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DE FAÏENCE FINE ET DE PORCELAINE

ÉTABLIE A OULÊANS EX 1753.

tue statistique exacte de3 faïenceries à la fin du dix-huitième siècle nous fait connaître l'existence d'environ trois à quatre cents manufactures disséminées sur toute 1 étendue du territoire français, et destinées à satisfaire aux besoins de vingt-cinq millions d'habitants qui paraissent avoir eu, dès cette époque, un goût très- vif pour la poterie émaillée de blanc, coloriée en bleu, en jaune et en rouge. — Il est bien entendu que nous ne comprenons dans ce chiffre, de trois ou quatre cents manufactures, que les faïenceries proprement dites et nullement les officines des simples potiers de terre, dont le nombre devait être cinq ou six fois plus considérable.

En remontant par la pensée de deux ou trois années seulement en arrière de l'an de grâce 1 864, il c"t certainement suffi de nous arrêter sur cinq ou six de ces manufactures, pour donner aux besoins des amateurs de céramique la plus ample satisfaction possible : mais les temps sont bien changés, et la curiosité, de ce côté, s'est terriblement accrue. La furia française s'est emparée de la faïence du dix-huitième siècle ; la ville et la cour s'en occupent ; elle est à la mode, c'est tout dire, et le cercle de ses amateurs va s élargissant chaque jour; c'est comme une marée qui monte et menace de tout envahir.... pour redescendre bientôt sans doute. En attendant on est pressé de connaître la signification des marques, de déchiffrer les monogrammes tracés sur quelques vases, de pénétrer tous les mystères de la fabrication et des influences réciproques des manufactures les unes sur les autres. On se demande si elle est peinte sur émail

cuit ou sur émail cru ; si l'art étincelant de Rouen n'est pas une importation nivernaise; où et quand on a commencé à employer le précipité pourpre de Cassius, qui distingue Sceaux, Strasbourg, Niderviller et Saint-Clément ou Moyen.

Questions graves à résoudre, et qui ne sont pas les seules.

Cent fabriques, innomées hier, demandent aujourd'hui un historien; un grand nombre l'a déjà obtenu, partout d'intrépides chercheurs sont à l'oeuvre, et toutes l'auront avant peu. INous sommes fixés désormais sur les ateliers d'Jpt, d'/Jvi'gnon et iïJuhagne. — Marseille et Mousiier n'ont plus de mystères; — les faïenceries de Lille viennent d'être illustrées par M. J. Houday, et la cheminée monumentale du musée de Cluny est là pour témoigner de leur importance. — Sainceny , la plus humble de toutes, a été relevée par un très-bon opuscule de M. le docteur Warmont. — La notice de M. Théophile Gautier, qui nous a fait connaître MeiUioiuu\ est à refaire aujourd'hui : cette manufacture comporte plus de développements. Nous recommandons Meilhonas aux amateurs; ses produits étaient en grande réputation au siècle dernier. — Nevers aux bleus éclatants vient d'avoir les honneurs de l'in-4a; malgré son luxe, c'est cependant un livre qui laisse beaucoup à désirer sous le rapport de la critique, et on ne pardonnera pas facilement à son auteur, M. Dubroc de Ségange, d'avoir aussi barbarement décapité son sujet, pour une simple satisfaction d'amour-propre. Bref, bien que M. Pottier nous fasse attendre son travail sur Rouen, la mieux caractérisée et la plus originale des faïenceries françaises , que l'on ait encore rien écrit sur quelques centres considérables, comme Bordeaux, Beauvais, Auvillars, Clerrnont, Toulouse, Sceaux et les autres fabriques des environs de Paris, il n'en est pas moins vrai que le portrait de la faïence du dix-huitième siècle est en train de se faire, et qu'il se fait en pied, ce qui est un très-grand honneur. A l'heure qu'il est, elle a déjà trouvé son romancier (i). Elle ne manque ni d'originaux ni de grotesques parmi ses adorateurs ; espérons qu'elle trouvera un poète pour la chanter, comme l'ont été à la fin du dix-septième siècle les Boucaros du Mexique et du Portugal (a).

Ce petit mouvement, un peu désordonné d'allures, n'a certes pas une trèsgrande portée artistique, et nous eussions préféré voir les recherches qu'il provoque prendre pour sujet la céramique française des quinzième et seizième siècles, plutôt que celle du dix-huitième. Cependant les nombreuses publications

(1) Le l'iolon de faïence, par M. Champfleury. On pré- l'odeur terreuse qui s'en dégageait produisait une seusa-

pare une édition illustrée decel aimable livre qui a été lu lion de fraîcheur qui faisait les délices des plus délicats,

par tous 1rs amateurs. Le comte Mdgatotti a écrit sur ce sujet des lettres fort spi-

(ï) La Bucehereide, de Loreuzo Belliui. Vers la Gn du rituelles; plusieurs poêles les ont célébrés , notre Rej nier

dix-septième tircle, on s'était pris d'un très-grand engoue- Desmarais, entre autres. La Bucehereide, que l'on dit

nient pour d'affreux petits vase» noirs et rouges fabriqués remplir de pensées sublimes (voir Gamba, n° I Î8C), a été

en Portugal, au Mexique, au Chili et au Pérou. On les imprimée à Florence en 1729. Son auteur, Loremo BeL

disposait dans les appartements, remplis d'eau, l'été, H Loi, était un célèbre anatomiste de l'Université de Pise.

LE CABINET DE L'AMATEUR. 123 qu'il fait éclore n'en serviront pas moins, plus tard, à résumer en peu de pages et en parfaite connaissance de cause un chapitre intéressant de l'histoire de nos arts industriels. La France est une bonne mère qui ne renie aucun de ses enfants. Nous pensons être agréable à quelques-uns de nos lecteurs en mettant sous leurs yeux les pièces suivantes, puisées aux archives du Loiret, relatives à la Manufacture royale de jaïence fine et de porcelaine établie à Orléans en 1753; nous n'y joindrons que de très-courts commentaires. Elles nous paraissent résumer mieux que d'autres et avec sincérité le milieu dans lequel ces sortes d'officines se développaient, de quelle manière elles prenaient naissance et comment elles pouvaient mourir.

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