LE MUSÉE DES JOYAUX ET LA SALLE DES BRONZES
OICI tantôt deux siècles que la galerie d'Apollon existe telle que nous la connaissons sans avoir jamais reçu une appropriation définitive. Louis XIV avait cessé d'habiter le Louvre avant qu'elle fût terminée; tour à tour elle a été employée depuis aux usages les plus divers, et tout s'est modifié, transformé autour d'elle pendant ce temps. Les distributions intérieures du Louvre de Henri II ont été changées par des constructions nouvelles; c'est en vain que l'on chercherait à avoir une idée de la magnificence du logis des reines régentes, qui occupait le rez-de-chaussée; tle mesquines décorations modernes ont remplacé partout le luxe vraiment royal cpii régnait au premier étage, et les boiseries superbes qui nous rappellent l'appartement de Charles IX et la chambre à coucher de Henri IV, sorties depuis peu des magasins où elles étaient entassées , n'ont pas été faites pour les salles où nous les admirons aujourd'hui. Seule, la galerie d'Apollon a eu la bonne fortune de rester debout , d'échapper au temps et à la mode , de sorte qu'il a suffi d'une restauration sobre et intelligente, pour restituer au Louvre, dans son éclat primitif, la seule pièce qui y rappelle Louis XIV, son principal fondateur après tout.
Longue, étroite, écl un seul côté, la galerie d'Apollon n'a ni les pro-
portions ni les aménagements d'une salle de fêtes ou d'assemblées , telle qu'on pourrait la désirer de nos jours ; ce n'est à proprement parler que l'antichambre magnifique du plus bel appartement du monde , une galerie dans le sens de salle d'attente précédant la demeure d'un grand roi. Mais elle a le singulier mérite d'avoir reçu de Charles Lebrun une décoration élégante , harmonieuse, complète; riche, cela va sans dire, et étudiée par l'illustre artiste jusque dans ses plus humbles parties, avec un amour des détails qui n'est plus de notre siècle. Klleest par elle-même, et c'est là son grand honneur; elle existe, indépendamment de ce qui la suit ou la précède, sans que rien d'étranger semble devoir ajouter à sa beauté : ni un meuble ni un tableau ne saurait s'adosser à ses murailles sans en troubler l'harmonie.
On vient de peupler la galerie d'Apollon des plus rares joyaux , on essaye d'en faire un musée ; mais elle est si vaste que tout y semble petit, et si éclatante qu'elle appauvrit tout ce qu'on y loge. On aura bien de la peine à modifier son caractère essentiel, celui d'être un brillant trait d'union entre le Louvre et le palais des Tuileries.
La galerie d'Apollon occupe une place intéressante dans l'histoire de l'art français, par les souvenirs qu'elle rappelle aussi bien que par son étal actuel. Le rez-de-chaussée, construit par Catherine de Médecis, fut d'abord couvert en terrasse : elle arrivait à se trouver de plain-pied avec l'appartement du roi Charles IX. Sauvai attribue l'architecture de ce rez-de-chaussée à Pierre Chambiges (t), d'une famille d'artistes français sur laquelle nous n'avons que de trèscourts renseignements. La galerie qui devait remplacer la terrasse est un des premiers ouvrages du règne de Henri IV. Ce prince semble même avoir pris un intérêt tout particulier à sa décoration ; les principaux artistes de son temps y furent employés tour à tour. Le même Sauvai cite comme architectes Fournier et Plain, et de ceux-là il n'a été conservé que les noms; Barthélémy Prieur (a) et Pierre Biart, qu'on avait surnommé Praxitèle < 3), la couvrirent de sculptures à l'extérieur, et, pendant que Toussaint du Breuil, Jacob Bunel (4) et leurs nombreux élèves en préparaient les peintures, d'habiles ornemanistes, David et Nicolas Pontheron, Nicolas Bouvier, Jérôme Baulleri, Claude et Abraham Halle, tra-
(1) M. Adolphe Berty, dan» un excellent petit livre, Itt ,4rtl<îttctet fiançait de la rtnaissancr, a rerneilli sur le» Chamhige* quelques renseignement», les seuls que nous possédions sur celle famille d'artistes qui a donné quatre architecte» à la France dans le seiiirme siècle.
(2) llarlhrlemy Prieur parait avoir été un de» élèves de Germain Pilon ; on ignore la date de m naissance au»M bien que celle de sa mort. Parmi le* sculptures que cet artiste avait exécutées à ta Petite Galerie du Louvre. Sauvai rite particulièrement deux Renommée* que l'on voit encore aujourd'hui au-dessus de la porte qui ouvre sur le jardin de l'Infante. I.e musée du Louvre possède de B. Prieur une partie du monument funéraire
élevé au oeur du connétable Anne de Montmorency dans l'église des Célestins , et les deux statue» du duc et de sa femme Madeleine de Savoie, provenant du tombeau de l'abbaye de Saint-Martin de Montmorency.
(3) Pierre Biart, UjO-lGOS». U musée du (.ouvre i»e pu»*ede rien de ce célèbre artiste, auteur de la statue équestre de Henri IV qui décorait l'entrée de l'hôtel de ville de Pari*.
(l) Le musée du Louvre n'a point de tableaux de l)ubreuil ni de Bunel. On cite parmi les élèves de ce* artistes qui travaillèrent à la Petite Galerie, Arthu* Flamand, Henri Lcranihcrl , Pasquier, Testrliu, Jean de Brie, Gabriel Honnet et Guillaume Dumet.
LK CABINET DE L'AMATEUK. 419 vaillaient aux ornements et aux dorures des trumeaux. Les belles boiseries de la chambre à coucher d'Henri IV, qui subsistent encore, peuvent nous donner une idée de cette décoration. La galerie, éclairée des deux côtés, était alors percée de vingt et une fenêtres; des constructions postérieures sont venues fermer celles du couchant. Elle portait le nom de Petite Galerie du ïxmvre, ou hien de Galerie des portraits des rois, qu'elle tirait des peintures placées dans les trumeaux; le plafond tout entier était consacré à la gloire de Henri IV. Sauvai nous a laissé une bonne description de l'aspect qu'elle présentait alors :
« Les portraits des rois et des reines, que j'ai dit occuper les intervalles d'une croisée à l'autre, sont grands comme nature, et représentés avec des habits et des gestes proportionnés à leur génie. Les rois sont placés à main droite, et, visà-vis, de l'autre côté, les reines qu'ils ont eues pour compagnes. Tous ces portraits, tint les uns que les autres, sont entourés de tètes; mais des seigneurs seulement ou des dames les plus considérables de leur cour, soit par leur naissance ou par leur beauté , soit par leur esprit ou leur humeur complaisante. Comme tous ces portraits sont vrais! Il n'y a que la plupart des rois et des reines qui ont régné en France, depuis saint Louis jusqu'à Henri IV.
« Ces portraits sont partis de la main de trois personnes, l'orbus a fait celui de Marie de Médicis, qui passe pour un des plus achevés que nous ayons de lui, et même le meilleur de cette galerie. En effet, les vêtements en sont si vrais, les diamants dont il les a brodés en sont si brillants et les perles si naturelles, la tête de la reine si noble, ses mains si belles et si finies, qu'il ne se peut rien voir de plus charmant ; et, quoique l'azur fût alors fort cher, ce peintre néanmoins l'a répandu avec tant de prodigalité sur cette figure, qu'il y en a pour six vingts écus.
« Tous les autres portraits sont de la main ou du dessin de Bunel. Il peignit d'après le naturel ceux des personnes qui vivoient de son temps ; pour déterrer les autres il voyagea par tout le royaume, et prit les stucs des cabinets, des vitres, des chapelles et des églises où ils avoient été peints de leur vivant. Il fut si heureux dans sa recherche, que dans cette galerie il n'y a pas un seul portrait de son invention, et que par le visage et l'attitude, tint des hommes que des femmes qu'il y a représentés, on juge aisément de leur génie et de leur caractère; sa femme le seconda bien dans son entreprise. Comme elle excelloit à faire les portraits des personnes de son sexe , ceux des reines et des autres dames, pour la plupart, sont de sa main et du dessin de son mari.
« Les rois sont vêtus assez simplement , et le tout à la mode de leur temps et conformément à leur âge. Les reines ont leurs habits de pompe et de parade, si bien qu'avec ces vêtements différents et bizarres, qui faisoient sans doute la principale partie de la galanterie et de la propreté de leur cour, ils nous paroissent si ridicules, qu'on ne peut s'empêcher de rire. »
220 LE CABINfcT DE L'AMATEUR.
Henri de Loménie, comte de Brienne, qui nous a laissé de si curieux mémoires sur la régence d'Anne d'Autriche , n'est pas tout à fait d'accord avec Sauvai quant aux artistes qui avaient peint les portraits de la galerie, et son opinion est d'un grand poids. Brienne avait été familier du jeune roi Louis XIV, pendant son enfance; jeune homme, il fut attaché à la personne du cardinal Mazarin, et plus tard secrétaire d'État. C'était aussi un grand amateur de tableaux, un des rares seigneurs d'alors qui les connaissaient bien. Il assure, dans sa description de l'incendie qui détruisit toutes ces merveilles, que les portraits des rois étaient tous de ta /nain de Janel ou de Porhus. Il est à croire que les soins et les recherches de Bunel et de Marguerite Bahnche sa femme avaient eu surtout pour résultat de réunir aux ouvrages modernes le plus grand nombre possible de portraits originaux anciens, et que nous avons perdu, avec l'ornementation delà première galerie, un grand nombre des meilleures peintures des artistes français du quinzième et du seizième siècle.
Le même dissentiment existe relativement aux peintures de la voûte. Sauvai ne parle que de Toussaint du Breuil, de Jacob Bunel et de leurs élèves, tandis que Brienne attribue positivement Jupiter foudroyant les Titans à Martin Fréminet. Félibien, dans ses Entretiens sur fa peinture, ne parle pas de cette grande composition ; mais les souvenirs qui nous ont été conservés de son énergie , et ce que nous connaissons du caractère qui distinguait les ouvrages de Martin Fréminet, donnent au témoignage de Brienne, nous le répétons, une très-grande autorité. On sait que Martin Fréminet s'était surtout attaché, à Rome, à l'étude des ouvrages de Michel-Ange.
Les sujets des compositions de ce plafond avaient été pris indifféremment dans l'Ancien Testament et les Métamorphoses d'Ovide.
« Elles paroissent si accomplies aux yeux de ceux qui s'y commissent», dit Sauvai, qui n'était probablement pas de ce nombre, « que je suis obligé de décrire en deux mots tant la Gigantomachie que les fables de Pan et de Syrinx , de Jupiter et de Danaé, de Persée, d'Andromède et de Méduse. »
Nous renvoyons au livre de; Sauvai, Histoire et recherche des antiauite's de la ville de Paris, pour de plus amples détails sur ces peintures, aujourd'hui perdues; sous le voile de l'allégorie, toutes y faisaient allusion à la vie et aux actions du roi. La liberté des mœurs du temps permettait alors bien des licences, et la tète expressive du Béarnais trouvait place sur les épaules de tous les héros de ces histoires, aussi bien sur celles de Jupiter foudroyant les audacieux fds de la Terre, c'est-à-dire la Ligue, que sur celles de Pan poursuivant Syrinx, quelque belle de la cour de France ou Gabrielle d'Estrées elle-même sous la figure de Danaé.
La belle décoration de Charles Lebrun laisse encore une large place aux regrets que doit inspirer la perte de ces peintures. La Galerie des rois fut détruite par un incendie, le 6 février 1G61 :
LE CABINET DE L'AMATEUR. 213 Paxr/ua/e, Vincenzo Oirtiso et comp.y était en pleine prospérité lors de notre dernière visite.
Pour ne pas entrer trop brusquement dans un sujet qui peut sembler étrange à nos lecteurs parisiens, nous devons expliquer que la Capoue moderne n'est nullement située sur remplacement de l'antique métropole dont elle porte le nom ; fondée au ixr siècle, elle en est éloignée de plus d'une lieue. C'est un simple village, Sauta-Marin Maggiorc, ou plus ordinairement Sainte- .Marie de Capoue , qui s'élève maintenant au rentre de la ville antique ; il en occupe approximativement la vingtième partie, le reste se compose de vignes» de champs, et de jardins, d'où surgissent au milieu d'une végétation luxuriante, comme dans les pares anglais d'autrefois, des amphithéâtres, des aqueducs brisés, des tombeaux et (les temples.
L'exécution du chemin de fer de Napies à la frontière romaine, qui passe à travers des ruines, ouvrit il y a dix ans dans leur plus grande longueur une tranchée qui a mis au jour de nombreuses richesses archéologiques aujourd'hui dispersées.
Le sol de la ville antique se compose lui-même de plusieurs couches de ruines superposées par l'histoire. Les savants, qui ne doutent pas de l'origine troyenne de Rome, disent que Capoue fut fondée par Capys, compagnon d'Enée ; d'autres veulent que Ca/n s soit le nom d'un chef samnite. Stéplianus de Byzance le nomme Cam/>anus, suivant l'usage des anciens d'imaginer toujours un fondateur homonyme du nom de la cité ou de la province. Quoi qu'il en soit de ces fables, Hermesianatte d'Alexandrie rapporte que les anciens Grecs plaçaient Capoue parmi les villes fondées par les Pélasges-Tvrrhéniens.
Ruinée par les Samnites, qui s'en emparèrent à une époque fort ancienne, Capoue le fut une seconde fois par les Romains, au temps de la guerre sociale;
Fulvius Flaccus fit transporter à Rome les statues de la ville conquise, plus grande et plus riche que Rome elle-même. C'est entre ces deux époques , celle de l'invasion samnite et la guerre sociale, qu'il faut placer l'âge le plus florissant de cette ville célèbre, celui de son plus complet développement. C'est à partir de ce moment qu'elle reçut, ù plusieurs reprises, des colonies romaines. Sylla, après la guerre contre Mithridate, y envoya ses vétérans; César suivit son exemple. Mous savons même par Suétone {inJul. Cwsar., § LXXXI) que, lorsque les Romains y envoyèrent de nouveaux colons pour remplacer les vétérans de Sylla, on commençait déjà à fouiller les tombeaux grecs pour en retirer des vases précieux, très-recherchés par les amateurs romains.
Sous le règne d'Auguste, qui la couvrit de monuments, Capoue comptait 3oo,ooo habitants; son amphithéâtre pouvait contenir 80,000 spectateurs, Cicéron parle de 40,000 gladiateurs; c'était toujours la ville des fêtes, ses festins étaient inondés de sang : l'orgie était devenue romaine.
longtemps Capoue se maintint ainsi , mais elle ne devait pas échapper à l'in-
vasion des barbares; dévastée d'abord par les Vandales, en 455, elle fut, après une courte renaissance, incendiée de nouveau et entièrement détruite par les Sarrasins, en 8'|0. Ce dernier désastre fut complet, elle ne devait plus se relever. Après que l'amphithéâtre eut été réduit à l'état de forteresse par les Longobards, ce sol maudit fut abandonné et la ville moderne fondée plus loin.
Cette excursion dans le passé de Capoue était nécessaire pour expliquer les alluvions dont se compose le sol, et pour nous servir à préjuger, chose grave, l'âge des monuments qu'on y trouve.
Le champ où se font les fouilles est compris dans l'enceinte même de la ville antique. Il appartient au chapitre de Saint- Erasme, principale église du village, qui le loue et partage, dans une certaine proportion, le résultat des découvertes qu'on y fait. Il faut enlever le terrain dans une profondeur de trois mètres, avant d'arriver à celui où se trouve l'or. I>e plan vertical qui résulte de ce travail est colorié comme celui d'une carte géologique.
H se compose uniformément :
i° D'une couche de terre végétale noire, de dix-huit pouces d'épaisseur ;
a0 De terres rapportées sur une profondeur de deux pieds, où l'on rencontre, mélangés, des débris de plusieurs époques ;
'3e D'un lit de scories de fer qui n'a pas moins de dix-huit pouces, dans lequel on a trouvé des médailles grecques de Capoue et de INaples et quelques rares fragments d'or;
4° De trois pieds de terrains rapportés, semblables à celui qui précède le lit de scories de fer et où l'on rencontre des ossements humains et aussi ceux de quelques grands animaux, des crânes de bœufs, par exemple (hucranes) ;
5° Enfin la terre de l'or; une couche de terreau noir dont l'épaisseur varie de douze à dix- huit pouces et qui se trouve comme on voit à huit ou neuf pieds au-dessous du sol moderne.
Peut-être avons-nous là en raccourci tout ce que peut laisser sur l'écorcc du globe une des plus grandes villes de l'antiquité, illustre et florissante pendant des siècles, incendiée et renversée de fond en comble à plusieurs reprises.
Le sol sur lequel se trouve le terreau noir faisait.il partie d'une nécropole? Cela ne semble pas douteux, bien qu'il soit compris dans le périmètre de la ville, re qui n'est point l'ordinaire des nécropoles. Ou bien n'était-il qu'un lieu particulier, spécial, où se faisait l'incinération des corps? Il y aurait à cela de fortes objections : d'abord, les bijoux d'or que l'on y trouve, très-légers pour la plupart, ne présentent aucune trace de déformation par le feu; on y rencontre même des vases peints non brtî/c's, de la plus belle époque et d'une parfaite conservation ; un superbe rhyton, une tète de bélier, qui a fait partie de la collection Louis Fould et qui est aujourd'hui dans celle de M. le vicomte de Janzé, a été trouvé dans cette couche de terreau noir. Elle a aussi fourni
l.E CABINET DE L'AMATEUR. 215 •le beaux vases de verre colorés et chevronnés, un grand et beau guttus entre autres, qui fait partie de la collection de M. Julien Greau de Troycs; et beaucoup de colliers de même matière qui n'auraient que difficilement résisté à un feu violent. Ensuite le charbon qui devrait nécessairement se trouver mêlé à ce résidu, échappe, je crois, à la décomposition , et on n'en a jamais trouvé trace.
Le secours que nous pourrions tirer du mode de sépulture des anciens, pour assigner une date probable aux objets trouvés dans les nécroixiles , est trèsincertain. L'incinération et l'inhumation ont été indifféremment pratiquées à toutes les époques par les Grecs et les Romains.
Le chanoine Andréa de Jorio, qui a écrit un traité sur Y -irl de découvrir et de fouiller les sépultures des anciens, n'a rien pu conclure à cet égard. Il calcule qu'il y avait chez les Grecs dix inhumations pour une incinération, tandis que c'est le contraire chez les Romains, où l'usage de brûler les corps était général.
« L'usage de brûler les morts, dit Pline, livre Ml, ebap. i.v, n'est pas de première institution chez les Romains; ils les enterraient jadis ; mais, quand on vit que ceux qui avaient péri dans les guerres lointaines étaient déterrés, on adopta la coutume de brûler les corps, ce qui n'empêcha pas que beaucoup de familles conservèrent les rites anciens : ainsi, dans la famille Cornélia, on rapporte que personne ne fut brûlé avant le dictateur Sylla : il voulut l'être de peur du talion, car il avait fait déterrer le cadavre de C. Marius. »
Pline est ici d'accord avec Cicéron et avec ce que dit Plutarque dans sa vie de IN uma.
La fouille se fait avec précaution, suivant la couebe de terre que l'on traverse et la nature des objets que l'on espère y rencontrer. Le découvert, qui n'est que de huit à dix mètres superficiels chaque fois, est poussé jusqu'au fond avant d'en recommencer un autre. I n des intéressés est toujours présent, assis sur une chaise, surveillant avec attention un travailleur unique, aidé de deux ou trois enfants qui portent les terres. Les prêtres, qui louent le terrain et partagent une partie du produit îles fouilles, ont également le droit d'avoir un surveillant à eux, payé par les excavateurs; mais celui-là, d'ordinaire, gagne facilement son argent, et prend un soin tout particulier d'être absent chaque fois que l'on découvre quelque objet important.
Quand on est arrivé à la dernière couche, la terre est passée au crible ; nous avons dit qu'on y trouvait quelques vases peints et des verroteries; on y rencontre aussi, mais très- rarement, des pierres gravées, des é niera udes.
Les bijoux d'or, nous les connaissons maintenant : bagues, pendants d'oreilles, couronnes funéraires et colliers ; une partie de ceux qui composaient la collection Campana, et que l'on admire aujourd'hui au musée Napoléon III, proviennent des fouilles de Sainte-Marie de Capoue; les ors antiques de la collection Fould en venaient également, beaucoup d'autres sont passés en
Angleterre, les plus importants sont entrés au musée de Naples. Rien n'égale la finesse de quelques pendants d'oreilles et l'heureuse disposition des colliers. Sont-ils grecs, sont-ils étrusques? C'est une question qu'on ne saurait résoudre d'une façon absolue. Nous savons qu'à Athènes même on recherchait les ors fabriqués en Étrurie; ils pouvaient donc être communs dans la Campanie, qui était voisine, et beaucoup d'objets similaires à ceux que l'on découvre ici ont été trouvés dans les fouilles de Pérouse et de Chiusi.
Nous considérons comme étrusques les bijoux semblables à ceux que nous reproduisons plus haut , dont les parties unies et les fonds sont couverts, avec un art infini qui dépasse de beaucoup l'habileté des orfèvres modernes, de petits grains d'or imperceptibles, tousd'égale grosseur, semés avec une régularité merveilleuse, et qu'il faut regarder à la loupe pour les bien voir ; les autres, les bijoux figurés, ceux ornés de têtes de lion par exemple, doivent avoir été fabriqués dans les pays grecs.
Pour nous résumer, ou plutôt pour résumer par un chiffre les fouilles de Sainte-Marie de Capoue, nous pouvons ajouter qu'elles ont produit, suivant le rapport des entrepreneurs, dans les quatre premières années, trente-six onces d'or, sans compter quelques vases peints et beaucoup d'objets de verre. Comme ces fouilles durent depuis dix ans, on peut estimer sans exagération qu'elles ont plus que doublé aujourd'hui ce que nous connaissons en Europe de bijoux antiques d'or.
Dimanche un feu prompt et mutin , Sur les neuf heures du matin , Se prit à la maison Royale Dans cette galerie, ou sale, Où l'on prétendoit (à peu près) Danser ballet dix jours après; Et telle fut sa violence Que malgré toute diligence Pour détourner l'embrazemenr.
Ce magnifique bâtiment Qu'on nommoit sale des Peintures Devint d'effroyables mazures.
Ainsi s'exprime Loret dans la Muze historique du 1 2 février. Voici la version de Brienne, qui est moins connue :
« Il faisoit préparer (le cardinal Mazarin), dans la Galerie des portraits des rois, un superbe ballet, dont la décoration devoit être de colonnes de brocatelle d'or, à fond vert et rouge , découpée à Milan , quand le feu prit par hasard, ou si l'on veut par l'ordre du ciel qui n'approuvoit pas ces folles dépenses, dans cette magnifique décoration, gagna de là les portraits des rois , tous de la main de Janet ou de Porbus, et consomma en peu d'heures le dessus de la galerie, dont le plafond étoit peint par Fréminet, et représentoit la défaite des Titans par Jupiter. Sans les soins et le courage d'un frère augustin du grand couvent, qui se signala dans cet incendie, tout le Louvre eût couru risque d'être brûlé; une fourche à la main, ce moine intrépide, attaché par le milieu du corps avec une grosse chaîne de fer et suspendu en l'air tout au milieu des (lamines, poussoit , détachoit avec force , et précipitent jusqu'en bas les poutres et les solives brûlantes. On eût cru que le feu l'alloit dévorer, lorsque tout à coup on le voyoit sortir de ces brasiers ardents, comme les trois jeunes Hébreux sortirent de la fournaise de Babylone. Je ne sais pas quelle récompense reçut ce digne religieux, mais je sais bien que, s'il n'eût été apothicaire de son métier et simple frère lai, son dévouement méritoit au moins un évèché ou quelque autre riche prélature.
« Je m'étois couché fort tard la nuit précédente, et je dormois encore sur les sept heures du matin, quand la Souche, mon maître d'hôtel, vint me réveiller en sursaut, et m'apprit que le Louvre étoit en feu. Je me levai à l'instant et m'habillai en un tour de main ; puis, me jetant dans un bateau pour être plus tôt au logis du roi, je traversai la Seine, et, passant au milieu des gardes qui étoient déjà en bataille autour du Louvre, je courus à l'appartement du cardinal. Je le rencontrai comme il sortoit de sa chambre, soutenu sous le bras par son capitaine des gardes. »
Mazarin, déjà fort malade, mourut un mois après cet accident, qui fut regardé comme un pronostic de sa fin. Il paraît que beaucoup de peintures furent
sauvées : Loret, dans son récit de l'incendie, fait honneur à Henri de Gissey, dessinateur ordinaire des ballets du roi, d'avoir donné le conseil d'enlever les portraits quinze jours auparavant; il est probable que Gissey en fit déplacer un certain nombre pour faire place à la décoration imaginée par le cardinal Mazarin, qui ne laissait à personne, quoique mourant, la direction de ces sortes de spectacles. Les artistes clu logis du roi ne furent pas les derniers à voler au secours des œuvres d'art dévorées par l'incendie; on a relevé dans les comptes des bâtiments du roi, de l'année 1GG8, l'allocation d'une somme de i,5oo livres payées à la veuve du peintre Demoustier, en considération de ce qu'il avait sauvé de l'incendie de la galerie les portraits des rois. I>es sauveurs sont toujours nombreux après l'événement. Mais, de tous ces portraits arrachés aux flammes, nous ne connaissons aujourd'hui que celui de Marie de Médicis, par Fr. Porbus, cité par Sauvai, maintenant au Louvre, qui puisse être préjugé avoir fait partie de la Galerie des rois, tant une sorte de fatalité malheureuse semble avoir pesé sur les productions des peintres français du seizième siècle.
Ici se termine la première période de l'histoire de la Petite Galerie du Louvre, témoin des fêtes de la cour de Henri IV et de Louis XIII, des spectacles et des ballets de la régence d'Anne d'iVutriche et de la jeunesse de Louis XIV.
Nous ne voulons nullement, à propos de la galerie d'Apollon , refaire l'histoire du règne de Louis XIV; au contraire nous voulons être bref, mais qu'il nous soit permis de remarquer, en passant, qu'il fut admirablement servi par les circonstances. Le roi était le plus jeune des hommes qui devaient illustrer son siècle. Perrault, Lebrun, Colbert, Bossuet, Molière, la Fontaine, Turenne et Coudé (1), pour n'en pas nommer d'autres, étaient dans toute la maturité de l'âge et du génie à la mort du cardinal Mazariu, lorsque le jeune souverain de vingt-trois ans commença à régner véritablement : ses instincts de grandeur et de magnificence n'eurent qu'à se manifester pour trouver autour de lui des intelligences préparées à le seconder.
Il ne restait de la galerie que les murailles, encore étaient-elles fortement endommagées par le feu. Lebrun fut chargé de consolider le tout, et d'inaugurer dans la décoration intérieure une magnificence nouvelle.
Son plan, rapidement conçu, fut immédiatement adopté. 11 imagina , sans beaucoup d'efforts et sans jeu de mots , de consacrer la galerie nouvelle au dieu du jour, au jeune et rayonnant Phébus-Apollon, vainqueur de Python et conducteur des Muses, sujet aussi facile à traiter pour l'artiste qu'il était flat-
Lirai* XIV e»l né vu. .
La Fontaine est né en . .
Turenne