‹ Le Cabinet de l'amateur et de l'antiquaireChapitre 75 sur 199 · COURTINES · texte numérisé non relu

COURTINES

On appelle courtinr la partie du rempart comprise entre deux tours.

Les courtines sont les portions de renceinte où se rencontrent en moindre nombre les moyens de défense, le voisinage des tours suffisant pour les protéger. Au sônunet un passage étroit, ou chemin de ronde , permet de circuler le long des remparts, et communique à des escaliers ou même à des plans inclinés qui conduisent dans la cour intérieure. (Voir le § 6.)

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FIg. LXXIH. Courtine du chflteau de B«aucalre.

Quelquefois, mais rarement, c'est une espèce de galerie couverte qui sert de chemin de ronde; très souvent on ne voit aucun vestige de passage, soit qu'il n'y en ait jamais existé, soit qu'il ait consisté en un échafaudage en charpente. La difficulté qu'offrait l'attaque des courtines explique d'ailleurs l'espèce de négligence qu'on a mise à les fortifier. Il est extrêmement rare de trouver un parapet au chemin de ronde du côté qui regarde l'intérieur de la place, et cependant ce chemin de ronde est en général si étroit, que l'on a peine à comprendre conunent les soldats qui le bordaient pouvaient faire usage de leurs armes ; toute chute devait être mortelle. On en doit conclure que des échafaudages temporaires remédiaient à cet inconvénient pendant les sièges.

On a remarqué sans doute que la base de certaines courtines, de même que celle de quelques tours, formait un pian incliné. Le but de cette disposition paraît avoir été d'augmenter la force

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• des murs sur le point où Ton pouvait les saper, et en outre de faire ricocher avec force les projectiles que Ton jetait par les mâchicoulis. (Voir les figures XXXVI, XXXVIl et LIX.)

On voit, dit-on, dans les murs de quelques courtines, des arcades figurées à l'extérieur, qui, suivant un antiquaire anglais, n'auraient eu d'autre destination que de donner le change à l'assiégeant. Ces arcades devaient simuler à ses yeux d'anciennes ouvertures récemment bouchées, et lui faire penser naturellement que, sur ce point, la résistance de la maçonnerie, serait moindre (4). De la sorte on prétendait l'engager à diriger ses attaques précisément du côté où il devait trouver les plus grands obstacles. Nous signalons à nos correspondants cette observation que nous n'avons point été à même de vérifier, et qui peut conduire à la découverte d'autres faits du même genre.

On ne peut guère établir de règle constante pour l'espacement qu'il convenait de donner aux tours les unes par rapport aux autres, seulement il paraît que, dans l'opinion des anciens ingénieurs, leur rapprochement ajoutait à la force d'une place. Le

(i) Ne s*aglrait-il pas, en cfTci, d'anciennes brèches bouchées? On en voit un

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Fig. LXXlV. Ancienne brèche au donjon de Chauvigny.

exemple au donjon de Chauvigny (Vienne). La brèche faile par le canon a élé bouchée avec des briques disposées en arêlc de poisson.

moine de Marmoutier, pour donner une idée d'un château impre- ' nable, et dont il attribue la construction à Jules-César, décrit des tours tellement rapprochées, qu'entre elles il y avait à peine la longueur d'une pique. Enfin Richard Cœur-de-Lion composa le donjon de Château-Gaillard de segments de cercle presque tangents l'un à l'autre. C'est une muraille bosselée^ ainsi que la nomme très heureusement M. Deville dans son excellente monographie sur cette forteresse.

Fig. LXXV. Donjon du Châieau-Gaillard.

En résumé , on multipliait les tours sur les points présumés faibles, tandis que la muraille d'enceinte passait pour une défense suffisante là où la nature offrait à Tennemi des obstacles matériels qui rendaient ses attaques peu probables. En pays de plaine, nous avons remarqué plus d'une fois que les tours sont assez près les unes des autres, pour que les soldats placés dans deux tours voisines pussent lancer leurs traits sur toute la courtine intermédiaire. On peut évaluer cette distance à trente mètres environ, ce qui est à peu près la portée d'une flèche ou celle d'une pierre lancée à la main d'un lieu élevé (1). A mesure que les armes de jet se perfectionnèrent, l'espacement des tours devint plus considérable; en sorte qu'on pourrait tirer de cet espacement quelques inductions sur l'âge d'une forteresse; mais nous nous empressons de déclarer ici que les renseignements de cette espèce ne doivent être admis qu'avec une grande réserve.

(î) • \<^ longius sil aiia ab alia (lurrls) sagittap niissiour. • (Viir. 1, 5,)

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Nous avons dit plus haut que la hauteur des tours variait à rinfini. Tantôt, en effet, elles dépassent à peine les remparts qu'elles flanquent; et c'est le cas fort souvent pour celles qui sont placées le long d'une courtine en ligne droite et d'une certaine étendue. Tantôt elles s'élèvent à une hauteur considérable , et c'est surtout aux angles saillants d'une enceinte qu'on leur donne le plus d'élévation. On peut dire, en général, que la hauteur d'une tour donnant de la force aux ouvrages voisins, on a muni de la sorte les parties de l'enceinte qui paraissaient les plus exposées ou les plus faibles.

Lorsque les tours sont plus hautes que le rempart qui les lie les unes aux autres, la communication entre les différentes parties de l'enceinte a lieu, soit par un passage couvert ou découvert, qui contourne la tour et continue le chemin de ronde, soit au travers des chambres des tours, dont le plancher est alors à la hauteur du chemin de ronde qui règne le long des courtines. Ce n'est point, au reste, une règle absolue; car quelquefois cette commu-

Fig. LXWI. Beiuparis il Aigues-Moi'tes.

nication n'existe point, et pour passer d'une tour à une autre, il faut descendre dans la cour intérieure, où viennent aboutir tous les escaliere. Le motif de cette disposition a été, sans doute,

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d-isoler les tours et d'en faire comme autant de forteresse indépendante.

Les escaliers qui conduisent aux remparts sont ordinairement placés à r intérieur des tours (1). Ils sont faciles à défendre étant fort étroits, et fermés par des portes basses et solides, en sorte que l'assaillant, maître d'une tour ou d*une partie des courtines , eût encore beaucoup de difficultés pour déboucher dans Tintàrieur de la place.

On observe encore, mais plus rarement, les escaliers appliqués contre les courtines. Nous doutons que l'on trouve des exemples de cette dernière disposition avant le quatorzième siècle.

La plupart des escaliers des tours sont en spirale, d'où leur vint leur nom de vis au moyen-âge. Rarement deux personnes de front y monteraient facilement. Quelquefois l'escalier ne conduit pas jusqu'à rétage supérieur, destiné généralement à servir de logement à un j>ersonnage de marque. On n'y accédait qu'au moyen d'une échelle qui se retirait dans la chambre supérieure. Nous retrouverons ces dispositions de défense intérieure reproduites avec un surcroit de prudence dans les donjons.

On a vu que les tours servaient de logements et de magasins. Dans les constructions exécutées avec soin, et, si l'on peut s'exprimer ainsi, avec luxe, les étages sont voûtés; mais les planchers en bois étaient d'un usage beaucoup plus fréquent. Tantôt les poutres qui les soutiennent s'appuient sur des corbeaux saillant à rintérieur, tantôt elles s'engagent dans des cavités ménagées à cet effet dans la maçonnerie. (Voir, pour compléter cet article, le §10.)

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