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LA FAMILLE DE MICHEL-ANGE

Les membres de la famille de Michel-Ange, ceux dont il est le plus souvent question dans sa correspondance, sont peu connus. La nature et le ton de ses relations avec son père et avec ses frères ont pu sembler à ses biographes pas^ sés au-dessous de la dignité de l'histoire; aujourd'hui ils éveillent la curiosité qui s'attache à tout ce qui touche un aussi grand homme.

LE CABTNET DE L'AMATEUR. 315 Son père, Ludovico di Lionardo Buonarroti Simoni, parait n'avoir été qu'un bonhomme de vues assez courtes et très-intéressé, « uomo religioso e buono, piuttosto d 'anlichi costutni che no, » dit Ascanio Condivi, que son fils parvenait très-difficilement à contenter, malgré un respect et un dévouement filial des plus touchants.

Il fut marié deux fois, à Francesca di Neri di Miniato del Sera, d'abord, et ensuite à Lucrezia Lbaldini da Gagliano. 11 eut de la première cinq fils : Lionardo, qui fut moine de l'ordre de Saint-Dominique ; Michel-Ange;

Buonarroto , qui fut le correspondant ordinaire de Michel-Ange et particulièrement chargé de ses affaires, le seul de ses frères dont il paraît avoir eu constamment à se louer;

Giovan Simone, poète agréable dont il n'est rien resté ;

Sigismondo, le plus jeune, mauvais sujet, qui fut pour son aîné une source de chagrins, et qui finit par se faire soldat.

Ludovico Buonarroti, nous ne voulons pas remonter plus haut, avait été, comme sou père, podestat d'un modeste village situé dans le solitudes de Cassentino, tout près du célèbre sanctuaire de l'Alvernia. Après avoir perdu cet office, il se retira dans un petit bien de famille, à Settignano, pauvre domaine qui ne rapportait que 11 ducats, suivant la denunzia de beni de i534, pays plus rempli de rochers et de carrières que de terre végétale, et où le grand artiste qui venait de naître suça, avec le lait de la femme d'un tailleur de pierre, l'amour du marbre qu'il devait pétrir.

Nous avons dit que l'aîné des enfants s'était fait dominicain. Le père en plaça trois autres chez un marchand de laine et de soie, probablement Lorenzo Strozzi, qui avait sa boutique in porta Rossa, tandis que Michel-Ange entrait pour trois ans dans l'atelier de Domenico Ghirlandaio. Il (levait y gagner vingtquatre florins d'or : six la première année, huit la seconde, dix la dernière. Au bout de cet apprentissage, Laurent le Magnifique, qui avait remarqué les dispositions du jeune artiste, le prit chez lui et donna au père un petit emploi dans les douanes. Ce premier résultat de son application fut probablement très-cher au cœur de Jlichel-Ange, qui avait une vive tendresse pour son père, et qui n'eut d'autre souci, lorsqu'il commença à gagner de l'argent, que celui de réunir au petit domaine de Settignano quelques morceaux de terre qui permissent à l'auteur de ses jours d'y vivre tranquille dans une honnête aisance.

Les détails dans lesquels nous pouvons entrer à ce sujet nous sont fournis par les lettres que Michel- Ange lui-même écrivait pendant son absence de Florence, et qui, toutes, hélas! ne roulent que sur des questions d'intérêt. Partout, elles ne montrent qu'un seul désir chez l'artiste, celui d'apporter un peu d'aisance et de dignité au sein de cette famille incapable de rien faire par elle-même. Mais partout aussi transpire l'avidité de tout ce qui l'entoure, les demandes inces-

santés qui le pressent. \ chaque œuvre nouvelle demandée à son fils, le père trouvait toujours quelque acquisition avantageuse à faire, et toute la rhétorique de l'artiste était employée à l'exhorter à prendre patience tout au moins jusqu'au moment où le travail serait terminé. Ses frères attendaient son retour avec non moins d'ardeur pour des motifs semblahles. Il les avait établis, et la boutique allait mal. Si c'est à eux que s'adressent ses lettres, ce n'est que pour leur prêcher la concorde, la bonne conduite et l'amour du travail. Peu à peu cependant l'avidité sans cesse renaissante de cette indigne famille, où, par cela même, il ne pouvait trouver ni un auxiliaire de ses travaux, ni un confident de ses projets, ni une âme capable de les comprendre, finit par lui être insupportable, et il s'en expliqua souvent avec amertume, sans cependant jamais s'en délivrer.

En i5oç), au moment où il exécutait le plafond de la chapelle Sixtine, il écrivait de Rome, à son frère :

« Buonarroto, j'ai reçu le pain; il est bon, mais il n'y a pas lieu cependant d'en faire provision , il y aurait peu d'avantages. J'ai donné cinq carlins au domestique qui me l'a apporté, et c'est à peine s'il voulait me le donner. J'ai été averti par ta dernière lettre du passage ici de Lorenzo, et comment je dois lui faire un bon visage. Il me semble que tu ignores de quelle façon je suis ici, et c'est pourquoi je te tiens pour excusé; je ferai ce que je pourrai. J'entends que Sigismond vient également pour l'expédition de son affaire. Dis-lui de ma part qu'il ne fonde aucune espérance sur moi , non que je ne l'aime comme un frère, mais parce que je ne puis l'aider en quoi que ce soit. Je suis tenu à m'aimer moi-même mieux que les autres , et je ne puis même me donner les choses nécessaires. Je suis ici dans une grande anxiété d'esprit et au milieu de très-grandes fatigues de corps. Je n'ai d'amis d'aucune sorte et je n'en veux point; c'est à peine si j'ai le temps de manger. Qu'il ne me soit donc causé aucun ennui, car je n'en pourrais supporter une once de plus.

« Je vous exhorte à vous occuper de la boutique avec sollicitude, et je suis content que Giovan Simone soit sur la bonne voie. Ingéniez-vous d'accroître

— Buonarroto io ebi el pane, e buono ma non e pero da farne inceta perche ci sarebbe pocho guadagnio. Io decti al fonte rinque rarlini e apena che melo volessi dare. nesto per lultima tua avisato corne Lorenzo passera di qua e corne io gli debba (are buona cent, emi pare che tu non sappi rhomio ito qua pertauto to per i<cluisato quello che io potro Io faro, Di Gismondo inlendo chôme viene qua per ispedire la sua faccenda digli per mia parte que non facci disegnio nessuno sopra di me non perche io non l'ami chome.fratello,ma perche io non Io posso aiutare di chosa nessuna. Io son

tenuto a amarc, piu me che gli altri , • non posso servira a me délie cose nécessarie. Io sto qua io grande afanno e chon grandissima faticha di chorpo e non ho amici di nessune sorte, et non evoglio et non ho Unto tempo che io posso mongiare el bisonio mio , pero non mi sia data pin noia che io non e polrei soportare piu un oncia.

Délia bottega vi chon For io a essere solleeiti e piacemi che Giovan Simone si sia aviato a fare beitc. Ingiegniatevi dachrescere gustamente o mantenere quello che voi avete arcio che voi vi fappiate poi reggiere iu maggiore cosa perche bo

LE CABINET DE L'AMATEUR. 317 honnêtement ou de conserver ce que vous avez, afin que vous sachiez plus tard vous conduire dans des affaires plus importantes, car j'ai l'espérance, lorsque je retournerai à Florence, que vous ferez de vous-mêmes, si vous êtes hommes à cela.

« Dis à Ludovico que je ne lui ai pas répondu parce que je n'en ai pas eu le temps, soyez sans inquiétudes lorsque je n'écris pas.

« MICHELANGMOLO, (Au dos est écrit : « 17 octobre. » ) « Sculpteur à Rome. »

( Aotu donnons en bas de page le texte original des pièces inédites que nous publions.)

Les plus anciens documents parmi ceux que possède le Musée britannique sont les lettres de Michel-Ange écrites de Bologne, à son père et à son frère, pendant la fonte delà statue de Jules II. On trouvera plus loin tout ce qu'elles renferment d'intéressant, mais il ressort de leur examen matériel une preuve du singulier respect que Michel-Ange portait à son père jusque dans les moindres détails. Ainsi, le même jour où, dans toutes les inquiétudes de lu fonte probablement manquée d'une statue colossale , il écrit à son frère quelques lignes tracées à la hâte et grossièrement bâtonnées sur le premier morceau de papier venu et pour le tenir au courant, s'il adresse quelques mots à son père, c'est sur une grande feuille qu'il lui écrit, ses lignes se redressent, et son écriture devient fine et régulière. Pendant l'hiver qu'il passa à Carrare, en 1 5 1 7, Ludovico fut gravement malade. -Voici en quels termes Michel- Ange répondait à cette nouvelle :

a Buonarroto, j'ai appris par ta dernière que Ludovico avait été sur le point de mourir, et qu'en dernier lieu le médecin a assuré qu'il était hors de danger, s'il ne survenait rien autre. Puisqu'il en est ainsi , je ne me mettrai pas en voyage pour Florence, ce qui m'eût été un très-grand dommage. Cependant, quel que soit ce dommage, je voudrais le voir à tout prix avant qu'il mourut, dussé-je mourir avec lui. Mais j'ai bon espoir que tout ira bien, c'est pourquoi je ne pars pas.

« S'il arrivait cependant qu'il retombât , Dieu nous en garde, nous et lui ,

speranza corne torno di chosta che voi farete da voi se «arête uomini daccio.

Di allodovicho che io non glio risposlo perche

—Buonarroto io ho inteso per le tue ultime chôme Lodovirho e stato per morire e chôme ultimamente el mediro dice dod achadeudo altro che glie fuora di pericolo. Puiche cosi e io non mi mec-

non ho avuto tempo e non ri marat igliate quando non scrivo.

MlCHELAXGNIOLO , Schullore in Ronw.

teroavenire chosta per che mi e sconcio ascai, pure quando ci fussi pericolo io Io vorrei vedere 0 ogni modo inanzi che moriase se io dovessi morire seco insieme. Ma io ho buona speranza che gli stan

fais en sorte qu'il ne lui manque rien des choses de l'âme et des sacrements de l'Église, et fais-toi dire s'il ne veut pas qu'après lui nous fassions quelque chose pour son âme.

« Pour ce qui est des choses nécessaires au corps, faites qu'il ne lui manque rien. Je ne me suis jamais donné de peine que pour lui, pour l'aider et le secourir avant qu'il mourût. Ainsi, que ta femme s'applique avec amour aux soins qu'il réclame, je l'en récompenserai ainsi que vous tous. Quelque chose qui soit nécessaire , n'épargnez rien , dussiez-vous y mettre tout ce que nous possédons, je ne demande pas autre chose. Soyez en paix , et avertis-moi, car je suis rempli de douleurs et de craintes.

« Donne la lettre qui est jointe à celle-ci à Stefano le sellier, pour qu'il l'envoie, à Rome, aux Borgerini. Fais-en faire bon service , il s'agit de choses importantes. »

A di venti tre di novembre ! 5 1 6.

Le père de Michel-Ange ne mourut que beaucoup plus tard , peut-être vers 1 53o. Mais le comte Litta doit se tromper en assurant qu'il vécut jusqu'à l'âge de p,a ans. Il était né vers 1446.

Michel-Ange perdit son frère Ruonarroto en i5a8. Nous trouvons dans un livre de Rivordi écrits de sa main , le souvenir de ce qui fut payé au pharmacien pour les médicaments fournis pendant sa dernière maladie , de la somme dépensée pour ses funérailles, du jour où l'on rendit la dot à sa veuve :

* Danari spesi nel mortorio e pagato oggi, a di sei di luglio i5a8, lire cinquantuna equali danari porto Antonio Mini a ser Antonio notaro. »

« ft/cortlo, aujourd'hui 16 septembre i5a8, de quelle manière on a rendu la dot à la Bartolomea, qui fut la femme de Buonarroto mon frère, et comment on lui compta en argent cinq cent vingt-deux ducats d'or larghi et cinq^/rwsoni , ladite somme prise d'une certaine quantité d'argent laissé par Buonarroto. Us ont été payés dans la maison d'Agniolo délia Casa, et c'est mon frère Sigismond qui les a comptés à la susdite Bartolomea en présence de sa mère mono. Picra, de ser Bonaventura et de mon frère Giovan Simone , et présent

bene e pero non vengo. E quando pare awssissi che egli richaschassi, rhe Dio lui e noi ne guardi, là che e non pli manchi niente délie cose délia ni ma e de Saeramenti délie Chieaa, e facti lasciare do lui se e vuole che noi facciaroo cosa nessuoa per l'anima sua. E délie cose necesaarie al corpo fa te che non gli manchi niente per che io non mi sono alfatfchato mai se non per lui, per ajutarlo nesuoi bisognî inanzi che lui muoia, e chosi (a che la donna tua attende chon amore quando bisogni al

suo governo perche la ristorero e tucti roi altri. Quando bisognassi non abbiate rispetto nessuno, se vi deressi mectere cio che noi abbiamo nou maccha de altri. State in pacie e avisami perche sto chon passione e timoré aisai.

Una lectera che sara inquesta dalla a Stefano sellaio che la mandi a Roma ne borgerini. Fanne are buon servi tio perche son chose che important).

A dl ventl tre di norembre ms.

LE CABINET DE L'AMATEUR. 3i9

aussi, moi, Michel-Ange, et Antonio Mini. J'ai payé, en outre, moi , Michel- Ange, de mon argent, un ducat à ser Bonaventura pour le contrat (i). »

Il n'est plus question, désormais, daus les papiers que nous avons eus entre les mains, après cette date de i5a8, ni de Giovan Simone ni de Sigismond Buonarroti.

Buonarroto Buonarroti avait été marié deux fois : d'abord à Cassandra di Bemardo Puccini, dont il lui restait deux enfants, Francesca et Lionardo ; ensuite à Bartolomea di Ghezzo délia Casa, qu'il laissa sans enfants , ce qui explique la restitution de sa dot.

Dans les pages suivantes des Ricordi de Michel-Ange , nous trouvons ces indications relatives à Francesca :

« Ricordo comment aujourd'hui , 1 5 septembre 1 5a8 , j'ai conduit la Francesca, ma nièce, fille de Buonarroto, mon frère, au monastère de Boldrone, pour qu'elle y soit gardée jusqu'à son mariage. Les conditions faites avec le monastère sont celles-ci : Je dois donner chaque année audit monastère dixhuit ducats largi payables en trois fois , six ducats tous les quatre mois, desquels j'ai payé aujourd'hui un terme, c'est-à-dire six ducats que j'ai portés avec moi, avec l'enfant, et que j'ai comptés à l'abbesse (a). »

Le i4 mai lâao,, Antonio Mini portait le troisième terme de cette pension. A la date du 12 août r 553 nous trouvons le souvenir suivant :

« Ricordo comment le 12 août 1 533, me trouvant à Florence, j'ai été voir ma nièce à Boldrone et lui ai porté vingt bras de toile pour chemises qui m'ont coûté vingt et un sous le bras (3). »

Francesca fut mariée à Michèle Guicciardini.

Le 5 septembre de cette même année i533, nous trouvons la mention du dernier payement d'une propriété à Pier Tedaldi, porté par ser Giovan Francesco (Jrbinoche stameeo. Cette date peut servir à juger approximativement l'entrée chez Michel-Ange de ce fidèle compagnon de sa vie après le départ d'Antonio Mini pour la France, en 1 53o.

Éloigné de Florence et fixé définitivement à Rome, où le Jugement dernier, l'interminable affaire du tombeau de Jules H et enfin la basilique de Saint-

(I) Ricordo oggi queslo aedici de seclembre 1 528 chôme te reoduto la dota alla Bartolomea che lu moglie di Buonarroto mio fratcllo et essi conti di daoari contenti ducati ciaque ceuto ventidua doro larghi e cinque gros- *ooi Ira corone d'oro e barili e grotjoni e cratie, e decti daiiari u sono tolti d'una certa quanlila di danari contanti cite »i trovo da Buouarroli, e ion si cooti in ca*a Agniolo délia Casa e quali glia coati Gismondo mio fratello a detta Bartolomea présente Ici ella sua madré mooa Picra c scr Booaveiitura.... e Giovan Simone mio fratello c présente me Michelagniolo e présente Autouio di Bernardo Mini. E

ser Buonaventura per il contralto , etc. , etc.

(2) Ricordo ebonie oggi queslo di quindici de sectem lire 1628 o menai* U Francesca mia ni pote figluola di Buonarroto mio fralello nel munislero di Boldrone in serbansa, per tanlo che si mariti. E pacli chio avuti co muuistero sou qnesli : che io dia l'anno a decto munistero ducati dirioelo largi entre toile, ogni quatromesi sei ducati de quali no pagati oggi queslo di decto una pago cioe dueati sei intanti parsli , e quali o portato meco colla faueiulla e rontogli a la Bndeivi.

(3) Ricordo corne a di 12 dagosto IM3sendo in Fi renie andai a vedere la mia nipote a Boldrone e portogli Tenti braccia di panno per camke che mi costo viatuno soldi el braccio.

320 LE CABINET DE L'AMATEl'K.

Pierre occupaient tous ses instants , Michel-Ange ne renoua que plus tard cette correspondance de famille, avec Léonard son neveu , qui devait être son héritier. Ce jeune homme, sur lequel il reportait l'affection qu'il avait eue pour son frère, le lit assez enrager dans les commencements. Il écrivait à son oncle des lettres indéchiffrables, et l'illustre artiste lui signifia un jour qu'il ne les ouvrirait plus, qu'il ne voulait pas se casser la tête à les lire et qu'il eût à apprendre à écrire plus lisiblement. Plus tard ils furent mieux, mais leur correspondance, qui a été conservée, présente peu d'intérêt. Nous transcrirons la lettre suivante, relative à la mort du pape Paul III, qui, outre son intérêt historique, indique le ton ordinaire des lettres qu'il écrivait à son neveu.

o Lionardo — pour répondre à ta dernière lettre: il est vrai que j'ai éprouvé un très-grand déplaisir et tin dommage non moins grand de la mort du Pape parce que Sa S" m'avait fait du bien et que j'en espérais encore davantage. Dieu l'a voulu ainsi , il faut s'en contenter. Sa mort a été belle, il a conservé toute sa connaissance jusqu'au dernier moment. Dieu fasse miséricorde à son âme. Je ne demande rien autre chose dans cette circonstance.

« Je crois que les choses de Florence vont bien , car il me semble qu'on ne parle plus de ton mariage. Je crois que tu y penses, mais que tu ne vois encore rien à ta convenance.

« Pour ce qui concerne mon état, je me conserve avec mon mal , autant que je puis, et, comparativement aux autres vieillards, grâce à Dieu, je n'ai pas à me plaindre.

« Ici on attend d'heure en heure le nouveau Pape. Pour moi , Dieu sait le besoin des chrétiens, et cela suffit. Recommande-moi au prêtre , je ne demande pas autre chose. Le 2 1 décembre 1 5/19.

MICHEI AGNIOLO, à Rome. »

Ix; Pape Paul III mourut, suivant Cancellicri, le 18 novembre 1 549 > cl Jules III, son successeur, ne fut élu que le a février 'suivant.

Lionardo Buonarroti ne se maria que plus tard à une Cassandra Ridolfi. C'est lui qui lit élever à son oncle le grand tombeau de l'église de Sanla Croce. Il eut pour fils Michel-Ange Buonarroti le Jeune, écrivain facile et agréable, qui

— l ionardo, per risposta a l'ultima tua, egli e ?ero che io avuto grandissimo dispiacere e non manco danno délia morte. dcl papa perche ho avuto bene da tua S" e speravo ancora meglio. E cosi piaciuto a Dio bisognia aver patientin. La morte sua e stata bclla con buon conoscimieoto in sino alultima parola. Idio abbi misericordia dellanima sua nltri non mi achade circa queslo. Le rose de costa credo viradin hfne e de oasi deltor tu donna non mi pare che se ne parli piu : penso que tu vi peusi

et che non vegga ancora cosa al tuo proposito. Circa lesser mio io mi slo colmio maie i siue cbe posso e arispecto agli altri vechi dou 0 da dolertiii gratia di Dio. Qua saspecta dora in nora il papa nuoTO : io dio sa) bisognio de Cristiani e batta. Rachomandami al prête altro non machade.

K dt rratuno dl dlcfobn- IMO.

MlCRELAGMOlO,

LE CABINET DE L'AMATEUR. 321 l'on doit les embellissements qui consacrèrent la maison paternelle à la mémoire de son grand-oncle et la première édition de ses poésies, publiées eu i6a3.

La réputation de Michel-Ange s'établit avec une rapidité qui n'était pas due seulement à la grandeur de ses conceptions et à la liberté d'allures qu'il savait imprimer à leur réalisation, mais encore à l'exécution, pour ainsi dire, spontanée de ses ouvrages. C'est au moment où Léonard de Vinci venait de mettre la dernière main à la Cène du couvent des Grâces, que Michel-Ange achevait le groupe de la Pietà; la Cène était à Milan, mais Léonard, plus lentement parfait, entourait comme à plaisir 1 eclosîon de chacun de ses rares chefc-d'œuvre d'une sorte de mystère et d'études préparatoires faites pour lasser l'attention- d'un public toujours avide d'œuvres nouvelles. Plus expéditif, et sans laisser à l'enthousiasme le temps de se refroidir, le Buonarroti faisait succéder, sans retard, à la Pietà de Rome le David colossal de Florence; le David de bronze commandé pour le maréchal de Gié ; les Douze Atyôtres, destinés à la basilique florentine, projet grandiose dont on s'entretenait avant même qu'il fût commencé, et surtout le fameux carton de la Guerre de Pise qui devait servir de canon à l'école florentine. Et c'est seulement sous ces coups redoublés, sous l'influence de ces œuvres vraiment modernes, où circulait partout le mouvement et la vie, que l'art devait se dépouiller des derniers vestiges de son enveloppe archaïque. On accourait de toutes parts pour les admirer, les étudier et les voir, et, particularité intéressante à signaler, c'est parmi les vieillards que le jeune et brillant novateur recrutait ses partisans les plus dévoués.

La statue de David venait à peine d'être dressée sur son piédestal et le carton de la Guerre de Pise n'était pas encore terminé, lorsque le pape Jules 11 appela Michel-Ange à Rome pour lui demander un tombeau : singulière prévision de ce ferme et grand esprit, qui, dans l'année même de son avènement sur le siège le plus élevé du monde moderne, se hâtait de jeter les bases du monument où il voulait descendre sans rien perdre de sa grandeur!

Il est nécessaire, pour bien préciser la place des documents nouveaux, qui rectifient dans beaucoup de détails les biographes contemporains de Michel-Ange, de retracer en quelques lignes le point de départ des travaux qui lui furent ordonnés par Jules II.

C'est dans les premiers mois de l'année 1 5o5 que Michel-Ange fut appelé à Rome par Jules II. Après quelques projets rapidement crayonnés, le pape s'arrêta à l'un d'eux, dont on trouvera plus loin la description de la main même de Michel-Ange, et l'artiste partit immédiatement pour Carrare, afin de présider au choix des marbres. 11 en revint au bout de huit mois, jonchant de matériaux énormes la place qui s'étendait devant l'ancienne basilique de Saint-Pierre. Un marché, du i a novembre 1 5o5, fait avec les patrons de barque qui devaient transporter les marbres à Rome, prouve qu'il était encore à Carrare à cette époque.

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3ii LE CABINET DE L'AMATEUK.

Ce tombeau fut pendant un moment l'unique préoccupation de Jules 11. Il envoya Michel-Ange à Saint-Pierre pour choisir un emplacement, mais la vieille église se trouva trop petite pour le contenir. Avisant alors les fondations abandonnées d'une tribune plus vaste, projetée du temps de Sixte IV, Michel-Ange conseilla au pape de reprendre l'idée abandonnée par son prédécesseur, et d'y placer le monument nouveau.

« Quelle sein la dépense? » fit Jules II. «Cent mille e'eus, » répondit Michel- Ange. « Mets-en deux cent mille, » dit le pontife, et il envoya aussitôt San- Gallo et Bramante étudier ce travail, qui devint le point de départ de la basilique moderne. On appelle tribune le chevet de l'église, la partie où est ordinairement le chœur, et qui, dans la basilique où l'autel est placé au centre de la croix, reste vaste et dégagée.

I^e projet d'agrandir Saint-Pierre refroidit un peu l'ardeur de Jules II pour son tombeau ; peut-être aussi les intrigues de Bramante contribuèrent-elles à éloigner le pape d'un concurrent qui lui faisait ombrage. Un jour que Michel-Ange se vit nettement refuser l'entrée de la chambre du pape, où il avait toujours été admis sans obstacle, et qu'il ne put obtenir l'argent nécessaire pour payer le transport des marbres qui venaient d'arriver, le grand artiste, rempli de dédain pour ce qui se tramait dans l'ombre, acquitta de son argent la dette du pape, fit vendre immédiatement par ses ouvriers tout ce qu'il possédait à Rome, et partit pour Florence en lui faisant |>orter ces paroles un peu trop hautaines :

« Heatissimo padre, j'ai été ce matin chassé du palais par ordre de Votre Sainteté ; je lui lais donc savoir que, si désormais Elle me veut, Elle me cherchera ailleurs qu'à Rome. »

C'était bien hardi de parler ainsi à un souverain qui n'était pas la bénignité même. Michel-Ange le sentit très-bien par la suite; aussi lui voyons-nous opposer la plus énergique résistance aux ordres réitérés qu'il recevait de retourner à Rome. Ceci devait se passer en juin 1 5oG : le bref que le pape adressa à la seigneurie de Florence pour redemander l'artiste porte la date du 8 juillet.

Cependant Jules II, qui poursuivait avec activité la réalisation des projets politiques d'Alexandre VI, s'était mis en voyage au mois d'août pour reconquérir les Romagnes qui s'étaient soustraites à son obéissance. Après avoir fait rentrer Pérouse sous l'autorité du Saint-Siège , il s'achemina lentement vers Bologne, qu'il méditait d'enlever à la tyrannie de Giovanni Bentivoglio, traînant après lui dans cette expédition le sacré collège, les ambassadeurs accrédités à sa cour et tout ce que l'Italie renfermait de vaillants et d'illustres capitaines. Il faut lire, dans les lettres de Machiavel, qui remplissait alors le rôle d'envoyé de la République florentine auprès du pape, les détails de cette marche plutôt triomphale que conquérante. Les troupes de Florence, aussi bien que celles du roi de France, s'étaient jointes à l'armée de l'Église ; il ne s'agissait pas

LE CABINET DE L'AMATEUR. 313 de combattre : le pape venait de traverser les Marches au milieu d'un peuple prosterné à ses pieds, et tout cédait à son ascendant. — Jules II s'empara de Bologne sans obstacles sérieux ; il fallut bien que Michel-Ange se rendit à son tour ; il fut le dernier.

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