) itandbuch der ArchàoL S3i7i 2-

(a) Bin alt-Athenisch, Ge fasse, p. 56-57, r^.

(3) Vermiachte Schriften, U V, p. 427-8.

ik) Zeitsehrifl fur die Alierthumswisaenschaft^ iS3/i, n. 37 et 3S.

(5) Dans une lettre qu'il me fit l'honneur de ni'ëcrire en réponse à l*envoi du manuscrit de ma lettre, que j*avals soumise à son examen.

(0) Voy. dans le Wien. Jahrbûcker^ de 1818, t. II, p. laA, une série d'ôbservattonadont le résultat approuvé par M. Welckcr, Kunstblau, 1827, n. 84, avait été d*abord admis par Ott. Mûller, Uandbuch^ etc., S i39f 1, et S 3i7, 2, qui parait avoir changé d*avis sur ce point, d'après mes propres observations, Lettre à M, le duc de LnyMs, p. 6, a), puisque cei assentiment a disparu dans la deuxième édition de son livre (Breslau, ]8S5}.

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gnfveure, comme on Ta proposé (1), parce que cette exclasion des uns, admise aa profit des autres, me paraît tout-à-fait arbitraire, et parce qu*it est contraire à toute vraisemblance de retirer aux magistrats, chargés de présider à la confection des monnaies, la place que leur nom dut nécessairement y occuper, sons la seule forme qui fût possible, après renoncé du nom de la viiU ou du peuple, en gros caractères, celle de monogramme$ et de symboles, en rapport avec ces personnes (2). La seule excepUon que Je puisse être disposé à- admettre à cette règle générale concernerait les noms exprimés par initiales qui se trouvent gravés, «otif f amphore panaihénaïque, quelquefois sur Vamphore méme^ dans le champ do revers de certains tétradractimes attiques. Cette conjecture, qui appartient à M. Rathgeber (3), n*aurait rien de contradictoire avec la nécessité d'admettre, sur les monnaies grecques, des noms de magistrau éponymes ou monétaires, puisqu'il est notoire que ces noms se Urouvent le plus souvent exprimés en toutes lettres, et au nombre de deux^ de trcù ou même de quatre^ dans le champ de ces tétradracbmes altiques. Il faut donc reconnaître que ces autres noms, rendus par une, ou deux, ou trois initiales seulement, et placés d'une manière évidemment subordonnée, désignent d'autres personnes que les magistrats, soit éponymes, soit monéuiires ; et, cela posé, quelle autre supposition reste-il à faire, si ce n'est que ces noms ainsi abrégés appartiennent aux graveurs? Mais, quoi qu'il en soit de cette supposition, qui me paraît fort plausible, ii est évident qu'elle ne saurait profiter presqu*en rien à l'histoire de l'art antique, puisque des noms,' réduits à quelques initiales, demeurent pour nous comme s'ils n'existaient pas; sans compter que les monnaies attiques sont, en général, d'un faible mérite sous le rapport de l'exécution, et que leurs auteurs, tenus de reproduire un type consacré, dans des intérêts de commerce sans doute encore plus que de religfoo, ne purent être appelés à déployer tout leur talent dans ce genre de monuments publics, comme ce fut le cas dans toutes les autres branches de l'art.

C'est d'après les principes que je viens d'énoncer, que je dresserai la

(i) Nochden, A sélection ofancient coins^ p. h^\ Hirt. dans YAmallhea^ t. Il, p. oa

(2) £*est surtout M. H. Meyer qui a cherché à accréditer celte opinion, que les monogrammes renfermaient des noms de graveurs, Ge$chich(e der biléeiuL Kûnsiê^ Anmerk^ 35i, t. Il, p. oog. Mais Je crois qu'il m*est permis de dire qu'elle n'a pas de fondement sérieux ; voyei ce que J'ai dit sur les noms de magistrats exprimés en monogramuits, d'après les Idées de Mazochi, mi Taènl. Heracl.^ p. i5o, dans ma lettre à M. te duc de Luynes, p. 6, 8).

(3) Annal. delV Instit, ircheol.y t. X, p. 89-58.

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liste des graveurs des monnaies grecques qui nous sont connus josqn'id Ipir les monuments mêmes, en y maintenant ceux qui me semblent de-* voir y figurer ^vec quelques autres que je crois pouvoir y ajouter, et en retranchant ceux que f y^-arvsis d'aliord abusivement portés. Mais, avant d'entreprendre cette liste, je dois signaler un 6it nouveau et important qui décide la questloAy xestée jusqu'ici à Pétat de conjecture, et alléguée comme moyen d'expliquer le sQence ^ Pantiquité sur les graveurs de monnaies, la question de communauté de prot^saion entre les graveun en pierres fines et les graveurs en médailles.

J'ai dit, plus haut, que la plupart des historiens de l'art antique s^étaient accordés dans l'opinion que les graveurs en pierres fines devaient avoir été, pour la plupart, les graveurs de la monnaie, à raison de l'analogie des procédés qu'emploient ces deux branches de l'art statuaire. Tel était l'avis de l'illustre Heyne, le premier, je crois, des antiquaires modernes qui ail exprimé cette opinion (4), adoptée par M. Fr. Jacobs, qui l'a soutenue par des considérations nouvelles (2), et suivie par M. Hirt (3), par M. H. Meyer (à), par StiegilU (5), par M. Greuzer (6) par M. SteinbQchd (7), par M. Osann (8), par M. Weicker, sans qu'il se soit élevé à ma' connaissance, aucune contradiction contre cette manière de voir, qui a toujours aussi été la mienne (9) . J'ai pu produire, à mon tour, quelques arguments propres à l'appuyer. Ainsi j'ai fait observer que le nom de SGALPTORES (sacrae monetae), par lequel sont désignés, sur une belle inscription latine (10), les graveurs de la monnaie romaine^ est précisément le même nom que Pline donne aux graveun sur pierres (11) ; et il est certain que la communauté de nom, appliquée aux deux branches de la glyptique, semble impliquer, pour ceux qui les cultivaient, l'identité de profession. J'ai remarqué encore que deux des graveurs sur métaux^ du siècle d'Auguste, Agathopus et Epiiynchanus^ désignés l'un et l'autre parmi les affranchis de Livie, avec le litre d'AVRIFEX (12), nous sont connus par de belles pierres gravées sur lesquelles ils ont mis lem* nom : ce qui prouve

(i) Heyne, Antiq^ Âutàfize^ I, aS.

(2) Mûnckmer Denkschrffien, Tli. V. S. g.

(3) Geschichte der bitd. Kûnste^ p. 33 â. (â) /rf., 1. 1, p. i4i.

(5) Archâolog. Unterhaltungen^ t. Il, § ix, p. 75-76.

(6) Zw Gemmenkunde, etc. (Leipzig, i83A, 8), p. lAi, 19).

(7) If'ien. Jahrhûeh. der Lilerau B. LXIf, S. 6g.

(8) Eeitschrift fur die AUerthumswissenschaft, i834, n- 37i p. 3o3,

(9) Lettre à M. le due de Lupnes^ p. a, 3), el 3, 1).

(10) Marini, Iseriz, Alban,^ p. 109.

(11) Plln. xxxviu, A. Voy. ma Lettre à M. Schomy p. ai, n. 6.

(12) Columb, Liv. tab. xvi, 20; xvii, 7; xix, 3o. Sur le sens du mot aurfppx, pour signifier un ffraveur sur mététl et sttr pierre^ nous possédons un témoignage

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bien que ces deux graveurs sur métaux étaient en même temps des graveurs surpierres^ et ce qid semble constituer one grave présomption à regard des autres artistes de la même profession. On pourrait alléguer encore d'autres indices, qui tendent tous à la même conclusion» par exemple, la ressemblance presque absolue qui existe, pour la composition, pour le style et pour les principaux détails de Texéeution, entre le célèbre camée d'Aihénian (1) et un bronze de la collection Albani {2) : d'où résulte la certitude que le camée a servi de modèle à la médaille, ou si Ton veut, la médaille au camée, et, suivant toute apparence, que Tun et Tautre travail sont dus à la même main. Sur ce p<^t donc, que, du moins à Tépoque romaine, les graveurs de monnaies étaient aussi, pour la plupart, des graveurs en pierres fines, il semble qu'il ne puisse rester de doutes raisonnables; mais peut-on inférer de là que le même usage régnait aussi dans la Grèce, aux beaux temps de Tart? C'est une question qui n'avait pu être résolue, faute d'un texte ou d'un monumetit, et qui va être décidée à l'aide d'une médaille grecque inédite, que je possède, et que je m^es> time heureux de faire connaître.

Entre tous les graveurs grecs dont nous avons recueilli les noms sur leurs ouvrages, les critiques et les historiens modernes de l'art des anciens, Winckelmann (3), Leasing (A), Visconti (5) et autres (6), ont surtout distingué PhrygiiloSj auteur d'une pierre gravée en creux, qui se recommande par son antiquité, autant que par le mérite de son exécution. La forme du

aussi curieux qu'aucbenliquc; c'est celui de Cicéroii, in yen. it, 25, 56: « Quum vellet sibi annulum facere, acbxficeii jussit vocari in foro... ei palam « Sppetidit aurum, homlucm In foro seltam jubet ponere et facerc inNCLCM, « ortinlbns preseiuibus. •

(i) Wkickelmann, Monum, ined.^ n. lo; Bracci, Uemor. de* Incisor,^ t. I, lab. XXX.

(a) t. 1, tav. XIX. Cette ressemblance du camée et de la médaille, qui a été remarquée par M. VVeicl(er> Kunêtblatt, 1827, n. 8â, p. 33A, avait aussi frappé Eckhci, Pierr, grav. de Vienne^ pi. xiii, p. 34, et lui avait inspiré, contre Tautheuticité de la superbe pierre à'Athéniçn, des doutes qui ont été très judicieusement réfutés par Visconti, Esposizione di Gemme antichê^ 0. i3, dans ses Oper. var.^ L If, p. 159.

(3) Cetehichie der Kunst, viii, 2, § 27, IVerke, t. II, p. ?i56, cl Pietr, grav. de Slosch^ n. 731, p. 137.

(4) Sàmmltichf Srhnfien^ l. XV, p. 275.

(5) Oper. var.^ 1. Il, p. 190, 11. 107; of. ibidem^ p. 117.

(6) Busching, Steinschneidekuust^ p. 34; Doice, Descrizione istm\ del Museo di Chr. Denk, P. I, p. 96, n. 69; SlUg, o. Plirygiilus, p. 355. La pierre est gravée, mais d'une manière déiestahlc, dans le recueil de Tassic, pi. xlii, n. 6O01. J'en possède une empreinte, tirée de la collection de Cadès.

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1 4»PrrJAA0£» et la bordure en gniiietis» imitée de celle des anciens •ourabées, concourent avec le style à ranger cette pierre parmi les monuments de la haute école grecque. Winckelmann la regardait comme une eu plus pré€ieu$e$ gravures grecques qui nous fussent connues; et les artistes eux-mêmes n'en ont pas jugé autrement, puisque le célèbre Pickler n'a pas dédaigné de la copier. Cette copie se trouve 4 Paris dans le cabinet de M. le comte de PourUlèS'^jorgier (1). Le sujet de cette intaille (2) est V Amour assis par terre^ dans Pattitude de quelques figures antiques qui nous sont parvenues sons le nom grec d'astrageUizontes^ joueurs aux Qsseiets, et qui doivent dériver d'un original célèbre, dont on a fait di* verses applications. Une coquille bivalve (3), gravée dans le champ de celte pierre, a été remarquée aussi par Winckelmann, à cause de son rapport avec une coquille semblable, gravée, comme accessoire, dans le champ d'uue médaille de Syracuses, A la vérité, la conjecture que ce symbole avait suggérée À Tillustre hisloijen de Tart, et encore moins Texplicatte qu'un auSre antiquaire (à) avait cm pouvoir en donner, ue me semblent point .admissibles, ie cvols que ce symbole a tout simplement pour obfct d*indiqoçr la patrie de Tartiste qui devait être syracusain ; et nous aNons en avoir ht preuve par la médaille putoe de S^racuses^ ouvrage de FàrffgiUos, que je vais faire connaître,

' Q^ept une monnaie d-argent du module que nous appelons petit médalBou, d-ancienne et belle fabrique, dont le type principal offre la tête oidinaire.de la nymphe loc^le^ Ariihuse^ coiffée en cheveux et tournée à gauche entre trois 4aupMns. La légende £rPAKO£iON (monnaie), des S^acusains, suifit pour attester Tancienne époque de Cette monnaie. Au dessous de cette tête se Ui Tinscription, gravée en plus petiu caractères et dlatribiijSe en deux lignes : wrriAAOS (EnoEl), Phrygillos (faisait),

il) description des antiques de M. le comte de Pourtalés-Çorgier, par J.-J. Dubois (Paris, i84i, in-8), n. 1075, p. 159.

(3) C*éult une cornaline^ qui fit d*abord partie de la célèbre collection Vetfori! Dans le Musée Denh, décrit par Doice, I, n. 69, p. 86, elle est indiquée, sralsà tort, comme une calcédoine; «lie est.actuellemeiu dans le Musée Blacas»

(S) VIscodU psètend que ce n'est pas une. cequiUenaiureile^ mais une conque du genre de celles qui servaient pour contenir des parfums. Je ne crois pas cette explication fondée, d'après la forme, et surtout d'après la dimension de cet objet accessoire, qui n'est pas mis en rapport avec la figure de l'Amour, et qui doit, en raison de sa position même, avoir en une autre intention.

(4) Dolce Mus, Denh^ P. I, n. 6q, p. 96. Le revers de cette médaille est d'une autre main ; c'est le même qui forme la face postérieure d'une médaille dont la face principale est gravée par Euménès^ le même dont l'auteur s'est désigné par les lettres initiales EVO. (Voy. cette médaille, gravée dans ma lettre à M. le duc de Luynes, pi. 11, n. 16, et décrite, p. 27, 1.)

qui nous procure, avec la connaissance d'un nouveau nom de graveur sy* racusain, la certitude que ce graveur en monnaie» le même, à n*en pouvoir douter, que Tauteur de la pierre gravée qui nous est parvenue avec son nom, exerçait son talent dans les deux branches de la glyptique, et, conséquemment aussi la plus forte présomption que la plupart des graveurs grecs étaient dans le même cas. Cette médaille, la plus précieuse peut-être à ce titre de toute la suite si belle et si riche de Syracuses, se trouvait en la possession de John Robert Steuart, Esq., dont on connaît les belles collections numismatiqucs, et qui eut la bouté de me la céder à Naples, en 1838, à cause de Tintérêt qu'elle devait avoir pour moi, et qui la lui avait fait tenir en réserve à cette intention. Depnix, j'en ai retrouvé un second exemplaire dans la magnifique collection de M. le duc de Luynes : ce sont les deux seuls encore qui existent, à ma connaissance, dans les collections publiques et privées de PEurope ; en sorte que la grande rareté de ce monument numismatique ajoute encore à son mérite.

Mais, comme il est rare qu'une découverte ne conduise pas à une autre dans le domaine de Tarchéologie, le nom de PhrygilloSj ainsi imprimé en toutes lettres sur la monnaie syracusaine, à la place où s'y lisent ordinal* rement d'autres noms de graveurs, a servi à reconnaître, sur une autre médaille de Syracuses, le même nom, imprimé seulement par initiales et placé sur un détail de costume. La médaille que j'en ai vue, et qui se trouve aussi dans la collection de M. le duc de Luynes, est une monnaie de bronze du 4* module, d'une fabrique charmante et d'une conversation qui ne laisse rien à désirer. Elle représente du côté principal, la tête de nymphe locale, tournée de même à gauche, et coiffée en cheveux au moyen d'un bandeau^ sur le derrière duquel, au dessus de la nuque, se lisent les trois lettres 4>Pr, initiales du nom 4>PrnAA0£. Voilà donc un second exemple d'un nom de graveur, placé sur le bandeau de la fête de femme, à joindre à celui d^Euclidas^ désigné de même par les initiales ErKAËl, gravées à la même place (1) avec cette particularité tout-^-fait nouvelle encore dans toute la numismatique grecque, que c'est sur une pièce de bronze que se trouve ce nom de graveur, 4>prnAA0£, tandis que tous les noms de graveurs que nous avons recueillis jusqu'ici se lisent sur

(i) Yoy. ma Lettre à M. le duc de Luynes, p. ii. Nous possédions deux exemples d'une parllcularité analogue, dans le médaillon de Syracuses^ publié d'abord par Torremusza, Num, vet. Sicil.y tab. lxxii, n. 7, et reproduit dans le Mus, Hunier, tab. 52, n. xnr, où la tête de femme, qui forme le type principal, c&t coIlTée d'un bandeau, qui porte en toutes lettres, au dessus du front, le nom du graveur : EïMIINOÎ; et dans plusieurs médaillons de Cimon, où les seules Initiales KIM sont gravées de même sur le bandeau de la lêfe de femme, Uttrr à M le duc de Luynes^ p. 18, 4.

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des monnaies d'argent. Mais cette circonstance même. Jointe à l'extrême, mérite de la médaille, sous le rapport de Texécutlon et à son module qui est celui de la plupart des monnaiesd'orde^rocu^ef, me fait présumer qu'elle dut être exécutée pour être frappée en or» Quoi qu'il en soit de cette conjecture, qui se vérifiera peut-être quelque jour, la charmante médaille en bronze , delà main de Phrygillos, n'en est pas moins, dès ce moment, un des plus précieux monuments numismatiques acquis à la science ; elle confirme, sur un point important, la doctrine que j'avais chercbé à établir au sujet des noms de graveurs placés sur des détails ^e costume, et elle m'autorise ainsi à reproduire avec plus de confiance les résultats de mon travail, accrus de celte nouvelle et précieuse acquisition du nom de PhrygiUoi^ graveur en monnaies et en pierres fines, en même temps qu'elle sert à décider la question de savoir si les artistes qui gravaient les pierres dans l'antiquité grecque, étaient les mêmes qui gravaient les monnaies. La présomption qui résultait, pour l'afiSrmative, de l'analogie des procédés et de la ressemblance des travaux, a désormais en sa faveur le témoignage de monuments d'une autorité irrécusable et d'un rare mérite sous le rapport de l'art

RAODL-ROCHETTE.

(Journal des Savants.)

VENTE

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