MARQUES DES AMATEURS DE DESSINS
Divers écrivains anglais se sont occupés de recueillir les marques des amateurs de dessins. Honry Reveley d'abord, dans des Notices sur les dessins des grands maîtres, publiées par son fils, Hugh Reveley (I); M. Maberly ensuite, dans le Printcoitector, et tout récemment M. R. Wornum, dans la belle édition publiée celte année par Henry Bohn des Anecdotes of painting in F.ngland d'Horace Wal pôle. C'est à eux, et surtout aux notices de Walpole, que nous empruntons celles qui suivent :
Ce fleuron, imprimé en noir, est adopté par Henry Reveley comme marque des dessins de la collection du comte d'Arundel, qu'il faut nommer le premier en téle de la liste des amateurs anglais.
Thomas Howard, comte d'Arundel, dit AValpole, est bien connu par l'importance du rôle politique qu'il a joué et par le roagniGque portrait que lord Clarendon a tracé de lui. Il vivait retiré, mais avec tout le faste intérieur de l'ancienne noblesse. Sa collection, dont les débris font l'ornement des plus célèbres cabinets, était son unique distraction : c'est à lui qu'appartient l'honneur d'avoir initié l'Angleterre à la connaissance de l'art grec. Aussi savant qu'homme de goût, il avait rempli les jardins et les portiques d'Aruudel-Uouse d'inscriptions, de bas-reliefs, de statues et de bustes arrachés aux ruines de la Grèce antique, peuplé ses galeries d'un nombre considérable de tableaux et de dessins des grands mattres : c'est lui qui a ouvert la voie au prince de Galles, au roi Charles 1" et au duc de Buckingham. Un de ses principaux agents fut un certain William Pctty, qui paraît avoir possédé toutes les qualités requises pour ces sortes de recherches. Petty ne reculait devant rien pour arriver à ses fins. Il vivait, à l'occasion, de la vie des paysans grecs et des pécheurs de l'Archipel pour parvenir à la possession d'une statue ou d'un bronze. 11 perdit un jour dans une tempête toute une riche collection qu'il venait de recueillir à Samos, et, sans perdre courage, dès le lendemain, il se remettait en quête de monuments nouveaux. Nous avons cité Nicolas Lanière comme un de ses pourvoyeurs habituels; il eut aussi Harrisson, un
(t) Notices Uliutrative of (lie DrawiDg and Skelchu of tome of tbe mott distinguùhed muatm. By the Late Henry Reveley, E*q. London, 1820, in-8°.
peintre peu connu, et Van der Borgt, fils d'un peintre flamand, à qui il avait acheté une collection considérable de médailles, qui a gravé à l'eau-forte un grand nombre de ses marbres.
Le comte d'Arundel recherchait les artistes et les savants. Pendant une ambassade en Allemagne, il s'attache le graveur Wenceslas Dollar, qu'il emmena en Angleterre; le célèbre François Junius était son bibliothécaire. Un des premiers il distingua le génie du célèbre architecte Inigo Jones, et l'on dit qu'il introduisit à Londres l'usage de construire en briques les maisons que l'on faisait ordinairement de bois. Sa passion pour les arts était si grande , dit Evelyn , qu'il avait ' l'habitude de dire qu'il était impossible de faire un honnête homme de celui qui ne savait pas un peu dessiner; peut-être l'entendait-il dans le sens d'homme bien élevé, suivant l'expression française de cette époque; peut-être aussi dans le sens de William Shak6peare, qui soupçonnait un traître dans tous ceux qui n'aimaient pas la musique.
Lorsque la révolution éclata en Angleterre, le comte d'Arundel se réfugia à Anvers, emportant avec lui les morceaux les plus précieux de sa collection. Il mourut quelques années après à Padoue, en 1645. Il avait partagé sa fortune ainsi que sa collection entre ses deux fils : Henry, lord Maltravers, et le vicomte de Stafford ; elle ne tarda pas beaucoup à être dispersée.
Le comte d'Arundel avait commencé vers 1615 à réunir des statues et des tableaux. Nous ne connaissons pas bien exactement le nombre de ces derniers : il en avait de premier ordre, qu'il savait payer très-cher. Il offrit un jour 7,000 livres sterling d'un Titien au duc de Buckingham. Le catalogue des statues mentionne trente-sept figures entières, cent vingt-huit bjstes et deux cent-cinquante inscriptions ou bas-reliefs, sans compter d'importantes collections de pierres gravées et de médailles, et un grand nombre de cartons, de dessins, d'estampes et de curiosités en tout genre. Il avait aussi acheté à Nuremberg une partie de la bibliothèque de Mathias Corvin, qui avait appartenu à Pirckheimer.
Voici l'ordre à peu près dans lequel cette collection s'éparpilla peu à peu :
Lord Maltravers, devenu duc de Norfolk, divorça d'avec sa femme, à qui échurent, dans le partage
des meubles, les médailles, les pierres gravées et les marbres. Dans un besoin d'argent pressant, la duchesse de Norfolk vendit les marbres au comte Pomfert-, ils furent, plus tard, légués par sa veuve à l'Université d'Oxford, où ils sont connus aujourd'hui sous le nom de Marbres cFJrundel.
Les camées et les pierres gravées, légués par la duchesse à son second mari, sir John Germaine, furent offerts par lady Éiisabeth Germaine, sa seconde femme , à lord Charles Spcnser , lorsqu'il épousa une de ses nièces, miss Beauclerc ; ce dernier les donna à son frère, le duc de Marlborough. Ces pierres ont été gravées par Bartolozzi sur les dessins de Cipriani, et publiées en deux volumes vers la fin du siècle dernier. Walpole estimait surtout dans cette collection, qui doit se trouver aujourd'hui au château de Blenheim, un camée représentant le mariage de Psyché, qu'il proclamait le plus parfait spécimen qu'on puisse voir de l'art antique. Les monnaies et médailles passèrent entre les mains du comte de Winchelsea, et, en 1696, dans celles de M. Thomas Hall.
Ce qui demeura au duc de Norfolk en tableaux, dessins, miniatures et curiosités, fut vendu aux enchères à deux reprises, en 1685 et 1 691, à l'exception des portraits de famille. Sir Peter Lelie paraît avoir eu tout ce qu'il y avait de remarquable parmi les dessins- Ce que l'on sait de la partie échue au second fils de lord Arundel, le vicomte de Stafford, c'est qu'une portion en fut léguée par la comtesse Althea à son quatrième fils, Charles Howard, et l'autre vendue aux enchères en 1720: un catalopc avec prix, conservé par M. West, annonce un produit de 6,535 livres sterling. C'est à cette vente que se trouvait la célèbre tête d'Homère que lord Arundel estimait entre toutes, et qu'on retrouve dans le portrait du comte et de la comtesse peint par Van Dyck et gravé par Vorsterman. Ce beau bronze grec, acheté alors par le docteur Mead, se trouve maintenant au musée Britannique ; il est généralement regardé aujourd'hui comme un fragment d'une statue de Pindare.
CP Cfl La première de ces marques de la collection de Charles 1" est donnée par Reveley, les deux suivantes par M. Dallaway, qui fait observer que la plus grande servait pour les grands dessins et la plus petite pour les autres. Tous les dessins de Charles I" portaient aussi le nom de l'artiste, écrit de la main de Nicolas Lanière. Les deux dernières marques sont celles des peintures : elles étaient imprimées sur les panneaux avec un fer rouge. Nous renvoyons, pour ne pas nous répéter, à une
bonne notice sur les collections de Charles Ier, par M. Konrad, publiée dans le S* volume du Cabinet de l'Amateur (lH série). On manque de détails sur les dessins, mais ils devaient être en rapport avec les chefs- d'oeuvre de peinture et de sculpture que ce roi amateur avait réunis a grands frais.
Le prince Rupert, neveu du roi Charles II, faisait, comme le priuce Eugène, ses délices des arts et aes sciences.
■ Il était vaillant et brave jusqu'à la témérité, dit Hamilton dans les Mémoires de Grammont; son esprit était sujet à quelques travers dout il eût été bien fâché de se corriger. Il avait le génie fécond en expériences de mathématiques et quelques talents pour la chimie. Poli jusqu'à l'excès, quand l'occasion ne le demandait pas, fier, et même brutal, quand il était question de s'humaniser. » C'est assez dire qu'il passait pour un sauvage et un grossier artisan au milieu de la cour efféminée de son oncle. On lui doit l'invention de la gravure en manière noire, dont il donna les procédés à Vallerand Vaillant, peintre-graveur, né à Lille, qui était attaché à son service. La première de nos marques est celle de ses gravures , l'autre est attribuée à ses dessins.
Le prince Rupert mourut à Anvers en 1682, âgé de soixante-trois ans- Sa collection de tableaux fut vendue aux enchères, et l'on fit une loterie de ses pierreries qui étaient estimées 8,000 livres sterling. Le gros lot devait être un collier de perles de 2.000 livres, les moindres étaient de 100 livres, et le prix du billet de 5 livres. Il fut expliqué dans les avis que la loterie devait être tirée en présence du roi, qui veillerait lui-même à la distribution des lots et à ce que tout fût fait avec équité. Il ne fallait rien moins que toutes ces recommandations pour rassurer le public contre les fraudes qui se commettaient alors dans ces sortes d'opérations, très à la mode en France et en Angleterre chez les grands seigneurs.
Marque des dessins de la collection de Pierre Lely, portraitiste célèbre. D'abord imitateur de Van Dyck et ensuite peintre favori des beautés de la cour de Charles II, Pierre Lely, que ses occupations empêchaient de visiter les grandes écoles de peinture du continent, acheta, après la mort de Van Dyck, ce que ce grand maître laissait de meilleur de ses propres ouvrages et ce qu'il avait recueilli de tableaux flamands et italiens.
Sa collection, devenue considérable par la suite, fut vendue aux enchères après sa mort en 1683. La vente commença par les dessius le 18 avril, et on lisait dans la gazette du 20 mai suivant : Sa Majesté a autorisé Grinling, Gibbon et Pair}- Valton à mettre en vente, à Banqueting-House, la collection de tableaux de sir Peter Lely, à 9 heures du matin et à deux heures de l'après-midi, et à continuer les jours suivants. On cite d'autres ventes en 1684 et en 1688. Walpole fait monter à 26,000 livres sterling le produit de la collection, somme énorme pour le temps, qui représenterait aujourd'hui deux millions de francs, et qui sous-entend des œuvres d'art pour une valeur bien plus grande encore. On a conservé des catalogues de ces ventes avec les prix et les noms des acquéreurs. Nous en donnerons un court extrait :
Vingt-sept portraits peints en grisaille par Van Dyck, 115 livres, adjugés à M. Ralph Montagu.— Le comte de Strafford {sa Ifte), par le même, 81 livres, à M. Kndymion Porter.—- Femme et enfants, idem, 155 livres, au comte de Mulgrave.— Portrait de Van Dyck, par lui-même, dans un ovale, 34 livres, au comte de New-port. —T. Killegrew, idem, 83 livres, au comte de Newport.— Les noces de Cana, par Paul Véronèse, 100 livres, au comte Peterborough. — Le Jugement dernier, par Bubens, 101 livres, à J.-B. Hoys, marchand hollandais. — Méro et Léandre, du même, 85 livres.— Un Paysage, idem, 27 livres, à J.-B. Hoys.
— Le Jugement de Salomon, par Paul Véronèse, 160 livres, à M. Fromenteau, marchand français.
— Prométhée, par l'Espagoolet, 100 livres, au comte de Kent. — La Crucifixion, par Van Dyck, 105 livres, à J.-B. Hoys. — Homme et chien, par Antoine More, 22 livres, à M. Betterton. — Le Midi, paysage par Claude Lorrain, 47 livres, à M. Soames. — Cupidon, sculpture en ivoire de François Flamant, 145 livres, à M. Hoys, etc. , etc. 21 portefeuilles de dessins produisirent 1,848 liv. sterling. Ils provenaient en grande p.-irtic des collections Arundel , Buckingham et Van Dyck.
Les marques suivantes sont attribuées, sans particularités bien certaines, par Henry Reveley, aux
CEC
Au duc de Devonshire.
Au comte de Cholmondeley.
Y Lord John Somers, grand - chancelier ^rS d'Angleterre, était, dit Walpole » un de
A ces hommes divins qui, comme une chapelle dans un palais , reste sans être profanée au milieu des vices et de la corruption. » Il est au nombre des grands hommes d'État anglais qui ont été de grands amateurs.
La croix pâtée que nous rapportons ici est la marque des dessins qu'il avait achetés de l'évéque d'Arrezo Marchetti , par l'intermédiaire de John Talman. Cette belle collection, en 16 volumes infolio, formée par le P. Sébastien Resta, et décrite par lui dans un très-rare et très-curieux catalogue, sera l'objet d'une notice particulière.
Jonathan Richardson, né en 1665, élève de Riley et portraitiste distingué, fut un des brillants continuateurs de Lely et de Kneller.
Le bon sens de la nation est bien caractérisé dans ses portraits des Walpole ; ses têtes de femmes sont gracieuses. Il fut aussi grand amateur de dessins, comme l'avait été Peter Lely, et comme le furent plus tard Reynolds et Lawrence. On lui doit un Essai sur l'art de juger Us ouvrages de peinture, et des Bemarques sur les statues, les tableaux et les dessins en Italie. Ces deux ouvrages ont été traduits en français. Le second est écrit sur les notes de voyage de son fils. Bichardson n'a jamais quitté l'Angleterre. La plus tendre amitié unissait ces deux hommes. A la mort de Richardson fils, on trouva parmi ses dessins cent portraits du père et du fils, tous de la main du vieil artiste, occupation touchante des dernières années de sa vie , que le fil* avait couverts d'expressions affectueuses pour son cher père.
Jonathan Ricliardson mourut octogénaire en 1745; la vente de ses dessins eut lieu deux ans plus tard, elle dura dix-huit jours et produisit 2,060 livres sterling, somme supérieure au produit de la vente Crozat, faite en France vers la
A C. Jennings.
D Jonathan Richardson le fils fut aussi ama teur. L'initiale B. parait se rapporter plus particulièrement aux dessins de sa collection, qui furent vendus en 1771.
f%jfjft Thomas Hudson, élève et gendre de u Jonathan Bichardson, le continua comme amateur de dessins et hérita de sa i J-J célébrité comme peintre de portrait*. Sa vogue fut un moment universelle, et si plus tard Vanloo et Liotard lui firent perdre de son crédit à Londres, ses compatriotes de province
Lfc. CABINET DE L'AMATEUR
restèrent fidèles à sa manière. Ils étaient cnclianlés des honnêtes portraits qu'il leur faisait, des belles perruques, des beaux habits de velours bleu et des magnifiques gilets de satin blanc dont il (gratifiait libéralemeot ses pratiques. Faber les a reproduits avec complaisance dans ses nombreuses gravures en manière noire.
Sir Joshua Reynolds, qui commença à peindre avec Hudson, porta le dernier coup à sa réputation. Hudson eut le bon sens de déposer sa palette après avoir terminé son œuvre capitale.la famille de Charles, duc de Mariborough. Il se retira dans une villa qu'il avait fait construire à Twickenham, un des endroits les plus pittoresques des bords de la Tamise, où il réunit une belle collection de tableaux et de dessins des grands maîtres. Il y mourut en 1779. Les dessins de la collection de Thomas Hudson, qui venaient en grande partie de celle de son beaupère, portent les initiales figurées plus haut.
vv3
Marque du capitaine William Baillic.
Cet amateur, bien connu pour avoir retouché le quatrième état de la Pièce de cent florins de Rembrandt, était en Irlande vers 1750 et passa sa jeunesse à l'armée ; il en sortit avec le grade de capitaine. Après avoir quitté le service, VV. Baillie se consicra tout entier aux arts, et fut considéré pendant longtemps comme un des connaisseurs les plus éclairés de son époque. Il a gravé en différents genres; ses productions les plus sont dans la manière de Rembrandt.
SR
IR
Marque des dessins de sir Joshua Rey-
La célébrité du chef illustre de l'école anglaise est trop grande pour que nous ajoutions ici quelque chose à son nom. Sir Joshua Reynolds, né en 1753, est mort en 1792 La qu'il
écrits se continuait dans les collections considérables de tableaux, de dessins et d'estampes qu'il avait rassemblées à grands frais. Il les offrit toutes un jour à l'Académie royale de Londres à un prix bien au-dessous de leur valeur. On se tait sur les circonstances qui empêchèrent sa proposition a être acceptée. Il résolut alors de louer une salle à Haymarket pour faire une exposition publique, et il en écrivit lui-même le catalogue. Le prix d'entrée, fixé 5 un shilling, produisit une somme considérable qu'il abandonna à son vieux serviteur Ralph Kirkley, sous le nom duquel était faite l'exposition.
Outre les sommes considérables que Reynolds légua à ses amis par testament, il donna au comte de UpperOssory un tableau à prendre à son choix parmi ceux qui se trouveraient en sa possession au moment de sa mort.
A lord Palmerston, un tableau à choisir après le comte Ossory.
A sir Abraham Hume, celui de ses Claude Lorrain qui lui plairait le mieux.
A sire Georges Beaumont, la Sortie de l'arche, par Sébastien Bourdon.
Au duc de Portland, la Contemplation de F Ange et la partie supérieure de la Nativité (?).
A Edmond Malone, a Philippe Metcalfe, à James Boswell et à sir William Scott, 200 livres sterling à chacun, pour les employer en achats de peintures de sa collection qu'ils garderont en mémoire de lui.
Au R. William Mason, le portrait de Milton peint en miniature par Cooper.
A Richard Burke.le portrait de CromweU peiut en miniature par Cooper.
En mars 1795, sa belle collection de tableaux anciens, vendue aux enchères, produisit 10,3 » 9 livres sterling.
En avril 1796, oa vendit ses propres peintures, sujets de fantaisie et portrait» non réclames, pour 4,505 livres.
La vente publique des dessins et des estampes,
qui eut lieu en mars 1708, produisit l,903liv, st.