‹ Le Cabinet de l'amateur (volume 2)Chapitre 32 sur 54 · DU BROCANTEUR · texte numérisé non relu

DU BROCANTEUR

AVENTURE EXTRAORDINAIRE, ARRIVÉE AU MOIS DE NOVEMBRE 170,9, SUR UN VAISSEAU PARTI DE L'AMÉRIQUE POUR SAINT-MALO (I).

Les affaires de mon état m'avoient obligé, en i-jCiG , de faire nn voyage à l'Amérique ; j'y fis un séjour de près do trois années ; je ne pus faire mon retour en France qu'an mois de Septembre i 769 , et je saisis alors l'occasion d'un gros Vaisseau Marchand , qui étoit prêt à faire voile pour Saint-Malo. Nous avions fort bonne Société ; il n'y eut que moi qui fus obligé de partager ma petite Chambre (que l'on nomme en terme Marin, Dunette), avec un homme, que je pris d'abord, sinon pour une personne d'un certain mérite, au moins pour avoir quelque talent , et avec lequel je pourrois passer le tems : cet homme étoit bien vêtu; mais quand je l'eus examiné, je vis qu'il avoit une figure si commune , mais si commune , que j'avoue cpi'il me déplut.

La nécessité m'obligea, cependant, d'entamer la conversation : je lui parlai , en ces termes : Monsieur, n'y auroit-il point de l'indiscrétion à vous demander si vous êtes François, et de quelle Province? Il me répondit : Oui, je suis de Paris ; je me nomme Ferrc-la-Mide , Marchand de Tableaux ; mon nom est assez connu. Y a-t-il long-temps, lui répliquai-je , que vous étiez à l'Amérique?... Quatre mois : j'étois venu courir après un homme qui m'a

fl) La Confession jiuljliqnc du lirocanlenr, avonlure extraordinaire arrivée an mois de novembre l'GO snr nn vaisseau pai li de l'Amérique [loiir Saint-Malo. Elle est rapportée fii/cllemcnl par M", qui y était présent, siiieant le mailiiscrit fjlte l'on a trouvé dans ses papiers. A AMSTEBDiM, 17'C ; in-S de 48 pages.

^'ons reproduisons cet opuscule sans altérer en rien sa plivsionomie, e'est-;i-dire que nous laissons an pamphlétaire anonyme toute la responsabilité de son vocabulaire nautique et de ses indications géograpbitiues, dont nous avons conservé l'ortliograplie. Bien qu'il porte l'indication à Amsterdam^ il nous parait avoir été imprimé à Paris.

LE CABINET DE L'AMATEUR. 169 attrapé ; je ne l'ai pas trouvé; j'en suis pour mes frais et ma peine. Je lui ayois vendu deux Teniers , quatre Wouwermans, deux Girard -Dou, trois Bergliem, et bien d'autres. Hé! bon Dieu! Monsieur, lui dis -je, qu'est-ce que c'est que tous ces noms- là? Ce sont des Peintres, me réponditil.... Comment! Monsieur, vous avez vendu des Peintres, vous avez vendu, dites-vous, des Peintres î" Non, reprit-il, je n'ai point vendu des Peintres ; c'est leurs Ouvrages que j'ai vendus : mais c'est qu(! la plupart de nous autres Brocanteurs , nous ne connoissons que les noms des Peintres , parce que nous n'avons pas assez de lumières pour faire distinction de leurs différens Ouvrages; nous nous Ijornons uniquement à vendre et à acheter trèscher, une infinité de ces noms.

Moi qui ne connoissois rien à tout ce qu'il vouloit dire , je laissai - là mon homme, et je fus me promener sin- le pont avec l'Aumônier du Vaisseau ; c'étoit vraiment un homme de mérite ; c'étoit un CordeHer ; mais de ces Cordeliers qui en ont vû ; en mi mot , un homme charmant. En nous promenant lui et moi, parlant d'affaires triviales, nous nous félicitions sur les vents avantageux qui favorisoient notre navigation; nous avions vent au large , de sorte c[ue nous ne supportions aucun désagrément du i-oulis : le tems étoit si he:m qu'il permit à une Dame fort aimable , qui étoit également passagère , de venir se promener avec nous. J'offris à cette Dame de lui donner le bras pour la soutenir, si le Vaisseau venoit à recevoir quelques secousses par les lames d'eau ; elle l'accepta.

En matière de conversations, je récitai ce que mon Brocanteur m'avoit dit. Ah! Ciel, dit cette Dame , qu'est-ce que c'est que ça ? est-ce que nous avons un de ces Messieurs-là ici ? Oui , Madame , lui dis-je : mais vous paroisscz surprise? Ce n'est pas sans raison, Monsiciu' : j'avais un mari qui aimoit passionnément les Tableaux, et ces sortes de gens-là le dupèrent, de manière qu'il dépensa, à pure perte, plus de 80000 liv. en dix-huit mois : ils s'envoyoient alternativement les uns les autres, jusqu'à une ancienne servante , aussi Brocanteuse, qui n'avoit qu'un œil; et tous avec un air de bonhomie et de simplicité, ils attrapoient notre argent. Hè-bien ! Madame, lui dis-je, c'est un mal sans remède : il faut pourtant souffrir celui cjui est ici passager ; il faut faire la traversée avec lui.

La Dame avoit de l'esprit (elle donna même des preuves qu'elle avoit beaucoup de lecture), et elle voulut s'amuser aux dépens de mon Camarade de logement : elle me pria de l'engager à prendre l'air avec nous : ce qu'il accepta d'une manière assez grossière; mais il étoit décidé qu'on lui passeroit tout.

Madame de Saint- Firmin (c'étoit le nom de cette Dame ) dit à Monsieur Ferre-la-Mule : Vous êtes donc de Paris, Monsieur ?... Oui , je suis de la Place de Grève... Avez-vous envie d'y finir vos jours?... Je ne sçais; mais si

je coiilinuc mon état, j'espère y mourir... Fort bien! ce sera là, qu'à vos pieds l'on s'entretiendra de la cause de votre mort. Peut-on vous demander, Monsieur, si vous êtes dans les affaires, ou si vous êtes de commerce?... Ho ! d'affaires! je ne srais ni lire, ni écrire: je suis Marchand de Talsleaux... Comment? Marchand de Tableaux? et vous ne sçavcz ni lire, ni écrire? Hé ! mais , mon clier Monsieur, ne sçachant ni lire ni écrire , vous ne pouvez pas manquer de vous tromper, et de tromper les autres. Pardon, Monsieur Fcrre-la-Mide ; mes expressions sont un peu fortes; mais vous voudrez bien passer quelque chose en faveur de mon sexe. Là ; dites-moi ; connois.sezvous l'Histoire?... Oui; j'ai été bercé avec; ma mere parloit si souvent d'histoires de revenans, que j'en sçais sans nombre... Ce n'est pas ces histoireslà qui donnent des connoissances en Tableaux, Monsieur Ferre-la-Mide... Quelles histoires donc ? est-ce celles du petit Poucet , de Barbe-bleue , Cendrillon, Michel-Morin ? on me les a tant de fois répétées, que je les sçais par cœur... Ce n'est point du tout cela; je voudrois seulement sravoir si vous connoissez quelque chose d'an.alogue à votre état : par exemple , quelle différence faites-vous entre Argus fils d'Aristor, et Argus fils de Polybe , et un autre Argus fds de .lupiter et de Niobé ? quel étoit Minos, fils de Jupiter et d'Europe suivant la l'able?... Allons, Madame, vous vous moquez de moi ; vous me parlez de gens qui n'ont jamais été Peintres. Connoissez-vous, Madame , vous qui voulez parler des Peintres , les figures de Bamboche , les Gueux de Calo , les Yvrognes d'Ostade , les Fumeurs de Téniers , etc.? Je parie que vous n'y connoissez rien , vous avec toute votre rhétorique, et vos noms de gens qui n'ont jamais été au monde... Je vois bien. Monsieur Feire-Ia-Mule , que vous avez la science par infnsion : mais encore un petit moment , je vous prie ; vous êtes trop charmant pour me refuser : que dites- vous delà maison flottante où nous sommes, qui nous transporte d'une extrémité du Monde dans un .autre ^ Comment distinguez-vous tous ces agrès utiles à la manœuvre de ce Vaisseau ? comment voulez-vous décider si un Vaisseau est bien rendu, si vous ne les connoissez pas?... H suffit. Madame, que je sçache , ou que l'on m'ait assuré qu'un Tableau est fait par un habile homme, pour en juger; voilà toute notre science : enfin , en nous réunissant plusieurs ensemble, nous avons le talent de persuader et de nous arranger on ne peut pas mieux... Vous faites donc votre commerce en aveugle?... Justement ; c'est avec cette réputation que l'on croit nous tromper, et c'est nous qui attrapons les autres, et de la bonne manière... Bon ' n'est-ce pas là un de nos gens, Pere Aumônier? n'est-ce pas là un homme cher à l'Etat? dit en particulier Madame de Saint-Firmin. Bon-soir, M. Ferre- /n- Mule : en vérité , vous êtes tout-à-fait amusant : bon-soir.

Madame de Saint-Firmin rentra chez elle, et je restai avec Seigneur Fe/rela Mule et le Pere Aumônier, qui lui dit qu'il avoit manqué à Madame de

Saint-Firmiii ; que s'il avoit été un peu lettré , il aurait sçù que pour couuoître certains Tableaux , il falloit sravoir l'Histoire ; que cela coiisistoit en l'Histoire Sainte , en celle de la Fable , de Rome , de Fi'ance et autres ; que les unes , comme les autres, avoient servi de sujets aux grands Peintres; et que pour juger de leurs Tableaux , il falloit au moins sçavoir quelque chose des Histoires qu'ils avoient rendues. Tout cela ne fait rien, dit-il; nous sommes sensés counoisseurs , cela suffit.

La nuit se passa au mieux; le lendemain les vciits changèrent; les courants nous emportèrent en dérive ; mais cela ne dura pas. Sur les quatre heures après midi , nous fûmes pris d'un si grand calme , que notre Vaisseau ne gouvernoit plus : ce calme continua le reste du jour et partie de la nuit ; et après, nous eûmes vent-arrière, qui dura six jom-s consécutifs; ce qui ne contribua pas peu à l'avancement de notre traversée ; mais nous soiifi'rimes beaucoup par le roulis. Madame de Saint-Firmin fut presque toujours incommodée du mal de mer : le pauvre Ferre-la-Mule vômissoit continuellement ; pour moi , je supportai ce roidis assez passablement. Dans lui moment, oû nous nous réjouissions de ce que les vents nous étoient favorables , nous apperçûmes une grosse nuée arrière de nous : le vent augmenta ; nous lûmes pris d'un gros tourbillon; l'on fut obligé de serrer les voiles : les vents devinrent contraires ; l'on fit tenir au plus prés pendant deux jours : nous avions alors passé la ligne. Ces deux jours passés, le vent changea tout-d'iuicoup ; nous eûmes vent au large ; l'on lit mettre dehors toutes les voiles , et cela pendant huit jours de suite.

Nous étions ravis de notre avancement ; mais à certains parages nous trouvâmes des brouillards qui nous paroissoicnt épaissir tous les joux's. Nous apperçûmes différens oiseaux ; l'F^quipage jugea de-Ià que nous approchions du banc de Terre-neuve. Les brouillards augmentèrent si fort, enfin, que l'on ne voyoit pas un homme , du mât d'artimon , à celui de misaine. Nous passâmes quelques jours dans cet état ennuyeux : le Capitaine fit monter sur le pont un plomb de sonde, il le fitjetter, et il fut surpris de se trouver déjà avancé siu- le grand banc.

Comme nous nous faisions une féte de manger de la Morue fraîche . l'on serra toutes les \oiles , l'on fit tenir le cap au vent , l'on prit des lignes amorcées avec du lard , et dans un instant le pont se trouva couvert de morues : l'on ouvrit les premières prises ; elles étoient pleines de différents petits poissons, dont on se servit pour amorcer des lignes. Dans ces parages, il y a une infinité d'oiseaux, que l'on nomme des Cacaoins; ces oiseaux suivent les vaisseaux , ils volent continuellement au travers des cordages : quand on attache à des fils, des épingles recourbées avec des amorces, ils viennent pour les attraper, et ils restent accrochés.

M. Feire-la-Mule s'avisa de monter sur la grande hune dans lui moment

où le brouillard étoit moins épais , pour tendre des fils amorcés , afin d'attraper des Cacaoins. Nous découvrîmes , à la portée du canon , un Vaisseau, qui nous parut assez considérable. Le Capitaine ordonna d'arborer dans l'instant le pavillon ; dès qu'd appcrçut le pavillon François, il arbora aussi pavillon François. Le Capitaine qui étoit homme d'esprit et prévoyant, ordonna de mettre toutes les voiles dehors et de porter au vent à lui ; il désiroit s'assurer de ce qu'il pouvoit être , attendu c[u'il avoit été informé qu'il rôdoit des Ecumeurs de Mer sur le grand Océan : comme il prenoit son porte-voix pour lui pai-ler, il nous lâcha une bordée de canon qui coupa les hauts-bancs de notre grand mât à tribord et à bâbord. Nous avions vingt-six canons sur leurs affûts , l'embouchure aux sabords ; la manœuvre fut si bien ordonnée que l'on servit notre aggresscur de nos vingt-six coups de canons, et si bien apointés, qu'il fut coidé à fond. Je ne fus sensible cju'à deux femmes que nous vîmes engloutir dans les ondes en se tenant pnr la main; c'étoit assurément un bien triste spectacle. Nous étions ainsi sur la défensive , parce que nous avions appris avant de partir de la Colonie que l'on parloit de guerre en France ; mais c'étoit un faux bruit : ainsi , il y a lieu de croire que ce Vaisseau était un Corsaire, c^ui avoit envie de nous piller.

M. Ferre-la-MuIe, à qui l'on ne pensoit plus, étoit resté étendu sur la hune, en se tenant à un des cordages.

Il avoit reçu uîi éclat de poulie qui lui avoit emporté une oreille , et si fort endommagé la tête , qu'il inondoit le pont de son sang : comme les hautsbancs étoient coupés , il étoit impossible de le secourir, et l'on craignoit fort pour ses jours. Apparemment que sa conscience lui faisoit de vives rejM'oches; car il voulolt se confesser: // crioit loujonrs : Pere Aumônier, confessezmoi, je me meurs ; Pere Jumôiiier, ayez pitié de mon ame. Hé! mais, mon enfant, lui répondoit d'en bas l'Âumônier, je ne puis vous approcher. Je veux me confesser, disoit-il ; je n'ai pas eu de honte de commettre mes crimes , entendez-moi, je vous prie, je veux faire publiquement ma confession. Je ne puis vous refuser, dit le Pere Aumônier.

Comme il alloit commencer sa confession, je me rapellai cpie j'avois dans une malle de l'agaric de Cayenne ; j'en garnis une coëffe à bonnet , je fis monter un Matelot sur la hune de misaine, qui la luijetta; il eut encore assez de force pour la mettre sur sa tête fracassée , et le sang commença à s'arrêter : néanmoins, il recommença à crier : Pere Aumônier, ayez pitié de mon ame, confessez-moi... Hé-bien! soit, mon cher frère... Aidez-moi, mon Pere... Y a-t-il long-tems que vous n'avez été à confesse? Plus de vingt-cinq ans, répondit ce pauvre Ferre-la-Mule... Quelles ont été vos occupations depuis ce tems?... Premièrement, je fus Domestique, autrement dit Maître- Jacques d'un ancien Officier qui avoit une confiance aveugle en moi; j'achetois tout ce qui lui étoit nécessaire , et je volois toujours un huitième ,

Lli CABINET DE L'AMATEUR. 173 au moins , sur chaque objet : je fus ainsi à son service pendant huit ans , et il mourut; il fit un testament où il m'assura 4oo liv. de renie viagère , qui me sont bien régulièrement payées... Ensuite quoi métier f i tes- vous ?... Je me mis Brocanteur de Tableaux. Ha! mon Pere, que f<iih me rc piocher l que de forfaits] que de friponneries \ ... Allons, courage, mon cher frère... Je m'étois associé avec trois autres ; et tous cjuatre , nous avons fait plus cpie les plus grands voleurs; excepté que nous n'avons tué personne... Encore, qu'avez-vous fait ?

Mon Pere, nous allions aux ventes, où il se trouvoit ordinairement deux autres sociétés comme la nôtre : nous ne poussions les uns siu' les autres que pour la forme; les Tal)leaux nous étoient adjugés presque pour rien , et nous partagions ensemble le bénéfice , par une méthode que nous appelions révision ; c'est ainsi que nous devenions comme les héritiers de ces sortes d'effets... Après, mon cher ami

Quand un Amateur avoit un bon Tableau dans son cabinet , nous mettions tout en usage pour l'en dégoûter, afin de nous l'approprier.

Nous simulions des ventes publiques ; nous y mettions de mauvais Tableaux , que nous poussions et enchérissions les uns sur les autres à des sommes exorbitantes , pour faire coiu-ir le Ijruit qu'il y a\oit eu à telle vente plusieurs Tableaux de conséquence ^ ptiiscpi'ils avoient monte jusqu'à six , huit, dix, douze, cpiinze mille livres, plus ou moins, chacun; tandis c[u'ils n'en valoient pas réellement la trentième partie. Ees Amateiu-s donnoient si aveuglément dans le piège , que nous leur donnions envie de les avoir ; ils nous donnoient encore un bénéfice en sus pour en acquérir la possession : de plus , nous leur tirions leurs bons Tableaux , par sur le marché , en leur disant, qu'ils n'éloient pas de mode, qu'ils n'étoient pas agréables, etc..

Courage, mon frère... Ha! mon. Pere!.... Courage, courage, mon trèscher enfant

Si je remarquois qu'une personne eût envie d'un de mes Tableaux , je lui faisois fort cher ; il offroit un prix raisonnable : je refusois de lui accorder : j'en faisois part à un de mes adjoints, qui prétextoit d'aller chez l'Amateur lui offrir quelque Tableau : cet Amateur ne manquoit pas de lui dire: J'ai manqué d'acheter un tel Tableau, chez un tel. Comment! Monsieur, lui disoit mon associé, c'étoit une fort bonne acquisition : je connois cet excellent Tableau ; je suis surpris que vous n'en ayez pas fait affaire ; car je sçais un Marchand qui en a offert plus que vous , et il ne l'a pas eu : c'est une belle chose , en vérité. Je dèplaçois mon Tableau, je le mettois chez un autre de mes confrères, et lorsque mon Amateur revenoit pour le prendre au prix que je lui avois laissé, je lui disois : 11 est vendu.. Et à qui ? disoit-il... A quoi sert de Vous le dire, puisque je l'ai vendu?.. Mais si c'est à un Marchand , il pourra me le recéder. Je lui déclarois le nom du Marchand , et cet Amateur, de bonne

foi, alloit trouver mon associé, il lui faisoit des offres. Mal mon Pere!.. Courage, mon cher frero ; courage, mon cher ami, courage... Hé-bien! mon Pere , il lui offroit tle lui rendre son argent , même deux cens livn^s , trois cens livres, quatre cens livres en sus, plus ou moins, suivant la valeur de l'objet^ ou de ce qu'il disoit l'avoir acheté. Le marché manqiioit; mais cet Amateur pa,ssionné de le posséder, revenoit un jour ou deux après ; il ne le retrouvoit plus; on avoit encore transféré ce Tableau désiré chez un autre de mes associés, et l'on disoit: Je l'ai vendu à un tel. Plus cet Amateiu- croyoit son objet envié, plus il y attachoit de mérite, et plus il désiroit l'avoir : il se transportoit chez ce dernier, et enlin il en acquéroit la possession , en le payant vingt à trente fois plus que sa valeur...

Après, mon frère, courage; vous trouvez-vous point plus mal? L'on travaille à rétablir les hauts-bancs , et l'on va bientôt vous descendre pour vous mettre dans votre hamac. Allons, mon cher ami, continuez... Mon Pere, si je voyois quelques Amateurs aux ventes , excepté à celles que nous faisions pour les surprendre , je me rémiissois avec mes adhérents pour leur faire de mauvaises plaisanteries, afin de les dégoiîter d'y venir; et cela pour nous approprier, en quelque façon , des objets de curiosité qui se trouvoient au suppôt de toutes les successions

Tranquillisez-vous, mon frère; voilà que l'on remet les hauls-bancs, l'on va bientôt vous descendre, et vous achèverez, tranquillement, votre confession dans votre hamac...

Mais, mon Pere, je me sens mom'ir... Ilé-bien , mon cher frère, continuez... Si cjuelque Amateur me demandoit mon avis, avant d'acheter un Tableau de quelque Marchand qui n'étoit pas de ma société , je disois toujours qu'il ne valoit rien , si le propriétaire ne me promettoit de me donner, au moins, un quart du prix que je l'estimerois; et après la convention faite, nous volions , lui et moi , cet Amateur à discrétion. Ha! mon Pere ! que je suis malade ! Hélas ! qu'est devenu ma pauvre oreille ? Ne pensez pas à votre oreille, lui dit le Confesseur, pensez à votre conscience, mon très-cher ami : allons , continuez.

Mon Pere , quand on exposoit en vente quelques Tableaux que nous croyions de prix , nous nous mettions deux ensemble , du côté où nous voyions des Amateurs qui étoient dans le cas d'y mettre enchère, et nous ne cessions de répéter : C'est dommage que c'est une copie: ah! s'il étoit original! Quelquefois , nous disions tout simplement : C'est une croûte , c'est-là une bien mauvaise chose. Alors ils se trouvoient adjugés à mes associés presque pour rien. Je vais tomber, mon Pere , je perds le reste de mes forces.

Coiu'age , mon cher ami , courage , mon cher frère , courage ; dans un instant les hauts-bancs vont être remis : allons, continuez, s'il est possible. Mon Pere , mon Pere , ah ! ah ! mon Pere ! voilà le diable qui veut m'cm-

LE CABINET DE L'AMATEUR. 173 porter... Point du tout, mon enfant, c'est un redoublement de fièvre qui vous fait appercevoir quelque fantôme; recommandez-vous à Dieu... Ah! mon Pere! il est parti... Allons, mon cher frerc, remettez-vous; pouvez-vous continuer ? courage. . .

Quand j'avois un Tableau, dont je ne pouvois me défaire, je le cachois pendant quelque tems, je le salissois ; je le mettois chez quelque pauvre personne de ma connaissance, et j'allois dire à un Amateur, que je sçavois un bon Tableau sous crasse à vendre chez une personne qui n'en coruioissoit pas le mérite; mais, que, faute d'argent, j'avois été forcé de manquer cette bonne occasion; que ne pouvant l'acheter, j'étois venu l'avertir, en lui disant, que je serois plus charmé qu'il l'eusse qu'un autre : je ne manquois pas de le priser une somme extraordiiiaire ; et cet honnête homme, trop crédule, alloit bien vite l'acheter ; il le payoit à mon homme de confiance , à qui je donnois quelque peu d'argent pour son acte de complaisance. Ah ! mon Pere! et mes Cacaoins, mes Cacaoins , mes Cacaoins ! Le Major dit Pere Aumônier, le transport s'empare du pauvre Ferre-la-Mide , il pense aux oiseaux qui l'ont fait monter on il est : s'il quitte sa poigjiée, il va tomber et s'achever de tuer. Le Pere Aumônier lui donna l'absolulion , in extremis. Cependant , il reprit ses sens, il recommença à crier: Mon Pere , faut-il mourir?... Mon cher ami, quoique vous soyez fort en danger. Dieu est tout-puissant : mais avez-vous encore quelque chose à dire. Ilélas ! oui, mon Pere!.. Hé-bien ! voulez-vous continuer? Comment vous sentez-vous?... Très-mal... Allons, mon cher enfant, mon cher ami , courage...

Mon Pere, un jour qu'il me falloit absolument de l'argent, je passai devant la porte d'un riche T'apissier ; je le priai de me garder un Tableau que j'avois sous mon bras , pendant le tems que j'irois à une vente. ,Ie dis à un de mes associés la place où il étoit , de faire semblant de marchander une table qui étoit auprès, et de demander à acheter ce Tableau; de dire que si on vouloit le donner pour 2400 liv. qu'il alloit les donner. Il y fut , en effet, il demanda à l'acheter. Le Tapissier dit qu'il n'étoit point à lui ; qu'il étoit à quelqu'un qui venoit de le déposer là. Mon associé lui dit, que s'il lui faisoit avoir pour cent louis , qu'il y auroit quatre louis d'or, en sus, pour lui.

Ce Tapissier, à mon retour, comptant faire une bonne affaire , me demanda si je voulois lui veiich'c ce Tableau pour cinquante louis , qu'on l'avoit chargé de me les offrir. Je lui répondis que je ne voulois pas me défaire d'une pièce aussi précieuse, que j'en avois refusé plusieurs fois 1800 liv. et que je n'avois pas voulù le vendre. Il me pria de lui donner la préférence ; je la lui accordai; il me compta 1800 liv., fondant, sans doute, sur les 2496 liv. que mon associé avoit promis de lui donner ; de manière qu'à l'aide de mon adjoint, j'attrapai 1800 liv. à mon riche Tapissier, pour un Tableau qui pouvoit valoir 48 liv. Hélas! mon Pere, puis-je espérer que Dieu me fasse

grâce ? Oui, mon cher ami , Dieu est un hou Pere , il est tout miséricordieux ; il pardonne tout cjuand on est véritablement fâché de l'avoir offensé : mais, mon cher ami, vous sentez-vous eucoi-c de la force?.. Bien peu , mon Pere,.. Âvez-vous encore quelque chose à dire ?. . Hélas! oui : que trop... Voyons, courage; vous voyez déjà , c[ue Dieu vous regarde eu pitié , puisqu'il vous fait la grâce de pouvoir confesser vos crimes... Oui, mon Pere, cela est vrai... Hébien , allons, courage, mon frère... Mon Pere, il n'y a point eu de ruse à mon épreuve , jusqu'à avoir été chez un Amateur, d'un air simple , avec des pleureuses, et comme un homme qui faisoit le doucereux, dire que mon Pere m'avoit laissé orphelin , avec un certain nombre de Tableaux ; que je lui avois entendu dire plusieurs fois qu'ils fcroient ma fortune après lui : cet Amateur, de bonne foi , me les payoit comme des choses très-précieuses , tandis qu'elles n'avoient presque aucune valeur.

Après, mon frère... Quand je voyois un Amateur riclie , et c[ui n'avoit point d'argent, je lui offrois crédit, mais à des conditions les plus usuraires ; et pour lui faire encore mieux la loi, je lui prètois de l'argent dans son besoin; de sorte que par succession de tems, je faisois avec lui affaire sur altaire ; bagues, montres, boîtes d'or, bijoux de toutes espèces, clievaux , voilures, maisons de Ville et de Campagne, jardins, etc. je m'accommodois de tout , et je finissois par le ruiner.

Les hauts-bancs placés , le Major monta dans la hune , il lui toucha le pouls , et il dit r|u'il n'éloit point encore mourant. L'on descendit le malheureux Ferrc-lti-i\Iule , et ou le mit dans son hamac , où il acheva sa confession secrettement, suivant l'usage. Dieu sçait ce c[u'il avoit à dire!

Pendant c[ue l'on s'occupoit de Fen e - /ri - M/i/e , notre Vaisseau faisoit toujours voile vers les côtes de France : un bon vent au large nous fut favorable jusqu'à la découverte de la terre. Là nous apperçûmes toutes les appai-ences d'une tempête assurée ; nous voyions sauter et plonger les Marsoins , les Galputes suivoient notre Vaisseau , les flots étoieut noirs : plusietn-s Officiers et anciens Matelots dirent au Capitaine, cju'il y avoit beaucoup de danger d'entrer dans la Manche; que si malhenreusenicnt, les vents venoient au Nord-Est, ou à l'Lsl Nord-Est, que nous nous perdrions sur les côtes de Bretagne.

Le Capitaine persista , et nous entrâmes dans la Manche, où nous n'éprouvâmes que ti-op ce que ceux qui étoient d'avis de' virer de bord et chasser devant le vent , avoient prévu.

Nous fûmes pris d'une tempête terrible : nous serrâmes toutes nos voiles , nous tînmes le cap au vent autant qu'il nous fut possible : nos Matelots avoient l'eau jusqu'aux genoux, pour faire la manœuvre, nous recevions des coups de Mer horribles. Nous fûmes obligés de mettre des contre-boules contre les croisées de la grande chambre , pour soutenir contre ces coups de Mer ;

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cinq haches furent montées sur le pont, pour couper les mâts. Nous restâmes dans cette situation pendant trente-six hein-es ; nous étions entraînés par les courants , sur la côte de Bretagne , où la destruction de nos corps et biens nous paroissoit d'autant plus inévitable, qu'il nous étoit impossible de doubler un endroit, que l'on nomme Basse-froide. Enfin dans cette dernière extrémité , l'on décida de faire un vœu à Notre-Dame de Douceur (c'est une Chapelle vouée à la Sainte Vierge ; elle est située vis-à-vis le Château de Saint- Malo) ; il fut donc arrêté tout d'une voix , que si Dieu nous faisoit miséricorde, et si nous arrivions à Saint-Malo, nous irions tous nuds pieds et en linge, entendre la Messe à cette Chapelle.

Notre Aumônier entonna le Salve Regiiia , l'on chanta les Litanies de la Vierge, et après toutes les Prières et Oraisons en pareil cas, la Mer se calma; les vents vinrent à l'Ouest; nous mimes nos voiles dehors et nous fûmes mouiller sous le Cap-Fréel. Nous serions venus mouiller devant Saint-Malo; mais la rade est si dangereuse , que notre équipage ne voulut pas s'y risquer de nuit.

Le lendemain nous levâmes l'ancre et nous nous présentâmes, entre la (touchée et Cezcmbre, où sont deux forts qui servent à la sûreté de la Ville en tems de guerre. Nous tirâmes deux coups de canon , pour saluer la Ville , et pour demander un Pilote de la côte , afin de nous faire entrer en sûreté dans la rade, où nous mouillâmes sur les deux heures après midi.

Le lendemain , nous exécutâmes tous noti'e vœu , excepté M. Ferre-ln- Mule , qui étoit resté à bord encore assez malade , mais hors de danger. Toute la Ville vint nous' voir; nous avions les pieds nuds, et nous étions en chemises, avec chacun un cierge à la main. Je plaignois surtout Madame de S. Firmin, qui étoit obligée de marcher sur un pavé pointu, tel que celui de Saint-Malo ; elle qui avoit de petits pieds , très-blancs , et Ijien délicats.

La Messe finie, chacun retourna s'habiller à bord, et faire dé])arqucr ses équipages, afin d'aller aussi chacun à sa destination , excepté Ferrc-la-Mule , que nous laissâmes , et dont je n'ai jamais entendu parler depuis : mais je n'ai garde d'oublier sa confession ; elle me servira de leçon , ainsi qu'à mes amis, à qui je compte en faire part, pour éviter d'avoir jamais affaire à de semblables personnages, si malheureusement il en existoit encore, au détriment de la société , de la bonne foi , et du commerce.

Le sel attique n'est pas précisément ce qui domine dans noti-e pamphlet; mais ce mince opuscule a pour mérite, d'abord, son insigne rareté, ce qui est déjà une circonstance atténuante de sa réimpression. 11 appartient ensuite à l'histoire de la curiosité, et pourra nous servir de point de départ pom' nous occuper une autre fois des modernes truqueurs.

Quel est l'auteur de ce pamphlet? c'est ce qui est plus difTicile à dire. 11 ne nous semble pas fait par quelqu'un du métier. Contre c[ui fut-il dirigé :' voilà ce qu'il était intéressant de rechercher. 11 a toutes les allures d'une satire personnelle; il n'aurait pas été juste de laisser peser la responsabilité des bons tours de Monsieur Ferre-la- Mule sur la mémoire d'honnêtes marchands du temps, Rcmy, Boileau, Joullain ou Lebrun, par exemple, dont on connaît les nombreux Catalogues.

Nous avons donc cherché quel pouvait être ce Ferre-la-MuIe , et nous l'avons trouvé dans la Chronique scandaleuse du xvin" siècle, écrite par Imbert, un ex-bénédictin qui avait laissé là avec le froc les études sérieuses pour écrire l'histoire des demoiselles du monde de son temps ; c'est lui qui s'est chargé de lever le masque qui cachait le coupable.

Voici l'anecdote d'Imbert : il est facile de voir qu'elle n'est que l'amplification , la mise en oeuvre d'un des derniers péchés de la confession de Ferrela-Mule. — Le Serenissime amateur n'est autre que le prince de Conti, il passait pour avoir en peinture des connaissances tout à fait princières.

« La curiosité (c'est sous ce nom que l'on désigne la classe des amateurs et des marchands des productions curieuses de la nature et de l'art) a perdu, il y a quelque temps, un des plus célèbres brocanteurs qu'elle ait eu au nombre de ses membres : or tous se mêlent de brocantasse ; il n'est guère tV/uiui/nes a collection qui ne vende et ne troque soit par inconstance dans ses goûts, soit pour multiplier ses jouissances , soit par amour du gain, soit pour se dédommager sur quelque dupe plus novice, du déplaisir de l'avoir été soimême; mais je ne veux parler que du feu marchand de Tableaux Le Doux. Malgré une réputation de finesse bien méritée , qui depuis longtemps écartoit de lui les amateurs , il a laissé une fortune considéraljle. Se voyant délaissé il n'est point de ruses que son imagination fertde ne lui ait suggérées pour convertir en rouleaux de louis les croates a lazzi (c'est le mot) qu'il achetoit au plus vil prix dans les ventes obscures. On raconte entre autres de lui ce trait plaisant :

« Le Prince D*** avoit la manie des tableaux et, suivant l'usage , se croyoil un très-habile connaisseur. Toute la curiosité étoit bien venue chez lui a de certaines heures, et lui foisoit assiduement sa cour : Le Doux seul étoit consigné a la porte ; son nom seul étoit un objet de terreur pour S. A. a qui on répétoit chaque jo^u■ qu'elle ne pourroit éviter de tomber dans les lilels de Le Doux s'il obtenoil le moindre accès près d'elle. £e Doux jura que cette proie ne lui écliapperoit pas; voici comment il s'y prit. Un matin, velu dans le plus grand deuil , il se présente sous un nom supposé a l'hôtel du Prince D***. Il est introduit et se jette a ses pieds en versant des larmes abondantes. — /Monseigneur, /' étais né avec de la fortune et je suis réduit ii

LE CABINET DE L'AMATEUR. 179 la misère la plus profonde si F. A. ne daigne me prendre en pilié. — Qu'est-ce donc; que puis-je faire ? — Monseigneur, je viens de perdre mon père; c'était bien le plus honnête des hommes, mais il avait la manie des tal)leaiix : // me laisse des chejs-d' œuvre , dit-on., mais il y a mis toute sa fortune.... Je ne m'y cannois pas ; avec celte riche collection, il ne me reste point de ressources pour vivre.— Mais il faut les vendre. — Et à rpii, Monseigneur? on dit que ces broccmteurs sont autant de fripons et de scélérats qui ne me donneront pas la centième partie de ce que toutes ces belles choses ont coûte' : il y a un nommé l>o Doux (jui nie pourchasse; c'est, dit-on, le seul qui ait de l'argent; il m'offre si peu! — Oh ! meffiei. vous de ce Le Doux, c'est un drôle qui veut avoir votre succession pour rien; ('coûtez, je veu.v voir moi-même vos tableaux, vous m'intéressez.— .-Jh,'. monseigneur, vous ne vomirez pas abuser de mon ignorance : vous êtes trop grand pour ne pas prendre a une juste valeur ces effets qui

Jorment tout ce que je passèile... .fe venais précisément supplier T'. J —

Mes chevaux ! nous allons ensemble voir ces tableaux.

« C'était précisément ce que voulait mon Le Doux. Il avoit loué un appai-tement claus un quartier éloigné, et y avoit exposé avec art ses crantes a lazzi renfermées daus de belles bordures. Le Prince arrive avec le brocanteur. La douleur de celui-ci semble se reveiller a la vue des folies de son père qui a converti une fortune considérable en effets si iiuitiles. ])u coin de l'œil il observoit le Prince; il lit dans ses regards satisfaits le succès de son stratagème. — FJi bien, monseigneur? — Combien voulez-vous avoir de cette collection? — Oh! monseigneur, je m'en rapporte a J~. A., a .fes lumières, a sa justice. — Combien Le Doux vous en a-t-il offert? — Cet arabe, ce juif, ce fripon vouloit avoir tout cela pour [^o,ooa livres , et mon père y a mis plus de 100,000 êcus. — Votre père s' est laissé tromper : si vous voulez 3, 000 louis de la totalité, c'est une affaire faite. Voilà Le Doux qui sanglotte, qui se roule par terre , et qui bient(k fait décrocher les tableaux ; on les porte à l'hôtel , il touche la somme et disparoit.

« Les amateurs arrivent chez le Prince ; il leur fait voir son acquisition. — Eh, voila les tableaux de Le Doux ! tout cela vaut a peine le prix des bordures. Le Prince D*** jette d'abord feu et flamme, il veut plaider; il se rappelle qu'il a lui-même fixé la somme cpi'il a si mal employée; il voit s'évanouir sa répulalion de çonnoisseur; il finit par cacher les croûtes a tous les yeux, recommandant le secret a ceux a qui il s'étoit trop pressé d'apprendre qu'il avoit été dupe. )i

L'adresse de Le Doux se trouve dans l'Almanach historique de l'année 177G, publié par l'abbé Le lirun; elle est ainsi conçue :

Le Doux, marchand de Tableaux, rue Saint-Antoine, près de messieurs de Sainte-Geneviève (les maisons ne portaient pas encore de n"').

HISTOIRE

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