LETTRES ÉCRITES AU MERCURE CALANT
(sons)
Décembre 1673.
Quoy que je vous ave déjà parlé des modes nouvelles, je ne puis m'empescher de vous en marquer euoor quelques-unes ; car le nombre en est si grand, que je ne finirais jamais, si je voulois vous parler de toutes. La dentelle blanche, ou si vous voulez, les points que l'on met présentement autour du col des capes, est une des plus nouvelles : on y met des points de France des plus beaux, et l'on croirait de loin que les femmes ont des colets par-dessus leurs capes. La pluspartjdes hommes d'espée garnissent présentement leurs habits, leurs justaucorps, et leurs baudriers, d'un grand galon d'or ou d'argent plat, et large, comme on en portoit il y a plus de vingt ans. Chacun alloit se charger de franges, et cette mode prenoit déjà un assez bon train; mais depuis que le nouveau monsieur de I'ourceaugnae en a paru accablé de deux ou trois mille aunes, chacun commence à s'en défaire. Les petits manchons de tygre sont fort à la mode, aussi bien que les rubans larges ; car les femmes ne les portent pas moins étroits en garnitures, que les hommes à leurs nœuds d'épaules. Les gands fourez sont à la mode, tant pour hommes que pour femmes; mais cette fourrure n'est point appliquée, et ce sont de véritables gands de chien avec le poil.
Les gens de qualité commencent à reporter des baudriers en broderie d'or et
d'argent, dont la mode estoit passée il y a longtemps; mais ils difèrent de ceux d'autrefois, en ce qu'ils sont plus larges, et que les fleurs en sont plus grandes. Tous les manteaux de femmes que l'on fait présentement ne sont plus plissez, et sont tout unis sur le corps, de manière que la taille en paroist plus belle; on les appelle des manteaux à la Sylvie. Ils ont esté inventez par mademoiselle de Molière; mais on dit à la Sylvie, à cause d'un livre intitulé la Sylvie de Molière Cependant ceux qui ont lù cet ouvrage, ont bien connu que ce n'estoit pas son bistoire. Les babils des femmes sont présentement presque* autant remplis de ferluebes (pie celuy du nouveau monsieur de Pourceaugnac l'est de franges. J'en vis dernièrement un, noir, tout couvert de ferluebes blanches, et il sembloit de loin qu'il fut tout remplv de nége. Passons à quelque chose de plus agréable, et parlons encor de vers. Je vous envoyé des stances qui vous plairont sans doute plus que les modes nouvelles, quand mesme elles ne seroient pas tout-à-fait belles. Ix*s voicy, vous en jugerez; peut-être y trouvere*vous quelque chose qui ne vous déplaira pas.
Décembre 1673.
.... 11 s'est veu plusieurs choses qui n'ont pas plù si long-temps, et vous n'en douterez point en lisant le chapitre des modes , dont vous voulez que je vous entretienne chaque fois que j'ay l'honneur de vous écrire. Il \ en a toujours beaucoup de nouvelles en ce pays-cy , et surtout de celles qui regardent les jupes; et l'on peut dire que pendant tout l'esté chaque femme avoit une jupe à sa mode, quo\ qu'elles fussent presque toutes de poinct. Les unes mettoient des jupes de taffetas dessous, sans que les dentelles fussent séparées : les autres séparoient leurs poincts par des rubans larges, sur lesquels leurs dentelles étoient cousues ; et ces rubans estoient ou d'une couleur, ou de plusieurs, selon la fantaisie de celles qui les faisoient faire : Les unes séparoient leurs dentelles par desglans, et les autres n'en mettoient point, ou n'en mettoient qu'au milieu. On en a veu qui estoient toutes de guipures cousues ensemble, comme celles de poinct, et sons ces sortes de jupes l'on en mettoit de taffetas. On en a veu d'autres de petites guipures entre des dentelles blanches fraisées , et les dentelles sur les jupes estoient tellement en règne , que j'en ay veu avec des jabots comme au devant des chemises des hommes. On a veu aussi sur la fin de l'esté , des jupes de taffetas de la Chine, comme on faisoit autrefois des lits; et l'on en a mesme porté de chaînantes eu poinct de Hongrie : Knfin les jupes de dessous sont, si belles, que l'on n'en met presque plus d entre-deux. C'est assez parler de jupes, il est temps de passer aux autres modes. Voicv celles que j'ay remarquées depuis ma dernière lettre. On a porté des boutons de plusieurs petites perles jointes
LE CABINET DE L'AMATEUR. 115 ensemble ; des ferrets d'épaule de cristal et de diamans , des baudriers de fleurs de soye, et au zie-zague; des étoiles couleur de noizettes , des glans dans les bouillons des dentelles blanches des manches de femmes, des glans de couleurs , cousus sur des fleurs de broderie , et sur des guipures ; des glans aux manches avec des boutons de perles, les cordons servant de ganecs aux perles, et les glans pendans au-dessous; des éventails de satin peint, et autres de senteur découpez et unis; des boucles de diamans au milieu des rozes des souliers d'hommes ; des glans nouez avec de la nompareille dont les manteaux de femmes estoient presque tous couverts; des souliers peints, des échelles de rubans ferrez, des cravates rubans et bas de soye au zic-zague; des serges de soye de toutes sortes de couleurs, avec des fleurs blanches, peu marquées, et seulement contournées, des souliers de petit poinct comme on fait des bources;des tabliers à bandes au milieu, des cravates à plusieurs étages, des busquiéres de gaze de toutes sortes de couleurs, du crespon noir sans deuil, du crespon de toutes couleurs, mais plus de blanc et de couleur de feu que d'aucune autre couleur; des mouchoirs en manière de cravates de femme à double dentelle, celle de dessus estant plus plissée , et point arrestée par le bas ; des jupes et des manteaux de toille jaune, semez «le fleurs de soye, des souliers de poinct garnis de rubans couleur de feu avec des glans blancs; des manches de dessous de petit poinct, des rubans à fonds de gaze rayée de soye, et de la dentelle au dos des manteaux.
On commence depuis peu à relever les manches des femmes de la hauteur de cinq ou six doigts, et à les tailler en rond comme des feuilles de poinct coupé, ou si vous voulez comme des languettes un peu larges. On a fait quelques juste-à-corps d'hommes plissez comme des manteaux de femmes; mais cette mode n'a pû avoir de cours. On voit des rubans appelez au fer à cheval, et à Dcpeschez , préparez ces lieux, qui sont tous couverts de manteaux et d'enclumes , et la chanson que l'on chantoit dans l'entrée des forgerons de Psychr\ est cause qu'on leur a donné ce nom. La pluspart des bas de so\e des femmes sont à présent couleur de chair et blanc. On fait présentement des verges pour des housses de lit de grand prix, estant et travaillées et dorées. Les tables façon de marbre sont fort à la mode. On ne peint plus gueres de robes sur du blanc, et l'on travaille présentement sur du noir et sur de la couleur de musc. On peint aussi des figures d'argent sur de la moire aurore. On a veu cet esté beaucoup de lits damacé, et les plat -fonds de cuir doré commencent à devenir àja mode. On fait des boutons de toutes sortes de couleurs , et dont le milieu brille autant que les diamans. Cette invention est nouvelle; ils ne se vendent que chez un marchand du Palais, qui en a seul le secret. On commence à porter des brocards à fonds brun, pleins d'oiseaux, et surtout d'aigles et de papillons, travaillez comme les fleurs. Les boutons sont tellement en règne sur les manches des hommes, qu'elles
en sont présentement toutes entourées. Comme les autres se règlent sur vous, et que vous ne vous réglez pas sur les autres, je crov, Madame, que la lecture de toutes ces modes ne vous aura pas donné beaucoup de plaisir. Voicv quelques vers qui vous divertiront peut estre davantage
Paris, juillet IGTï .;!).
H est temps de satisfaire la curiosité de vos belles de province, et de vous entretenir des modes nouvelles dont vous m'avez mandé plusieurs fois qu'elles souhaitoient de trouver quelque article dans les lettres que je vous envoyé. Ce n'est pas une affaire peu embarassante, et je ne sçay comment j'aurois pù m'acquiter de ma parole; si je ne me fusse trouvé dernièrement dans une ruelle abondante en personnes du bel air. Ou y railloit un mary jaloux, lorsque je vis entrer une femme moitié précieuse, moitié coquette. « Que je suis fatiguée! dit-elle, après avoir salué la compagnie; j'ay esté aujourdbui chez plus de vingt marchands, et je n'en suis guéres sortie plus gravante que j'y suis entrée. J'ay reeeu dix lettres de la eampagne, par lesquelles on me prie de mander les modes nouvelles, et je ne sçay qu'écrire là-dessus. On n'a jamais veu en France ce que l'on voit aujourdhuy; il n'y a plus de modes générales pareequ'il y en a trop de particulières; à peine trouve-t-on deux personnes vêtues de la mesme manière, chacun s'habille à sa fantaisie, et l'on ne paroist plus extravagant comme autrefois, lorsqu'on n'est pas mis comme les autres. Pour moy, continua-t-ellc, je ne feray point de réponce, et je ne fini rois jamais si je voulois décrire la diversité des habillements de chaque particulier. » Je donnay 'd'abord dans son sens, pour l'amener après plus facilement à mon but; et je luy dis ensuite que si elle vouloit prier toute la compagnie de s'entretenir sur cette matière, et que chacun dist les modes qu'il crovoit les plus générales, je les écrirois sur l'heure, et qu'ainsi elle trouveroit son mémoire des modes tout fait, sans qu'elle fist autre chose que de dire son avis. Cette pensée lui plust, chacun promit d'expliquer ce qu'il sravoit; on me donna de l'encre et du papier, et j'écrivis pour elle et pour moy, ce que vous allez lire louchant les modes dont on se sert, depuis qu'on ne porte plus d'or et d'argent.
On parla d'abord des étoffes, ou plutost on en voulut parler; car à peine eust-on entàméce discours, qu'une jeune beauté prit la parole, et dit que de cinquante femmes du bel air, à peine en trouvoit-on deux qui portassent des étoffes, et que hors quelques taffetas et tabis découpez et mouchetez, gris et changeant, qui estoient un reste de mode des habits d'étamine et de serge
(I) I* Mercure galant cessa de paraître on ICI 4 el ne reprit m publication qu'en 1C77.
LE CADINET DE L'AMATEUK. 117 des grisettcs du printemps, on ne voyoit plus de femmes vestues que de toilles et de gazes; et elle adjoûta qu'elle les aimoit tellement, qu'elle avoit voulu voir toutes celles qui avoient esté faites, et que leur diversité et leur beauté estoient des choses admirables. On la pria de parler de toutes celles qu'elle avoit vues et voicy de quelle manière elle s'en aequita.
« On fait, depuis que les chaleurs ont commencé, des manteaux et des jupes de plusieurs sortes de gazes; les moindres sont les unies, les rayées et celles à carreaux. Il y en a presque de toutes couleurs, meslées et sans estre meslées. il y en a aussi beaucoup de rebrochées, dont les fleurs paroissent de relief.
•On en voit sur des fonds bruns couvertes de fleurs de toutes couleurs; il s'en trouve de mesmes sur des fonds blancs qui font le plus bel effet du monde; d'autres sont sur des fonds mouchetez, et d'autres sont à colomnes. Les femmes du grand air qui ont le petit deuil, en portent de blanches, avec des fleurs noires rebrochées; et celles qui sont plus modestes, en mettent de noires unies, avec des jupes de gaze bleue dessous. Les gazes dont les fonds et les fleurs sont blanches, se portent beaucoup plus en jupes qu'en manteaux. Celles qui sont rayées et qui ont de grands espaces entre les rayes, remplies de toutes sortes de fleurs, sont très-belles. Mais quelque beauté qu'ayent toutes ces gazes, poursuivit-elle, je ne désespère pas d'en voir encore de plus extraordinaires, puis qu'il n'est point de jour qu'on n'en remarque aux Thuilleries, d'un dessein tout nouveau. 11 n'est rien de plus agréable que les manteaux de gaze, continua la mesme, et ils ne sont effacez que par ceux de points de France sur de la toille jaune, qui estant accompagnez d'échelles de mesme point, donnent un certain air de grandeur à ceux qui les portent, que les étoffes les plus remplies d'or et d'argent ne font pas toujours remarquer dans les personnes les plus qualifiées. On voit aussi adjouta-t-elle, quelques manteaux et des jupes de taffetas volans et changeans, mais le nombre n'en est pas grand. »
Puisque vous avez parlé des manteaux, reprit une autre, je vais parler des jupes; j'en achetay hyer, et cela fut cause que je m'informay de celles qui sont le plus à la mode.
On en voit encore qui sont toutes de point de France et d'autres toutes de point d'Angleterre ; mais comme elles sont extrêmement chères, le nombre n'en est pas si grand ; et celles que l'on porte le plus sont de mousselines rayées avec un point au bas, des plus hauts que l'on puisse trouver. Il y eu a aussi de taffetas de toutes sortes de couleurs sous des gazes que chacun choisit à sa fantaisie; mais la plupart les prennent blanches. On en voit depuis quelques jours de toille découpée, comme on decoupoit le satin et le tabis. Les femmes qui sont un peu sur le retour, et quelques autres encore, portent des jupes de brocard, et d'autres étoffes ; les unes mettent un petit point de France en bas, les autres une dentelle noire. Il y en a qui mettent des guipures de toutes
couleurs, mais quand on les plisse, on met des dentelles de soye douce, sans fonds, et sans estre guipées ny gommées. 11 y a diverses manières de mettre ces dentelles: les unes en ont une grande plissée et un pied qui relève; les autres deux grandes plissées à deux doigts l'une de l'autre, et toutes deux tombantes.
Quand celle qui avoit parlé des jupes à la mode eut finy son discours, on pressa une vieille fdle qui n'a voit ni beauté ni agrément de dire quelque ebose sur le sujet de la conversation ; voicy tout ce qu'elle dit :
« La plupart des eoeffes que Ton porte à présent sont à colomnes blanches et sans fonds; on en voit aussi de noires à petites mouches, de gazes fort claires d'Angleterre sans fonds, de blanches, de rousses, et des cornettes de mesme ces dernières. On ne fait plus de bonnets frisez, et l'on met deux petites cornettes et une grande, on se ( ordonne de point de France, et de rubans de toutes couleurs. Jamais ils n'ont tant esté en règne qu'ils sont depuis la défence de l'or et de l'argent, et I on met tant d'échelles, qu'il est impossible que cette mode soit longtemps en règne, parce que les gens de qualité ne manquent jamais de quitter celles qui deviennent trop communes. On porte beaucoup de garnis garnis, et tous les manteaux sont retroussez avec des rubans. Toutes les garniturcs sont remplies de ferets; ils sont plus courts, plus brillants, et mieux travaillés que les ronds que l'on portoit il y a quelques années, et il n'y a rien de plus agréable: on en met jusques aux rubans des souliers. Les manches dont on se sert ;i présent sont de plusieurs manières. Il y en a de plissées avec du point en bas. On en voit d'autres qui ne sont point plissées et qui ont une dentelle qui relève, avec un petit pied. Jl s'en trouve aussi beaucoup à bouillons. La plupart des manchettes qui accompagnent les manchessont à trois rangs. On porte toujours des bas de la Chine, et l'on n'en met plus guères de marbrez. Les souliers sont de plusieurs manières, On découpe les cuirs sur des étoffes de toutes sortes de couleurs. Il y eu a de mouchetez lassez aux costez avec un petit molet, et de brodez de soye. Les plus magnifiques sont ceux qui sont de toille de Marseille piquée, et qui sont garnis de dentelles d'Angleterre ou de point de France, formant une manière de roze antique, comme on en mettoit autrefois sur les souliers. On en voit aussi de geais de toutes couleurs. Les éventails les plus ordinaires sont de peaux de velin, avec des bâtons de calenbourg. On les porte toujours grandes, et les belles peintures sont toujours à la mode.
« On fait à présent beaucoup de points de France sans fonds, et des picots en campanne, à tous les beaux mouchoirs. On en a veu quelques-uns avec de petites fleurs sur les grandes que l'on pouroit appeler des fleurs volantes, n'estant attachées que par le milieu; mais il n'y a pas d'apparence que cette mode soit suivie. »
Toutes ces choses ayant été dites de suite, celle qui en fit le récit se trouva
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tellement hors d'haleine, qu'après avoir achevé, elle ne put dire autre chose. La belle qui voulait mander des modes en province, crut en sravoir assez, et l'on auroit finy cette matière, si une personne de la compagnie n'eust dit qu'il falloit aussi s'entretenir des manières de s'habiller des hommes. N'en soyez pas en peine, répondit une beauté enjouée, j'ay vingt amants qui a l'envv s'efforcent de se mettre bien pour me plaire, et je sçay comment il faut qu'un homme soit pour estre à la mode. Klle prononça ces paroles d'un air qui plustà toute l'assemblée. Un la pria de «lire ce qu'elle sçavoit là-dessus, et salis se faire presser elle commença de la sorte .
a L'ajustement est moins nécessaire aux hommes qu'à la plupart des femmes, ils cachent moins leurs défauts, l'n homme est toujours assez paré quand il a bonne mine; il plaist en habit de cavalier, et sans ornements; et les femmes qui ne sont point ajustées plaisent rarement, à moins que leur beauté ne soit véritable et toute à elles. Ou dira, poursuivit cette charmante personne, que j'aime bien les hommes, de parler ainsi à leur avantage : cependant tous mes amants sont également bien auprès de moy et publient que je suis la plus cruelle personne du monde. Tant qu'ils parleront ainsi, je ne me plaindray pas d'eux, et je croirois qu'on ne me devrait guère estimer, s'ils tenoient un autre langage. Le désir qu'ils ont de me plaire fait qu'ils ne paraissent devant moy qu'avec une propreté achevée, et tout cela sans avoir d'étoffes magnifiques. On n'en voit point présentement, elles sont presque toutes unies; à peine en trouve-t-on de soye, et l'on ne porte (pie des droguets, des étamines et des serges ; mais quand un homme est bien coelïé et bien chaussé, qu'il a de beau linge, une belle garniture et une belle veste, il est plus paré que s'il estoit chargé de broderies et de gros galons d'or, qui ne feraient que l'épaissir. Les hommes portent maintenant des vestes fort longues garnies de point: les plus nouvelles sont de mousseline claire rayée, avec de la toille jaune dessous, et du point dessus. Leurs chapeaux sont petits, leurs gands garnis de rubans étroits, et toute leur garniture de mesme. Au milieu de ces petits rubans, ils ont à leur chapeau, sur leurs manches, au nœud de leurs épées et quelque fois aux deux costez de leurs culutes ou rhingraves, des noeuds de ruban large, aux deux costez duquel est cousue une dentelle blanche. Depuis quelques jours on en met de noire, qu'on fait coudre au milieu du ruban, de manière qu'elle le couvre tout entier. On voit plusieurs habits avec quantité de rangs d'oeillets; ils n'estoient d'abord que blancs, et aux revers des manches; on en met présentement partout et ils sont de toutes couleurs ; on commence même à les entourer de petits cordonnets qui font plusieurs figures comme aux baudriers. D'abord que l'argent fut défendu on porta des cordons de soye aurore, et de soye blanche, qu'on prenoit pour de l'or et pour de l'argent. On met des boutons de mesme couleur, et depuis peu on en porte de meslcz comme les garnitures. Les hommes commencent à devenir magni-
fiques en souliers ; ils en ont de brodez qui coûtent quatre louis la paire; mais on en voit encore peu. »
La conversation aurait été plus longue sans une visite sérieuse qui survint et qui l'interrompit; c'est pourquoi je prie vos belles provinciales de se contenter de ce que je vous envoyé.
ETUDES CERAMIQUES