FENÊTRES, MEURTRIÈRES
Nous n'avons point à nous occuper ici des renseignements que peuvent fournir les formes caractéristiques de quelques ouvertures, telles que l'ogive, le plein-cintre, les fenêtres carrées
(i) « Itinera sint Interioribas partlbus turrium cotitignata, neque ea ferro fiia. « Hostis enim si quam partem muri occupaverit, qui repugnabunt, rescindent > et si celeriter admlnistravcrint non paticutur rcliquas paries turrium muriquc « hostem pencirare, nisi se voluerlt praDcipitare. • (Vilr. I, 5.)
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avec meneaux en croix. Nous ne nous attacherons qu'aux dispositions propres à Tarchitecture militaire.
Toutes les ouvertures pratiquées dans le mur d'enceinte d'une place de guerre ^nt fort étroites. On ne voit de fenêtres, à proprement parler, qu'à une hauteur telle que les traîts de Fennemi y soient peu à craindre. Beaucoup de tours et de courtines n'offrent même pas d'ouvertures donnant sur la campagne.
Il faut d'abord prémunir les observateurs contre les inductions qu'ils seraient tentés de tirer de la forme des ouvertures étroites connues sous le nom de meurtrières. De ce qu'un chftteau a des meurtrières ou des embrasures évidemment destinées à des armes à feu, Y on ne doit pas conclure que la construction de cette forteresse soit postérieure à l'usage de l'artillerie. En effet, il est toujours facile de percer une muraille, et lorsque les armes à feu commencèrent à jouer un grand rôle dans les sièges, on s'empressa de faire aux anciennes fortifications les travaux nécessaires pour le service des canons et des arquebuses. Il faut donc, avant tout, observer avec le plus grand soin si les meurtrières que l'on étudie sont de construction primitive ou si elles ont été ajoutées.
On peut distinguer quatre espèces de meurtrières dans l'épaisseur des remparts d'une place fortifiée ; ce sont :
1<» Des trous carrés toujours très étroits, quelquefois un peu plus longs que larges ;
2<* De longues fentes verticales , hautes de trois à six pieds et plus, très étroites à l'extérieur, s' élargissant à l'intérieur, terminées à leur sommet par une portion d'arc, que vient quelquefois interrompre à l'intérieur la partie supérieure de la paroi où la meurtrière est pratiquée (voir les fig. LXXVIU et LXXIX);
3^ Des fentes semblables aux précédentes, mais moins longues, traversées par une fente horizontale : même disposition intérieure ;
4<» Des fentes dont le centre ou la partie inférieure est agrandie et présente un trou circulaire : même disposition intérieure.
Les premières ouvertures, n<» 1 , ne paraissent pas avoir eu d'autre usage que œlui de donner du jour et de l'air, et |)eut-être d'obsei'ver l'ennemi à couvert.
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Ffg. LXXVII. Meurtrières.
Les dernières, n'' 4, semblent avoir été, sinon construites, du moins disposées pour des armes à feu, et, lorsque le trou rond est placé au bas de la fente, et qu'il a de certaines dimensions, on peut conclure qu'il a servi à une pièce d'artillerie.
Quant aux fentes verticales, n° 2, et aux ouvertures en croix, n<> 3, on considère ordinairement les premières comme destinées au tir de Tare, et les secondes à celui de Varbalète (4). Or, l'usage de cette dernière arme s'étant introduit en France vers la fin du douzième siècle (2), on pourrait, de la forme des meurtrières, tirer des conclusions sur l'époque de la bâtisse à laquelle elles appartiennent, si toutefois l'opinion que nous venons de rapporter était fondée. Hallieureusement ce point reste encore sujet à bien des doutes.
Hâtons-nous de dire qu'il existe des preuves que, bien avant l'invention des armes à feu, les longues fentes pratiquées dans
(i) Quelques archéologues nomment les premières archèret , les secondes arbalétrièret,
(3) L'arbalète a été défendue entre chrétiens au deuxième concile de Latran, en ii3q. Guillaume le Breton rapporte que, de son temps, les Français n*en falaient encore que peu d*usage.
Francigenis noslrls, illis ignota diebus Res erat omnino quld balistarius arcus, Quid balfsta foret.
(Phii. Lib. II, 3 15. V. Deville, Chat, -Gaillard.)
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les murs des places fortes ont servi à lancer des traits (1). Hais quelle était F amie au moyen de laquelle on lançait ces traits, voilà ce qu'il est plus difficile de déterminer qu'on ne le pourrait croire d'abord. La plupart des ouvertures que nous avons appelées meurtrières, d'après l'usage général, sont percées dans des murs souvent épais de sept ou huit pieds, et en s' avançant aussi loin que le lui aurait permis le rétrécissement de la muraille, du côté de l'ouverture extérieure, l'archer qui voulait décocher une flèche ne pouvait guère s'approcher assez pour bien ajuster et manier commodément son arme. On comprend qu'il ne découvrait que l'ennemi placé exactement dans l'axe de la meurtrière, en sorte qu'il lui eût été à peu près impossible de tirer sur un homme en mouvement. On observe encore que la hauteur de la meurtrière est rarement assez grande pour qu'on puisse bander un arc dans l'intérieur de son embrasure. L'arc le plus court avait au moins cinq pieds; il aurait donc fallu que la meurtrière eût plus de huit pieds de haut, car, pour tirer, l'archer élevait le milieu de son arc au niveau de son œil. Si l'on suppose, au contraire, que l'archer pour tirer restait hors de l'embrasure de la meurtrière, il courait le risque de frapper de sa flèche l'une ou l'autre paroi oblique de cette embrasure. En outre, comment pouvait-il juger alors de la distance de son ennemi, condition absolument essentielle pour lancer une flèche. Ajoutons encore qu'on rencontre souvent des meurtrières fort exhaussées au dessus de l'aire de la salle où elles sont pratiquées, et qu'on ne peut découvrir la campagne qu'en montant un escalier de plusieurs marches dans l'intérieur de l'embrasure.
Même observation pour les meurtrières en croix, dont la plupart sont d'ailleurs tellement étroites qu'elles ne laisseraient pas de place au jeu de l'arc de l'arbalète, lequel est horizontal, comme on sait.
Il faut donc admettre que la plupart de ces meurtrières, quelle qu'en soit la forme, ont servi à des armes à feu, ou bien à une espèce de machine qui nous est inconnue, ou bien encore, ce qui
(i) Un passage de Guillaume le Breton ne laisse point de doute à cet égard :
Facit aptarique fenestris
Striclis et longis, ut strenuus arle iateuti Immittal Iclhi prxnuiuia tela salelles.
est plus probable, que, dans le plus grand nombre de cas, elles n*ont eu d'autre destination que de donner de la lumière et de l'air, sans compromettre la sûreté des habitants d'une place de guerre.
Ce n'est au reste que par une ^uîte d'observations appuyées par de bons dessins et des mesures exactes qu'on peut arriver à des conclusions définitives, et nous ne pouvons que recommander e« point à toute l'attention de nos correspondants.
Quelle que fût la destination de ces ouvertures, il est important de remarquer les précautions prises par les ingénieurs pour qu'elles ne servissent point de passage aux traits de l'ennemi. On a vu qu'elles sont souvent élevées au dessus de l'aire des étages qu'elles éclairent ou qu'elles défendent. Leur amortissement, en outre, est formé par une portion de voûte dont la courbe est calculée de façon à rencontrer toujours un trait lancé d'en bas et de l'extérieur, à la portée ordinaire :
Fig. LXXVIII. Coupe d'une meurtrière. FIg. LXXIX. Coupe d'une meurtrière.
soit A B, le mur où la meurtrière C A B est percée ; C A est la portion de voûte qui forme son amortissement ; D est le point d'où l'ennemi peut lancer ses traits. On voit que la voûte C A empê- <^hera qu'ils n'arrivent de but en blanc à l'intérieur, et sa courbe même contribuera à les faire retomber dans l'embrasure, au lieu de leur permettre de ricocher dans l'intérieur.
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Avant de terminer cet article , nous devons dire un mot des latrines disposées en général à une grande hauteur et toujours en encorbellement au dessus du fossé. On les plaçait ordinairement dans des tours, et dans des angles rentrants, afin qu'elles fussent moins exposées; et, pour que l'assiégeant ne pût s'introduire par ces ouvertures, on prenait soin d'en défendre l'orifice extérieur par des barres de fer transversales.