‹ Le Cabinet de l'amateurChapitre 44 sur 151 · c Brun · texte numérisé non relu

c Brun

Boileau-Dei

Coudé

Racine

teur pour leYoi. Nous venons de voir Jupiter sous les traits de Henri IV ; les artistes sont toujours les mêmes.

Louis XIV parait ne s'être jamais lassé de l'encens brûlé devant lui sous toutes les formes. Il avait a peine vingt ans, qu'on le comparait déjà au Soleil; mais ici la flatterie des artistes eut le pas sur celle des poètes et des savants, et l'exorbitante devise : XLC PLURIRl'S IMl'AU , « astre suffisant pour plusieurs mondes , » sur laquelle le bon père Menestrier écrivît un volume in-4°, ne fut trouvée qu'en 1G66.

Après quelques essais préliminaires, dont il nous est resté des croquis, Charles Lebrun s'arrêta à une division du berceau de la voûte en onze cartouches principaux; dans celui <lu milieu, plus développé que les autres, Apollon devait être représenté sur son cbar, entouré de tous les attributs du Soleil, et les quatre compartiments les plus voisins devaient être occupés par les quatre Saisons. Deux ovales ensuite étaient destinés à la personnification du Matin et du Soir, et deux octogones à celles de l'Aurore et de la [Nuit. Les voûtes en culde-four des deux extrémités devaient être occupées, l'une par le Réveil des eaux, ou triomphe d'Amphitrite, l'autre par le Réveil de la terre aux plumiers rayons du soleil. Ces sortes de compositions, faciles sans être banales (la banalité n'est que dans l'exécution), plaisaient surtout à Lebrun; s'il lui avait fallu d'autres sujets, l'Air et le Feu se seraient présentés tout naturellement; pourquoi tant chercher lorsque l'on a beaucoup à faire?

Mais c'est dans le dessin des sculptures qui ornent , divisent, soutiennent et entourent ces cartouches , dans la composition de la frise et de la corniche, dans la disposition des figures assises sur l'attique, dans la décoration des panneaux, qu'il faut surtout admirer la souplesse de son génie, nourri sans pesanteur, riche sans cesser d'être élégant. Rien mieux inspiré dans ce premier travail que dans la grande galerie de Versailles, et sobre comparativement, le dessin de la galerie du Louvre est une merveille.

Quatre sculpteurs déjà très-habiles furent choisis pour modeler, sur les des- " sins du maître, les figures principales de cette décoration: François Cîirardon, Gaspard et liait basa r de Marsy, et Thomas Reguauldin. Florent le Comte rapporte que : « Ixî roy, voulant que le gain ne fût pas le seul objet qui fit agir ces sçavans sculpteurs , y mit le point d'honneur de la partie , proposant encore une récompense à celui des quatre de qui les ouvrages lui plairoient davantage. » Ce prix, qui était de trois cents louis, ce fut (iirardon qui l'obtint , et il le méritait, s'il devait être donné à celui qui saurait le mieux s'incarner dans l'esprit des dessins de Lebrun, et se montrer obéissant à cette sculpture facile, vue en peintre, éminemment décorative sans doute , mais détestable partout ailleurs.

Il serait difficile aujourd'hui de discerner la part qui revient à chacun de ces artistes dans l'exécution des stucs de la galerie d'Apollon, si un élève de Lebrun,

Saint-André (i), qui l'a publiée en quarante-quatre estampes, n'avait pris soin de noter sur ses planches, au-dessous de chaque figure, le nom de l'artiste qui l'avait modelée.

On doit à Thomas Regnauldin le trophée placé sur la corniche entre les deux premières croisées qui sont en face de la porte du salon; et, en suivant le même côté , toute la sculpture comprise jusqu'au jeune satyre qui joue avec le bélier, emblème d'un signe du zodiaque.

Balthasur deMarsy a exécuté la sculpture du reste de cette façade et de l'autre coté, les ornements du cadre du milieu : la dernière figure ù droite est un jeune satyre qui témoigne son effroi à la vue d'une écrevisse; et à gauche un jeune satyre qui tient une balance.

Gaspard de Marsy fit toute la sculpture placée à la gauche du jeune satyre à l'écrevisse; en outre, la Renommée assise sur l'attique de la corniche de la façade qui touche à la salle ronde.

Enfin on doit à Girardon toute la sculpture qui règne sur le reste de la façade opposée aux croisées , et le Fleuve assis sur la corniche au-dessus de la grande croisée ouverte sur le quai.

Beaucoup d'autres artistes furent employés à ce grand travail. Vers 1666, les sculpteurs avaient terminé leur tâche; ce fut le tour du doreur Paul Gougeon dit /a Baronnière, des peintres d'ornements Jacques Gervaise, Léonard Gontier, les frères le Moine, Delare, Ballin, et du célèbre peintre de fleurs Baptiste Monnoyer.

Au début , dans la première ardeur du projet , rien ne fut épargné pour ajouter à la magnificence de l'œuvre de Le Brun. On commanda au sieur Lourdet (2), maître de la fabrique de la Savonnerie, un immense tapis façon de Tutffuie , qui devait couvrir le sol de la galerie. Deux meubles, deux cabinets, comme on disait alors, furent demandés à un artiste italien établi à Paris, Domenico Cucci. Dédiés à Apollon et à Diane, ils devaient aussi représenter les temples de la Gloire et de la Vertu, allusion au roi et à la reine (3).

(1) Ce recueil est intitulé : la Petite G«llerie du Loutre, du destin de feu M. Le Brun , premier peintre de Sa Majesté, dédié au Roy. Dessinée et gravée par S. A. 1695. Se vend à Paru, au Loutre et rue Saint-Jacques.

(2) Simon Lourde I, élève de Pierre Dupont, et son associé lor» de la fondation de la manufacture de tapis de la Savonnerie en 1026, fut bientôt seul directeur de cet établissement. On lit dans le» comptes de dépenses des bâtiments 3 juin 1685. .

« A la veuve Lourdel, tapissier, 2,594 '• 16 • 3 * pour solde de compte des lapis qu'elle a livrés pour la grande galerie du Louvre depuis l'année 1664 jusqu'au 5 novembre 1683 montant à 274,037 fr. 6 s. 3 d., cy 2,594 fr. 16 ». 3 d. -

Le tapis de la Galerie d'Apollon se composait de treize tapis de couleur et de compositions variées.

(3) Nous rapporterons ici, à proposde» cabinets d'ébene dont Le Brun avait donné les dessins, un extrait du J/rreure de France (février 1690), qui peint bien, pour ce qui nous intéresse, l'étendue de son génie et son influence sur tout ce qui s'est fait en France sous sa dictature artistique plus absolue encore que la royauté de Louis XIV:

• On ne doit pas le regarder en cette occasion comme peintre seulement , il avoit un génie vaste et propre i tout ; il étoit inventif, il savoit beaucoup, et, son goùlétant général ainsi que son savoir, il .tailloit en une heure de temps de la besogne à un nombre infini de différents ou* vriers. Il donuoit des dessins à tous les sculpteurs du roy : tous les orfèvres en recevoient de lui. Ces candélabre», ces torchères , ce» lustres et grands bassins ornés de bai-reliefs qui représeutoient l'histoire du roy, n'estoicut que sur ses dessins et sur des modèles qu'il en faisoit faire.

LE CAHINET DE L'AMATEUU.

D'après Y Extrait des registre* tics bâtiments du mi, publié par M. de Chenevière, t'es meubles, pour lesquels sont ordonnancées des sommes considérables (5/|,ooo livres), ne pouvaient être que très-riches, et il est singulier que nous ne sachions pas ce qu'ils sont devenus. Un ébéniste nommé (solle travaillait de compagnie avec Cucei ou sous sa direction. André-Charles Boulle n'était |>as encore célèbre. Ces monuments d'ébène , inscrustés d'ivoire , de lapis et de jaspe, peuplés de figurines et de bas-reliefs d'or émaillé, devaient probablement, suivant l'usage italien introduit par Mazariu, prendre place au milieu de la galerie. Les comptes écrivent le nom de l'ébéniste italien Cucei ou Cuncey, c'est peut-être (iuzzi qu'il fallait dire. Domenico nous parait être le fils ou tout au moins un descendant du célèbre ébéniste milanais (ïiuseppe Cuzzi , qui fit pour l'empereur Rodolphe, dans les dernières années du xvie siècle, un grand cabinet d'étude \scrittorio), d'ébène et d'ivoire, rempli de compartiments et de tiroirs secrets , et tout incrusté de pierres dures gravées par les frères Misseroni de Milan (i).

Mais d'autres desseins traversèrent bientôt les projets formés pour la galerie d'Apollon. L'activité du grand roi se renferma dans Versailles. Elle servit eu quelque sorte de prélude à des travaux plus vastes, plus magnifiques peutêtre, mais à qui elle n'a rien à envier sous le rapport du goût.

Au moment où Le Brun reportait tous ses soins sur Versailles, la dorure, les boiseries et les stucs de la galerie d'Apollon étaient entièrement terminés. Il ne manquait à l'ornementation que quelques camaïeux; mais les peintures de la voûte étaient loin d'être aussi avancées. Le Brun n'avait encore exécuté que la voûte en cul-de-four, où est le Réveil «les eaux, qui fut peinte sur l'enduit de plâtre; les deux cartouches octogones et l'ovale représentant 1' -Ut-

il iluuuoit tu lui nie temps des ilcssiu» pour tendre dis ehrfs-d'um rv duut il» m |>ouvoieiit »e lasser d'admirer

appartemeus entier». Pendant que tant doux rien ira- la beauté... Ijt réputation de Le Brun augmentant de jour

vailloicut sur ses déteint, il y eu avuit une inimité qui eu jour, tant en Franre que parmi le* étranger», (e ru»

n'estaient occupé» que pur ceux qu'il n»ait donnés pour lui envoya son portrait entouré de diamant», dont il y en

des tapisserie»: il a l'ait ceux de la bataille et du triomplie a un d'un fort grand prix, et Iny donna peu de ttuip»

de Constantin, ceux de l'histoire du ro\ et de celle d'A- après des lettres de noblesse et de» armes qui sont nu v>-

lexandre, di s maisons royale*, des saisons, des élément», leil en rhaup d'argent et une fleur de lys en rliamp d'à-

et plusieurs autre». Knliii ou peut dire qu'il fuisoil tous /ur, avee un timbre de face. »

les jour* remuer des milliers de bras et que son génie (I) Uonicnico Cricri parait avoir joint à son talctit d'é-

esloit universel... Quoique je vous aye nuinnié beaucoup héuisle celui de ciseler le fer; c'est du moins ce qui nous

de ses ouvrages, j'ai oublié de vous parler de ce* grands parait résulter d'un passage du Mrrrurr gâtant de l'an-

el superbes cabinets qui se fai«)ient aux Gobrlius sur se» née 1013, où il est question de lui et qui s'exprime

dessins et sous sa conduite; il sembloil que tous le» arts y ainsi : « Il travaille aussi aux fermeture» des porte» et des

eussent mis chacun leur luorreau. On en a vu Itraiicoop fenêtres des maisons royales... Il eu a fait pour Versailles

dans la galerie des Tuileries et, entre autre?, le cabinet qui passent pour des chefs-d'o-uvi r. Il est en Kraitee de-

d'Apollon, car tous ces rubiuet» out leur nom et sont bis- puis quinte ans. v .Nous voyou» cffecti»eroeiil Uouicuico

tories. Knliu M. I.e Itruu esloit si universel que tous le» Cricri assister r.uiime expert, eu l«(il, à l'inventaire de*

arts travailloicul sous lui et qu'il duunoit jusque* aux meubles du cardinal Mazarin.

dessin* de serrurerie; j'en pui» rendre témoignage, puis- (inllc «-si un autre éliéuiste fameux. I.e ranimai Ma*

que j'ai vu regarder, par de très-habiles étranger», le» /arin lègue au roi dans «m testament deux caiunels d e-

se rimes et les verrous de portes et de fenêtre» de Ver- brue qui se trouvaient encore entre 1rs main» de Golle saille» et de la galerie d'Apollou au l^juvre comme des a la mort du célèbre miuislre.

rore avaient été peints dans son atelier par ses élèves, sous sa direction.

Comme toutes les choses abandonnées, la galerie d'Apollon fut rapidement envahie par la destruction. D'abord, pendant près d'un demi-siècle, il n'en est plus du tout question. Au xvm' siècle, on y plaça tour à tour les batailles de Le Brun, une partie des tableaux du cabinet du roi, des plâtres d'après l'antique, que venaient dessiner les élèves de l'Académie. Enfin on y éleva des séparations; elle devint l'atelier de Vanloo, et servit de refuge, comme le reste du Louvre, aux artistes que ne pouvait plus contenir l'entre-sol de la grande galerie, et qui s'abattirent sur le Louvre, comme un essaim d'abeilles, pour s'y construire des alvéoles : sorte de phalanstère d'où s'échappaient en foule les gracieuses compositions qui inondaient le siècle.

En 1764, le marquis de Marigny, directeur général des bâtiments, pensa à mettre un terme aux dégradations. Il accorda l'usage de la galerie à l'Acadé- * mie de peinture, à condition qu'elle terminerait la décoration de la voûte. Pour remplir cette obligation, elle choisissait, parmi ceux des agréés qui voulaient se faire recevoir académiciens , les artistes propres à continuer l'oeuvre de Le Brun, et leur demandait, pour morceau de réception, une composition dont plie désignait les dimensions.

C'est ainsi que furent exécutées, à des époques diverses , les quatre Saisons qui entourent le cartouche principal :

L'Automne, par Hugues Tara val, en 1769;

L'Eté, par Durameau, en 1 774;

L'Hiver, par J.-J. Lagrenée le jeune, en 1775-,

Le Printemps, par Ant.-François Callet, en 1780;

Et enfin I'Étoile dîi matin , sous la figure de Castor , qui occupe l'un des ovales, peints par Renou, en 1781.

Vers la fin du xvm* siècle, voici à peu près quel était l'aspect de la galerie. l<es batailles de Le Brun avaient envahi, pour la troisième fois, ses parois brillantes encore, mais bien dégradées , que quelques tableaux du roi achevaient de recouvrir. Un portrait équestre de Louis XIV, par Mignard, était placé audessus de la porte où est aujourd'hui la belle grille du château de Maisons ; audessus de celle qui conduit au salon carré, était un autre portrait en pied du même roi, par Rigaud; quelques plâtres moulés sur l'antique, dispersés ça et là , une quantité de tableaux et de marbres, morceaux de réception des académiciens vivants, placés sur des chevalets, occupaient le reste. Les stucs de la voûte continuaient à se dégrader; des gravois oubliés par les couvreurs firent un jour céder sous leur poids la lunette octogone du midi, où était représentée l'Xurore sur son char, qui fut complètement détruite.

En 1793, lorsque tous les tableaux de la nation eurent été placés dans la grande galerie, l'administration du Muséum pensa utiliser la galerie d'Apollon pour une exposition des dessins d'anciens maîtres, qui devaient être renouvelés

tous les six mois ; idée excellente pour l'étude et pour la conservation des dessins, car rien n'est plus fatigant pour nous et pour eux qu'une exposition perpétuellement la même. Les divers catalogues, ils sont au nombre de six, qui ont été publiés de l'an V ( 1 797) à l'année 1 8ao, présentent un tableau très-fidèle de ces expositions, dont il est curieux de suivre la marche- Dans le catalogue de l'an V, rien ne vient se mêler aux dessins , si ce n'est la collection des émaux de Petitot, quelques bustes d'artistes, deux pièces d'orfévrerie, et le beau vase antique de marbre, dit deSosiùus. Le cordon supérieur de la galerie était occupé par les grands cartons de Jules Romain , de Pellegrino Tibaldi, du Dominiquin et de Mignard; les dessins sont placés plus bas.

Dans le catalogue de l'an X, figurent les belles tables en mosaïque florentine du palais Pitti, et un certain nombre de vases grecs peints. Les dessins sont renouvelés en partie.

Dans celui de 181 1, quelques émaux de Limoges, des bas-reliefs d'ivoire de François Flamand et de Van Opstal, et quatre bustes de bronze remplacent les vases grecs.

Dans le catalogue de 181 5, les deux esclaves de Michel- Ange Buonarroti sont ajoutés à l'exposition , et les tables du palais, qui nous sont reprises par les alliés, disparaissent dans celui de 1817, ou elles sont remplacées par des faïences de Bernard Palissy.

Enfin le catalogue de 1820 continue une description raisonnée des dessins et des notices biographiques , qui rendent le volume beaucoup plus gros , sans augmenter le nombre des objets exposés.

En 1826, il devint tout à fait urgent de procéder à une consolidation générale de la construction; les murs fléchissaient, perdaient leur aplomb, et les stucs continuaient à se détacher de la voûte. On dit même que Louis XVI II faillit être assommé par un fragment régicide qui se détacha du plafond, un jour qu'il traversait la galerie dans son fauteuil roulant , pour aller ouvrir la session parlementaire. Elle fut donc remise entre les mains de M. Fontaine, architecte du Louvre, et garnie à l'intérieur d'un inextricable réseau de charpentes, dont la solidité, hélas! n'avait rien de provisoire, et dans lequel on avait ménagé un couloir qui servait de communication entre le Louvre et le grand salon carré. Cette liideuse charpente est, en effet, restée en place jusqu'en 1849, pendant plus de vingt-deux ans, à la grande honte de la France, sans que les réclamations incessantes du public aient jamais ému nos gouvernants d'alors. Les pouvoirs ont parfois de ces longanimités superbes , de ces résistances héroïques contre les criailleries des prétendus gens de goût, qui servent honnêtement à les glorifier dans l'histoire.

Sur le rapport d'une commission où figuraient MM. Albert de Luynes, Thiers, Hauréau, Renouvier, Ferdinand de Lasteyrie, etc., etc., l'Assemblée nationale décréta, en décembre 1848, la restauration delà galerie d'Apollon.

« l-i galerie d'Apollon, disait le rapport de M. Ferdinand de Lasteyrie, est incontestablement, par le luxe et la beauté de sa décoration, l une des parties les plus intéressantes du palais du Louvre. Les nombreux étais, les échafaudages qui, depuis plus de vingt-cinq ans, la préservent à peine d'une ruine imminente, dérobent à l'admiration publique les remarquables peintures, la riche ornementation de ses voûtes et l'élégante décoration de ses lambris. Tous les amis des arts demandent avec instance sa complète restauration, qui, en rendant à cette partie du Louvre sa splendeur première, aurait, en outre, l'avantage de rétablir une très-utile communication entre les diverses parties de notre grand musée national.... Quel autre monument consacré aux arts pourrait présenter un développement comparable à cette ligne non interrompue qui s'étendra depuis le pavillon des Tuileries jusqu'à la colonnade du Ixmvre? La seule lacune aujourd'hui existante se trouverait comblée par la restauration de la galerie d'Apollon. Mais il ne faut pas se le dissimuler, cette restauration entraîne des travaux fort coûteux et de la nature la plus délicate.

o Obligé de reprendre en sous-œuvre de gros murs bâtis sur pilotis, dans un terrain souvent inondé , l'architecte rencontrera des difficultés encore plus sérieuses à l'intérieur, où la nécessité de refaire la plus grande partie des voûtes l'obligera à en détacher avec soin les précieuses peintures et les ornements sculptés dont elles sont ornées. Ces opérations sont peut-être les plus difficiles qu'un architecte puisse avoir à accomplir; mais le choix de l'artiste à qui elles sont confiées est le plus sûr garant de leur réussite. La partie qui menace ruine au-dchors est celle qui forme l'angle du quai et du jardin de l'Infante; de ce dernier côté, trois travées sont presque entièrement à reconstruire. La commission a pensé que cette reconstruction devait être faite, non pas dans le style bâtard des travées aujourd'hui existantes, mais bien dans le style primitif, que de précédentes restaurations avaient complètement altéré et qu'on retrouve encore intact dans les parties contiguès de cette façade. >»

line somme de 1,066,000 francs fut affectée à ce travail, et, le 5 juin i85r, la deuxième République française livrait au public , après une attente de deux siècles, la galerie d'Apollon, plus brillante que jamais, complète enfin dans l'ensemble de sa décoration.

On vient de voir les difficultés de toute nature qui se présentaient à M. Duban, l'architecte chargé de cette restauration. Outre le tassement de ld partie faisant angle avec le quai , le mur de la façade, ébranlé par l'incendie de 1661, mal raffermi par Le Brun, sillonné de lézardes et hors d'aplomb, avait vu disparaître ses frontons et une foule de détails qui caractérisaient l'architecture du règne de Henri IV.

A l'intérieur, la question se présentait plus délicate encore.

11 fallait , pour refaire la charpente de la voûte et du toit, enlever par fragments, étiqueter et mettre à part avec soin toutes les parties de cette vaste décoration intérieure, boiseries, peintures et sculptures, de manière qu'elles pussent reprendre leur place entre ces murs reconstruits et sous un comble refait à neuf.

Pour l'extérieur, aidé par d'anciennes gravures de Marot, M. Duban put retrouver l'effet d'ensemble et une partie des détails que le monument présentait sous Henri IV. Le fronton supprimé par Le Brun a été rétabli, ainsi que les lucarnes nécessaires pour l'aération des combles. On a retrouvé et dégagé la base du monument lui-même, partie si nécessaire et qui manque à l'ensemble de toutes les constructions modernes. Lu habile sculpteur, M. Cavelier, fut chargé de la Renommée assise entre deux Termes qui ornait le fronton, et dont le souvenir avait été conservé par les gravures. Les grandes fenêtres de la façade sur le quai ont été décorées de nouveau avec beaucoup de richesse et de grâce, celle du rez-de-chaussée particulièrement, dont on connaît la triste célébrité.

A l'intérieur, tout a été religieusement remis en place; ou a rattaché à la charcute nouvelle les innombrables fragments de stuc , on les a consolidés et redorés avec soin , et rien ne manquerait à ce beau travail si on avait pu éviter de couvrir les sculptures d'une couche de couleur blanche qui leur fait perdre une partie de la finesse qui est particulière aux ouvrages en stuc; les peintures ont été restaurées également. Parmi les douze médaillons peints en camaïeux placés entre les grands cartouches de la voûte, quatre, qui n'avaient jamais été peints, ont été exécutés par M. A ruant, de façon à faire illusion si on les compare avec les autres.

Ijes cinq fausses portes, ou plutôt les cinq profondités que Le Brun voulait peut-être orner de glaces (elles étaient alors rares et à la mode), ont été décorées de peintures par M. Kouquet, quia retrouvé dans l'œuvre de Charmetton tous les éléments d'une composition en harmonie parfaite avec le reste.

La partie la moins heureuse de tout ce travail, c'est la suite de portraits en tapisseries des Crobelins, «l'un style déclamatoire, qui occupe les panneaux placés entre chaque ouverture. La tapisserie est excellente dans les décorations intérieures, parce qu'elle n'a pas de reflets comme la peinture; mais on devrait toujours laisser supposer quelque chose de transitoire dans la manière dont elle est employée, fous ces portraits représentent les artistes qui ont concouru, à des titres divers, à l'exécution du Louvre et des Tuileries; tous bien étonnés sans doute de se voir en de si beaux habits, et, flatterie rétrospective, logés en si bon lieu , car ils savent trop bien que les palais qu'ils élèvent ne sont nullement destinés à leur usage.

Il nous reste à parler des grandes peintures qui ornent la voûte, réparties dans les neuf grands compartiments et dans les voussures des deux

extrémités. On n'a rien change au programme de U Brun : le Triomphe de Phébus-Apollon régnant sur la terre et sur l'onde, entouré des différentes phases de sa course diurne, l'Aurore, le Matin, le Crépuscule et la Nuit, et Hes diverses époques de sa révolution annuelle, c'est-à-dire les Saisons.

Voici l'ordre des sujets à partir de la fenêtre du l>ord de l'eau.

Dans la voussure de cette ouverture est représenté le triomphe d'Amphitrite ou Réveil des Eaux, c'est-à-dire la mer étalant ses trésors aux regards du dieu du Jour. Cette peinture, entièrement de la main de Le Brun , a toujours passé pour un des plus brillants ouvrages de ce génie facile, dont les idées, à défaut de véritable grandeur, ne manquaient jamais d'une certaine majesté. Desportes, son historien, disait que c'était son triomphe à lui-même. Il en reste peu de chose aujourd'hui; peinte sur un enduit de plâtre qui n'a pas résisté au temps, des épisodes entiers ont disparu, et elle n'a rien gardé de sa fraîcheur première.

Le premier octogone représente l'Aurore : c'est la composition détruite vers la fin du siècle dernier; elle a été peinte de nouveau par M. Ch.-L. Muller.

L'ovale qui vient après est connu sous le nom de Castor ou l'Étoile du Malin, peint par Renou (1781). Nous touchons aux compositions principales, le triomphe d'Apollon et les quatre Saisons qui l'entourent. Les deux premières, disposées parallèlement, sont : à droite, l'Automme, par Taraval ( 1 769 ; ; à gauche, l'Été, par Durameau ('"75); et plus loin, les deux autres dans le même ordre : le Printemps, par Callet < 1781), l'Hiver, par Lagrenée le Jeune («77^)- Ces peintures, qui ont la mollesse de style et la franchise d'exécution qui distinguent la peinture française de cette époque, font admirablement valoir l'œuvre éclatante et magistrale de .M. Eug. Delacroix, qui occupe le grand cartouche central.

\j> Brun eût probablement placé là quelque composition limpide faisant ressortir avec éclat la beauté du dieu du Jour (Louis XIV) ; il se fût peut-être inspiré, comme cela lui est arrivé plus d'une fois, d'une composition de Bubons, du bel Apollon de la galerie Médicis par exemple : le maître moderne est entré plus hardiment dans le symbolisme grec, qui ne s'éloigne en rien de la vérité physique. \je dieu du Jour, monté sur son char, a déjà percé de ses flèches les monstres hideux qui peuplaient la terre; 1rs eaux s'écoulent, les vapeurs impures se dissipent, les montagnes paraissent, 1rs continents se forment, et Minerve, Mercure et Yulcain s'élancent sur ses traces pour féconder un monde nouveau.

L'exécution du tableau de M. Eug. Delacroix a l'énergie, le désordre plein de grandeur et l'harmonie sereine du grand couvre qui s'accomplit.

En s'éloignant vers le fond, le deuxième ovale représente un vieillard : c'est le Soir, c'est Morphée répandant ses pavots. L'octogone qui suit est consacre'' à la Nuit, dernier épisode de l'histoire du Jour : la chaste sœur d'Apollon, Diane, parcourt son empire montée sur un char traîné par dos biches. Os deux peintures ont été exécutées dans l'atelier de Le Brun, sous sa direction.

Enfin, la voussure au-dessus de la porte d'entrée, qui termine la série dos compositions, représente le Réveil de la Terre aux premiers rayons du soleil ; elle a été peinte par M. Cuiehard, d'après un dessin ancien de I/» Brun ou de son école, retrouvé dans les collections du Louvre.

Pendant deux cents ans, on le voit par cette simple énumération, bien des sources d'inspiration, bien des aptitudes diverses ont concouru à décorer de peintures la galerie d'Apollon; et cependant toutes les parties de cette décoration se donnent la main, se tiennent par un côté : le caractère de l'école. Le génie delà race ne s'y dément nulle part; c'est le même sang qui coule dans la veine française depuis Le Brun jusqu'à M. F.ug. Delacroix. C'est par ce concours de circonstances que la galerie d'Apollon se rattache d'une façon toute particulière à l'histoire de l'art français, plus précieuse ainsi que si elle fût sortie toute armée du cerveau de Charles Le Brun.

C'était en vérité une belle idée, et digne des richesses artistiques que possède la France, que celle de former un Trésor de deux cents pieds de long, et de remplir la galerie d'\po!lon d'orfèvreries, de bijoux, de vases d'onyx et de cristal de -roche, d'ivoires, d'émaux, de bronzes, d'armes ciselées et damasquinées, de meubles magnifiques, de vases et de tables en marbres précieux. Cela est même possible; mais il faudrait, pour qu'un semblable projet réussit, que nos musées fussent moins nombreux, nos richesses moins dispersées : qui lésa, les garde. Il faudrait surtout y apporter beaucoup de temps, d'art et de goût. Placer un Trésor à côté du musée des Souverains, par exemple, est un non-sens : le trésor et le souverain, c'est tout un. S'il s'agit d'une salle des Gemmes, la galerie d'Apollon est trop grande, ses proportions et son éclairage aussi ne s'y prêtent pas. Les grossiers reliquaires du douzième siècle font une triste figure dans ce salon or et blanc : tout ce qui est écorné, cassé, commun, va mal en ce lieu, ou tout rit et brille; les objets trop petits s'y perdent : et pourquoi mettre un plat de terre de vingt francs, qui peut trouver sa place ailleurs, dans une vitrine qui en coûte mille ?

11 y avait cependant quelque chose à faire; la galerie d'Apollon ne pouvait rester ainsi sans une table et sans une banquette. Il nous semble qu'il aurait fallu chercher d'abord à modifier le caractère de passage qui nous choque.

La galerie est éclairée au levant par douze fenêtres, et une fausse porte en entrant à gauche occupe la place d'une treizième ouverture. A droite, treize portes, réelles ou simulées, répondent aux ouvertures de la façade sur le jardin : peut-être eût-il été facile de fermer la porte du fond, qui conduit au salon carré, et d'ouvrir deux des portes du milieu, qui conduiraient également au salon carré en traversant la salle aux vitrines d ehène, où étaient auparavant l'orfèvrerie et les vases de matières précieuses. Le parcours de la galerie serait ainsi

LE CABINET DE L'AMATEUR. 233 modifié, et le visiteur serait obligé de le faire deux fois dans sa partie la plus brillante, avant d'entrer dans la galerie des tableaux.

Les vases d'onyx, de cristal de rocbe et de lapis nous semblent aussi trèsmal placés sur l'espèce d'étalage , couvert de satin bleu d'un ton criard , qui occupe le milieu de la salle. La moitié seule reçoit une lumière convenable , leur équilibre n'est pas toujours parfait, et le moindre choc qui viendrait heurter les tables qui portent les vitrines les ferait tomber les uns sur les autres comme des capucins de carte, pensée qui nous fait trembler chaque fois que nous les regardons.

En ouvrant deux des cinq profondités du milieu, il en reste encore trois, et, de chaque côté, quatre portes qui ne servent à rien; en tout, de quoi faire onze armoires superbes, qui, garnies déglaces, peuvent devenir autant d'écrins où, disposés avec art sur des fonds plus favorables, les trésors inestimables du musée seraient placés à merveille pour la vue et à i'abri de tous dangers. Au Garde-Meuble, en 179», la collection, plus nombreuse qu'aujourd'hui, était disposée dans onze armoires. 11 resterait ensuite à décorer la galerie, suivant l'usage, avec quelques beaux groupes de bronze placés au milieu sur des piédestaux, avec les vases de porphyre perdus dans les salles des dessins; le grand vase en biscuit de Sèvres, monté en bronze par Thomire, y figurerait très-bien, ainsi que ces belles tables de mosaïque florentine dont n'a que faire le musée minéralogique du Jardin des plantes, et qui semblent créées et mises au monde pour la galerie d'Apollon, où il ne doit entrer que des choses brillantes, saines et précieuses. La verrerie, la céramique, les reliquaires du moyen âge, ont leur place ailleurs ; il ne doit entrer ici que des formes choisies, de l'or, des pierres fines et des matières précieuses. Le grand coffret de Frédéric Barberousse, qu'il contienne ou ne contienne plus le bras de saint Charlemagne , n'est pas à sa place dans ce milieu vivant et mondain où l'or et le diamant étincellent. Que ne met-on, à côté du sceptre, le coffre où a été enfermé le bras qui le portait?

Nous donnerons un coup d'oeil rapide sur les vitrines du nouveau musée ; un volume ne suffirait pas si nous devions nous y arrêter. A gauche, en entrant par la salle ronde, l'embrasure de chaque fenêtre est occupée par des vitrines plates dans lesquelles on a placé dans l'ordre suivant : des faïences hispanoarabes à reflets métalliques, quelques beaux spécimens des poteries de Bernard Palissy, des faïences italiennes à sujets mythologiques et autres. Une suite importante d'émaux d'époques et de pays divers, mais où dominent cependant les productions de l'industrie limousine, occupe les vitrines 5, 6, 7 et 8. On peut y suivre pas à pas la marche ascensionnelle de l'art, depuis les incrustations sur cuivre gallo-romaines jusqu'aux délicates peintures de Jean IVnicaud , en parcourant les divers procédés tour à tour en usage : le c/oi-

sonne (Cor qui se faisait à Constantinoplc ; le champ levé sur cuivre, qui caractérise surtout l'industrie limousine du moyen âge; les jolies peintures d'émail translucide sur argent ciselé, dites c'nimur de basse taille, exécutées un peu partout, mais plus particulièrement en Italie. Les deux vitrines suivantes nous ramènent aux faïences italiennes à dessins grotesques coloriés sur fond d'émail blanc, représentées par trois grands plats ovales superbes. Enfin , deux dernières vitrines contiennent des laques chinois et japonais d'un travail trèsdélicat, rapportés deSiam, dit-on, par l'abbé de Choisy, et qui formaient la collection de Marie-Antoinette.

I*s faïences de la collection du Louvre sont peu nombreuses, et, à part quelques pièces fort belles, l'ensemble manque de variété. Urbirio y domine; les vases y sont rares ; le roi des potiers italiens, le célèbre maestro Giorgio Andréoli de Gubbia, n'y brille que par son absence; Facnza, qui occupe le premier rang parmi les fabriques italiennes, et se distingue entre toutes par l'élégante naïveté de son dessin, n'v est point représentée.

La faïence italienne, ou pour mieux dire la céramique moderne, a sa placemarquée désormais dans toutes les grandes collections : les pièces d'un beau choix sont devenues rares et chères ; il est regrettable que les diverses administrations qui se sont succédé au musée du Ixnivre depuis vingt ans n'aient point apporté à cette partie de nos collections un soin pareil à celui qui a présidé au choix des émaux.

L'équilibre entre les différentes parties qui composent une grande collection est absolument nécessaire. Nous sommes très-loin fie" penser que les musées doivent tout absorber, mais ils doivent posséder de tout et de tout très-lieau ; il le faut à tout prix, si l'on veut former l'éducation, développer le goût, et prêcher d'exemple une certaine industrie qui est avec la littérature comme une monnaie courante qui pénètre partout et témoigne pour sa part, mieux que les plus grands monuments, le développement intellectuel d'une nation. La beauté est indépendante de la richesse de la matière, cela est vrai ; mais c'est une vérité qui a besoin d'être démontrée d'une façon permanente. Les Grecs se sont contentés du marbre et de l'argile, les Romains ont recherché le porphyre et les vases murrhins, les barbares ont voulu de l'or et de l'or très-épais; il est facile de choisir, mais combien de barbares encore parmi nous !

l>cs vases de sardoine et de cristal de roche, dont nous allons parler dans un instant, nous sembleraient beaucoup moins précieux, bien que l'art se soit épuisé à les orner pour le luxe des cours, si nous pouvions les comparer avec ce qu'une heureuse alliance de l'art et de l'industrie a su produire, à certaines époques, avec la terre, avec le verre et les métaux les plus vils. Mais il est «les choses pour lesquelles les gouvernements savent rarement dépenser leur argent, quelque prodigues qu'ils soient d'ailleurs.

Nous venons de dire qu'il n'en est pas des émaux comme de la faïence.

La collection du Louvre est on effet superbe et l'une des plus rares qu'il soit |K>ssible de rassembler en ce genre ; nous devons ajouter cependant qu'elle est due aux soins de deux amateurs, Ch. Durand et Révoil, dont les collections ont été achetées sous le règne de Charles X. L'émaillerie y est représentée sous tous ses aspects, et l'absence regrettable de quelques châsses du treizième siècle et de quelques coffrets artistement montés en bronze doré, comme on les faisait au seizième siècle, y est amplement suppléée, au point de vue de l'étude, par un grand nombre de fragments et de plaques provenant de ces petits meubles.

Les émaux peints de la belle époque, c'est-à-dire exécutés sous le règne des Valois, ont été placés à gauche, en face des fenêtres, dans des vitrines qui occupent les enfoncements formés par les cinq fausses portes du milieu de la galerie. Les pièces les plus belles et les plus rares sont ici en grand nombre : tableaux et portraits ; vases, coupes et aiguières ; grands plats ronds et ovales; flambeaux et salières de toutes formes, coloriés et en grisaille, ou empruntant aux paillons des reflets étranges; toutes ces choses y abondent, et les assiettes, rangées en bataille par douze et par six, forment le front de bandière. Les émaux de Limoges composent le corps d'armée le plus solide de la curiosité française. Redirons- nous les noms, chers aux amateurs, des artistes qui les ont exécutés ?

Les Penicaud sont les plus anciens en date parmi les peintres. Nardon Penicaud, le premier, est du quinzième siècle, et Jean Penicaud, le troisième qui ait porté ce prénom, est certainement le plus habile des peintres limousins. Artiste véritablement doué, la facilité et la grâce se retrouvent dans tous ses ouvrages. Ses compositions, d'un style élevé, paraissent directement inspirées des dessins du Parmesan : elles en ont l'élégance et la suavité , témoin le délicieux triptyque n° 1 74 » dont on a retrouvé dernièrement les volets. Ses ouvrages sont peints en grisaille sur fond noir très-discrètement rehaussé d'or; sa touche est légère et ses carnations sont teintées avec beaucoup de délicatesse. Martin Didier, Jean Court dit figiei-j Kip et quelques anonymes de la bonne époque qui n'ont pas employé les paillons, et qui ont peint le plus souvent en grisaille rehaussée d'or sur fond noir, forment, avec le troisième Penicaud à leur tète, une famille distincte parmi les peintres émailleurs du seizième siècle.

Mais Uonavd U/noxin, esmadleur et peindre ordinayre de la Chambre du roy, c'est ainsi que sont signés les deux grands tableaux votifs en émail qui viennent de la Sainte-Chapelle (n° 190), est la grande ligure de l'art limousin, aussi bien par le nombre que par l'importance de ses travaux. Pendant sa longue carrière il s'est essayé dans tous les genres, il a repris aux émailleurs du commencement du siècle le paillon, ou plutôt le clinquant dédaigné par Penicaud III; ses grands portraits de François lrr en saint Thomas, de l'amiral

Chabot en saint Paul et de Diane de Poitiers en Vénus (n° a3(J, zi-] et 2/421, légèrement colorés sur fond blanc, constituent une véritable innovation qui n'a pas reçu tout le développement qu'elle méritait ; ses grisailles sur fond noir sont parfaites. H a peint aussi des camaïeux blancs sur fond bleu clair d'un effet charmant; sa touche est énergique, son dessin a de la grandeur; mais il se recommande surtout à notre admiration par une série de portraits semblables à ceux de François II, d'Anne de Montmorency et de François de Lorraine, qui figurent dans nos vitrines sous les n°* a44> ^4^» a54» Ces belles pièces, qui n'ont pas moins de quarante-cinq centimètres de hauteur, sont les chefs-d'œuvre de l'art de la peinture sur émail.

Au-dessous de ces deux grands artistes, Jean Penicaud et I Couard Limosin, se groupent beaucoup d émailleurs recommandables : Pierre Reymond ou Rexmond, émule et contemporain de Léonard, qui a signé tant de pièces recherchées et bien connues des amateurs; Pierre Courtois, qui fit les figures grandes comme nature, repoussées et émaillées sur cuivre, qui décoraient le château de Madrid ; Susanne et Jean de Court, qu'il ne faut pas confondre avec Jean Court dit f'igier, Martin Didier, Kip, Jean et Joseph Limosin, Martial Raymond, et enfin les Nouailher et les Laudin, familles nombreuses qui se transmirent les procédés de la peinture sur émail jusqu'aux premières années «lu règne de Louis XV. Tel est le contingent moderne, sans compter les monogrammistes de cette petite ville de Limoges, qui n'avait pas cessé de répandre son orfèvrerie en Europe depuis le septième siècle.

Jean de Court, Susanne de Court et Jean Limosin sont représentés côte à côte dans la cinquième vitrine, par trois pièces remarquables peintes sur paillons qui .. méritent une attention particulière. La délicatesse du dessin disparaît quelque peu dans ces sortes d'ouvrages pour faire place aux reflets séducteurs du rubis, de l'émeraude et du saphir dont ils paraissent semés ; néanmoins la grande Minerve sur paillons (n° 4 1 4) de Jean de Court, avec son entourage relevé en bosse, son éclat et sa fraîcheur, est sans contredit] le plus brillant émail de la collection du Louvre.

Le reste de la galerie est occupé au milieu, dans le sens de sa longueur, par trois grandes tables supportant des vitrines à étagères et par des vases de porphyre rouge placés sur des fûts de colonnes cannelées de granit rose. Deux autres tables, placées à droite et à gauche de la fenêtre qui donne sur le quai, supportent encore des émaux : la première, la grande châsse de saint Potentin, onzième évêque de Sens; l'autre, un reliquaire où fut enfermé le bras de Charlemagne, et un superbe coffret de mariage du treizième siècle, émaillé sur toutes ses faces et blasonné aux armes de France et d'Angleterre (1).

(I) On peut rotiMiller, pour beaucoup de monumenti Mirtout l'rxccllent catalogue de M. te comte Léon d« émaillé* du moyen âge de la collection du Louvre, la Laborde. 1" »érie du Cabinrt Jt CAmaUur, vol. I, p. I4&, mail

Il nous reste maintenant à entretenir nos lecteurs du véritable trésor dis- Iribué sur les trois tables du milieu de la galerie, c'est-à-dire des vases de sardoine, de cristal de roche, de lapis et de jaspe, constellés de rubis et de diamants, ornés de montures d'or, ciselés et émaillés avec un art infini. L'embarras que nous éprouvons à parler de ces précieux joyaux est assez semblable à la crainte que nous aurions de les laisser tomber, si on nous les mettait entre les mains. N'allons-nous pas nous tromper grossièrement ? D'où viennent-ils? que) est leur âge et leur histoire? Nul n'a daigné nous en instruire; rien n'existe qui puisse nous guider pour orner de quelques particularités curieuses rénumération sommaire de ces beaux objets. La plupart ont été taillés et gravés à Milan, ce n'est pas douteux; beaucoup sont antiques, mais les montures dont ils sont ornés ont-elles été faites en Italie sous les Valois? sont-elles sorties des mains de la pléiade d'artistes nichée sous la grande galerie du Louvre au temps de Henri IV et de Louis XIII? Ceux-là même qui nous paraissent appartenir au règne de Louis XIV et sortir des ateliers des (Jobelins nous laissent hésitant ; ils sont un peu loin de nos yeux, et les particularités qui pourraient nous guider nous échappent.

Si l'admiration n'avait pas fermé la bouche à tous ceux qui ont été chargés de leur conservation depuis un demi-siècle, peut-être en saurions-nous davantage : car ils avaient à leur disposition l'inventaire de 1705, ou tout au moins celui de 1784, qui doivent l'un ou l'autre contenir quelques détails. Nous n'avons, nous, que l'inventaire hâtif fait en vertu d'un décret de l'Assemblée nationale du 11 juin 1791 (1), où il n'est pas toujours facile de se reconnaître. Il ne nous donne rien de curieux, si ce n'est l'estime en livres, sous et deniers que l'on faisait alors de ces merveilles.

1> premier des vases que nous ayons reconnu dans cet inventaire est aussi le premier qui se présente à nos yeux sur la table voisine de la porte d'entrée. C'est une aiguière de cristal de roche placée sur le dernier gradin. Sa forme est d'une extrême élégance ; elle est ornée de godrons vers le pied, couverte de festons de fleurs et de fruits habilement gravés; l'anse, prise dans la masse, est terminée par un mascaron; le couvercle est également de cristal ; un trèsléger cercle d'or émaillé entoure le pied, comme si l'on eût craint de troubler par un ornement étranger sa limpidité et son éclat. Le travail, certainement milanais, est peut-être de la fin du seizième siècle. Comme la configuration du bloc de cristal déterminait le plus souvent la forme que l'artiste donnait à son vase, on ne peut en tirer aucun secours pour se prononcer sur la date de ces sortes d'objets.

(I) Inventaire des diamants de I* couronne, perles, nationale constituante île» 26, 27 mai et 22 juin 1701,

pierreries, tableaux, pierres gravée* et autres monu- par les commiwaire* MM. Bion, Chrtstin, Delattre, suivi

menb des arts et des sciences distants au Garde-Meuble, d'un rapport sur cet inventaire, etc. A Paru, de /7m-

Invcntaire fait en conformité des décrets de l'Assemblée friment national*, 1791, in-8", 2 vol.

Ce beau vase est estimé cent mille livres clans l'inventaire de 1791; il a «17 cent, de hauteur.

Le second, toujours sur la crête du gradin de la première table, est un bassin ou plutôt une vasque de jaspe sanguin de f>8 centimètres de longueur; sa forme est singulière. 11 ressort clairement de son ornementation que ce vase appartient au dix-septième siècle; les lettres 1. R. I., gravées au-dessus de la couronne dans l'écusson, n'ont pas été expliquées.

C'est le plus beau morceau de jaspe sanguin que l'on connaisse : bien que fêlé, il est estimé aussi cent mille livres dans l'inventaire de 1791.

Le troisième, encore sur la première table, est une coupe ovale de sardoine orientale avec pied, anses et couvercle d'or émaillé. Elle a a/j centimètres dans sa plus grande longueur; le pied et l'intérieur du couvercle sont ornés de huit petites plaques émaillées représentant des batailles, peuplées de personnages microscopiques dont les détails sont étudiés avec beaucoup de finesse et de précision, monture de la fin du xvu* siècle ; estimé cent mille livres en 1791.

Le quatrième, à l'extrémité opposée de cette même première table, est un vase antique de sardoine, en forme d'aiguière; il a ao centimètres de hauteur; l'anse, prise dans la masse, est délicatement repercée à jour ; le pied est cerclé d'argent doré.

« Ce beau vase est fêlé, » disent les rédacteurs de l'inventaire de 1791, Mongez et Le Blond, tous les deux de l'Académie des inscriptions; « estimé cent mille livres, il vaudrait trois cent mille livres s'il n'était pas fêlé. »

Nous pourrions en toute sécurité continuer ainsi, au seul risque de fatiguer nos lecteurs; nous aimons mieux leur laisser le plaisir d'examiner eux-mêmes, avec attention, les merveilles rassemblées dans la galerie d'Apollon. Un jour viendra peut-être, il ne faut désespérer de rien, qu'un conservateur, mieux placé que nous pour bien voir, tout connaître et étudier à loisir, fera raison au public, dans un catalogue, de tout ce que présente d'intéressant la grande collection des vnses gemmes du musée du Louvre.

Cette première table, sur laquelle nous avons pris au basant les quatre pièces citées plus haut, placée dans la partie la moins éclairée de la galerie, n'est pas la plus favorisée. Relevons cependant en pissant une autre aiguière antique de sardoine, semblable à la précédente, un grand vase d'ambre rouge d'une qualité fort rare, qui fait pendant à la vasque de jaspe sanguin, un vase et sa cuvette en cristal de roche de Madagascar, style Louis XV, simple d'exécution, mais d'un éclat extraordinaire, une coupe de jaspe sanguin et sa monture d'or émaillé, une merveille. Deux urnes, l une d'agate, l'autre de basalte, ont probablement appartenu au cardinal Mazarin ; celle de basalte, qui nous parait antique, est décorée d'incrustations d'or et d'argent qui figurent des jeux de tritons montés sur des chevaux marins. I ne petite coupe d'argent niellé, faite d'après un dessin de Ducerceau ou d'Kstienne de Laulne, mériterait d'être exa-

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minée de près; elle est des plus gracieuses. In plat d'argent doré à reptiles nous semble d' \ugsbourg. Son aiguière manque, qu'est-elle devenue ? Elle figurait au dernier inventaire.

C'est dans la vitrine du milieu (pi on a réuni les pièces les plus extraordinaires. Sur la crête du gradin supérieur sont placés deux vases antiques, donnés au trésor de Saint-Denis par l'abbé Suger : l'un est de porphyre rouge, l'autre de calcédoine; tous deux ont été montés pour le célèbre ministre de Inouïs le Gros. Un grand vase de lapis de Perse en forme de nacelle, des plus beaux que l'on puisse voir jxar la richesse de sa garniture d'or émaillé. Il était estimé detu cent mille livres dans l'inventaire de 1791; il est bien mal assuré sur sa base à la place élevée qu'il occupe. Cinq grands vases de cristal de roche complètent cette première ligne ; ils ne peuvent disputer qu'entre eux le prix de la beauté, qu'il faudrait |>eul-ètre adjuger à celui de forme sphéroïdale, sur les flancs duquel on a gravé l'histoire de Noé et l'invention du vin. L'anse d'or de ce vase est un chef-d'œuvre de ciselure et de goût; il est encore du nombre de ceux que l'inventaire de 179 1 prisait cent mille livres, et il en vaudrait le double aujourd'hui.

Puisque nous ne faisons pas un catalogue, nous en passerons et des meilleurs, et nous ne citerons plus qu'un vase antique de sardoine, matière admirable d'un brun foncé, et un autre vase, également antique, de sardoine. L'art s'est épuisé à les orner, d'une façon splendide, de pierreries, de perles et d'émaux. Ces montures appartiennent au siècle de Louis XIV, ainsi que le Christ à la colonne qui est auprès, figurine en jaspe sanguin, si remarquable par son piédestal d'or émaillé, orné de bas-reliefs et de figurines en ronde-bosse, également en or; il y a tout une école d'orfèvrerie dans ce bijou. A chacune des extrémités de cette vitrine on a placé deux grands bassins d'argent doré; l'un, qui a son aiguière, est orné de bas-reliefs et de ciselures qui retracent les épisodes de la conquête de Tunis par Charles-Quint, comme l'indique l'inscription : KXPEIHTIO ET- Y ICTORI A • AFRICANÀC AROLI • Y . • ROM. • I MP. • P. ■ F. ■ AUGLSTO i«5.

La dernière vitrine est remplie, comme les autres, de vases précieux de sardoine, <le cristal et de jaspe : c'est la même rareté, la même richesse dans l'ornementation, la même beauté dans les matières.

Nous avons dit ce que nous pensions de la disposition générale des objets placés dans la galerie d'Apollon ; leur arrangement dans les vitrines n'a rien qui compense ces défauts. On n'a pas assez tenu compte, en les groupant, du genre, du style, de la couleur ou de la forme des vases. On a souvent méconnu l'intérêt que présentaient quelques-uns d'entre eux : les principaux sont trop éloignés de la vue, beaucoup d'associations se nuisent au lieu de se faire valoir; l'artiste, l'antiquaire et le minéralogiste trouveront tous quelque chose à redire sur le négligé et le sans façon qui semblent avoir présidé à leur distribution. Tous ces vases sont précieux, quelques-uns sont inestimables, et c'est préci-»

sèment la raison pour laquelle il fallait apporter à Jeur exposition une espèce de mise en scène étudiée, une certaine pompe, qui, si elle n'ajoute rien à leur valeur, ne laisse rien perdre de leur beauté; mise en scène qui n'a pas été refusée aux objets du même genre à Florence et à Dresde.

En même temps qu'elle inaugurait le nouveau musée d'Apollon, l'administration du Louvre ouvrait au public une salle nouvelle consacrée aux bronzes antiques. Iji statuaire antique de bronze est rare partout, excepté au musée de [Saples; nous n'avons donc pas le droit de nous montrer très-exigeant. Mais, à défaut de l'Italie, qui n'en produit plus guère, nous avons le vieux sol gaulois, de tout temps fertile en petites et moyennes figures de bronze d'une grande beauté, qui toutes ne sont certainement pas venues de Rome. La nouvelle salle contient déjà un bon nombre de ces monuments, trouvés et exécutés en France, d'un intérêt tout particulier pour notre histoire.

C'est une veine qu'il faudrait suivre.

Quatre cents ans de domination romaine et l'influence salutaire des colonies grecques du midi de la Gaule avaient développé chez nous des arts dont nous ne recueillons que les débris; l'art gaulois fut un moment prépondérant à Rome même, lorsque, sous Néron, on y appela Zénodore, artiste gaulois, malgré son nom grec , pour élever la statue colossale de cet empereur. Ce bronze, qui n'avait pas moins de cent dix pieds de hauteur, fut plus tard consacré au Soleil. L'artiste avait déjà fait connaître son talent eu élevant, pour la cité des Arvernes, un Mercure qui lui avait coûté dix ans de travail et qui lui fut payé /|oo,ooo sesterces (84,000 fr.).

Pline le Naturaliste, qui nous a conservé ces détails et qui avait connu Zénodore, ajoute : « Nous admirions dans son atelier la parfaite ressemblance, nonseulement du modèle d'argile, mais encore des essais en petit, premières esquisses de l'ouvrage. Cette statue montra que le secret de l'airain (de Corinthe) était perdu; car, d'une part, Néron était disposé à fournir l'or et l'argent, et d'autre part Zénodore ne le cédait à aucun des anciens statuaires pour l'art de modeler et de ciseler. Pendant qu'il travaillait à la statue des Arvernes, il copia pour Dubius Avitus, gouverneur de la province, deux coupes ciselées par Calamis, que Cermanicus César, qui les aimait beaucoup, avait données à son précepteur, Cassais Silanus, oncle d' Avitus. L'imitation était si parfaite qu'à peine pouvait-on apercevoir quelque différence avec l'original. »

On déterminent facilement un jour le caractère de cet art gallo-romain ; et c'est à ce point de vue qu'il serait important de recueillir au Louvre, en grand nombre, les bronzes que l'on découvre chaque jour sur le sol français.

Nous avons donc revu avec plaisir la belle statue trouvée à Lillebonne, que la précédente administration avait laissée partir pour l'Angleterre, et qui nous

LE CABINET DE L'AMATEUR. 241 est heureusement revenue. Cette élégante figure, de formes adoucies, très-juste de proportions, est d'un style si différent de tout ce que nous connaissons de productions antiques du même genre, qu'il ne faut pas hésiter d'y reconnaître l'œuvre d'un artiste gallo-romain.

La statue votive de style grec arcliaïque, découverte à Piombino il y a trente ans, et dont il fut beaucoup question un instant, sera toujours un monument très-précieux. Un coq superbe, trouvé récemment en Alsace, quelques statues de moyenne grandeur et un certain nombre de bustes, non pas tous, quelques beaux vases et beaucoup de figurines forment déjà un ensemble très-intéressant. Espérons qu'un catalogue viendra un jour nous assurer qu'il ne s'est pas mêlé parmi tout cela quelques bronzes fondus en Italie sous le règne de François 1er, et que le temps, la pluie à laquelle ils auraient été exposés, ont patinés de façon à nous laisser incertains sur leur véritable nature.

Dans une vitrine, au milieu de la salle, sont placés les nombreux objets antiques d'argent trouvés, en i836, à Notre-Dame d'Alençon, près Brissac (Maineet-Loire), et qui ont fait partie du cabinet de M. Grille, d'Angers; une belle figure de bronze plaquée d'argent, travail éminemment gaulois, qui vient de la Charité-sur-Loire; une jolie statuette d'argent, trouvée entre Amrit et Tortose, donnée au musée par M. Guillaume Rey ; quelques monuments assyriens qu'on ne verra pas sans un grand intérêt, deux coupes gravées avec une grande finesse, deux inscriptions cunéiformes commémoratives, gravées sur des plaques d'or et d'argent d'une très-forte épaisseur, trouvées dans les fondations d'un monument de Korsabad, et enfin le beau casque gallo-romain de bronze, plaqué de feuilles d'or et décoré d'émaux opaques incrustés.

Ce monument extraordinaire, trouvé à Ambreville- sous- les -Monts, a été donné au musée par M. Ch. Bizet.

C**,Ue gallo-romain, plaqu* d'or et incru.tr d'émau», dormi par M. Ch. Kart.

1EN n'est d'un goût plus élégant et sévère à la fois que l'ornementation adoptée par les typographes vénitiens pendant un quart de siècle environ, c'està-dire de i4go à i5i5. Nous avions préparé de nombreux fac-similé de ces dessins, que nous destinions à ce premier volume; mais il n'est pas toujours facUc «le choisir la lettre initiale d'un chapitre de façon à passer en revue peu à peu toutes celles • le l'alphabet, et le format que nous avons adopté ne se prête pas toujours à recevoir les beaux frontispices des in-folio du quinzième siècle.

Ij, planche ci-contre est Urée de l'épitonie latin de l' ilmageste, par Jean de Monteregio (Millier), imprimé à Venise en \k&. La figure à droite est trèaprobablement un portrait ressemblant du célèbre abréviateur de Ptolémée, mort eu i47G, vingt ans auparavant, mais bien connu il Venise pour avoir professé les mathématiques à Padoue.

La belle lettre capitale qui nous sert de cul-de- lampe fait partie d'un livre imprimé en i5oo. Nous reviendrons, à propos du Songe de Poliphile, sur l'auteur présumé de tous ces charmants dessins.

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