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LA STATUE COLOSSALE DE JULES II

Le pape était arrivé aux portes de Bologne, le 10 novembre i5o6; il y fit son entrée solennelle le lendemain. Le 21 du même mois, le cardinal de Pavie écrivit à la seigneurie de Florence que « Sa Sainteté, voulant faire quelque ouvrage à Bologne, désirait beaucoup y voir Michel-Ange, et qu'elle lui serait agréable de l'y envoyer. » L'artiste partit peu de jours après, porteur de deux lettres, l'une de Pierre Sodcrini, pour le cardinal de Volterre, l'autre de la seigneurie de Florence, pour le cardinal de Pavie. Nous traduirons celle du gonfalonicr Pierre Soderini, un des protecteurs les plus zélés de Michel-Ange, en nous efforçant de couserver à sa rédaction ce qu'elle présente de singulier ; le cardinal de Volterre était le propre frère de Soderini :

« Cardinal de Volterre,

« Le porteur de cette lettre sera Michel-Ange, sculpteur, que l'on envoie pour complaire et pour obéir à Sa Sainteté. Nous certifions ;t Votre Seigneurie que c'est un brave jeune homme, unique dans son art en Italie et peut-être dans tout le reste de l'univers. Nous ne pouvons trop vivement vous le recommander. Il est ainsi, qu'avec des caresses et de bonnes paroles on lui fait faire toute chose. Il faut lui témoigner de l'amitié, le protéger, et il fera des merveilles. J'assure Votre Seigneurie qu'il a commencé ici une histoire pour le public, qui sera une chose admirable, ainsi que douze apôtres, de quatre à cinq bras de hauteur, qui seront très-beaux.

« Iterum, je le recommande à Votre Sainteté le plus que je puis.

« Le xxvii novembre i5o6.

« Ledit Michel-Ange part sur notre foi. »

(Gaye, Carteggio inedito ttnrtisti, vol. 1 1, p. 91.)

La storia che sam cosrt admiranda était l'épisode de la guerre de Pise, et la dernière phrase de la lettre trahit toutes les terreurs de Michel-Ange, qui ne se rendait pas à Bologne sans de très-grandes appréhensions.

Le sénat de Bologne , pour se conformer à l'exemple donné par toutes les municipalités des villes 011 le pape avait séjourné, lui avait offert un présent de mille ducats d'or. Jules II avait résolu d'employer cette somme à l'érection d'une statue de bronze, qui devait être placée sur la façade de l'église de San-Petronio : c'est pour l'exécution de ce travail qu'il avait appelé Michel-Ange.

L'artiste no fut pas plutôt arrivé qu'on le conduisit auprès du pape, au palais des Seize; c'était le moment de son repas. « Tu avais à venir vers nous, et tu as attendu que nous fussions venu te trouver! » lui dit le pontife, en faisant allusion à sa présence à Bologne, beaucoup moins éloignée de Florence que Rome. Michel-Ange, agenouillé devant lui, cherchait à s'excuser en protestant d'avoir agi plutôt par dépit de se voir chassé de la présence du pape que par mauvais vouloir, lorsqu'un monsignor, qui l'accompagnait de la part du cardinal de Volterre pour l'aider dans ses explications, prit la parole et dit au pape : « Que Votre Sainteté ne fasse pas attention à sa faute; s'il a erré, c'est par ignorance: les peintres, en dehors de leur art, sont tous ainsi. » Le pape, qui était resté indécis et flottant, sans rien répondre à l'artiste, releva la téte avec vivacité, et, se tournant vers le prêtre : « L'ignorant et le fâcheux, c'est toi, et non pas lui ; sors de devant nous, malheureux! tu lui dis des injures que nous n'aurions pas prononcées nous-méme. » La colère du pape détournée sur le pauvre monsignor, il fit approcher Michel-Ange, lui pardonna, et lui recommanda de ne pas quitter Bologne sans ses ordres. Il ne les attendit pas longtemps. Jules II déposa chez le banquier Antonio Maria da Lignano les mille ducats qu'il destinait à la statue, et l'artiste se mit rapidement à l'œuvre : deux mois ne s'étaient point écoulés que le pape, qui partit de Bologne le aa février i5o7, pouvait déjà lui en témoigner sa satisfaction.

Aussitôt après son arrivée à Bologne, une correspondance ne tarda pas à s'engager entre Michel-Ange, son père et ses frères. Ses deux premières lettres sont du 19 décembre i5o6 et du aa janvier suivant. Dans l'une, il combat le projet qu'avait son frère Giovan Simone de venir le retrouver à Bologne : « Qu'il attende encore, dit Michel-Ange ; je suis ici dans une mauvaise chambre et je n'ai acheté qu'un seul lit ; qu'il attende que ma statue soit jetée, je renverrai Lupo et Lodovico (ses deux ouvriers) et je lui donnerai un cheval afin qu'il ne vienne pas ici comme una bestia. » Et il répond à Piero Aldobrandini, qui lui demandait une lame de poignard, que sa commission l'embarrasse, qu'il ne s'y connaît pas et qu'il a peu de temps.

Dans l'autre, il prie son père, qui déjà escomptait son travail, d'attendre, lui aussi, qu'il ait jeté sa figure avant de conclure l'acquisition d'une pièce de terre. Il a demandé au meilleur faiseur la lame de Piero Aldobrandini.

Dans une troisième lettre, du i" février, il annonce l'envoi du poignard de Piero Aldobrandini , recommande de ne pas faire attention à ce que diront Lupo et Lodovico, deux ouvriers qu'il renvoyait, et ajoute :

o Le pape est venu vendredi, à la vingt et unième heure, à la maison où je

— El papa fu venerdi a venturu oraa chasamia dove io latoro e mostro che la cou gli piacessi , pero pregate Dio chella venga bene che se ebosi

sia gpero raquistar buona gratia sécha. Credo che in questo carnavalc si partira di qua secondo che si dice in fraU plèbe, perô...

travaille; il a laissé voir que la chose lui plaisait. Priez Dieu qu'elle vienne biei», car, s'il en est ainsi, j'espère rentrer dans ses bonnes grâces. Je crois qu'il partira d'ici pour le carnaval, suivant ce qu'on en dit parmi le peuple. »

Déjà, dans une lettre du ao avril, son modèle parait terminé , il se plaint à son frère Buonarroto de ne pas voir arriver maestro Bernardino, fondeur de la république florentine, qui devait jeter le Jules II, et il annonce qu'il a engagé un Français pour le remplacer.

« J'entretiens de mes affaires Giovan Simone, qui te dira ce que je fais, et vous en aviserez Lodovico.

« Je voudrais que tu visses X /Irahlo pour lui dire que, n'ayant jamais eu de réponse de lui relativement à maestro Bernardino, j'ai pensé que, par amour pour la peste, ledit maestro Bernardino ne voulait pas venir, et que j'ai engagé pour le remplacer un Français qui me servira bien. Je l'ai fait parce que je ne pouvais plus attendre. Fais -le lui savoir, à messire Agniolo, et recommande-moi à lui...»

a6 mai i5w].

« Buonarroto. — J'ai reçu une lettre de toi par maestro Bernardino, qui est arrivé ici. Elle m'apprend que vous vous portez tous bien, à l'exception de Giovan Simone qui n'est pas encore guéri ; j'en ai un grand déplaisir, et il m'est douloureux de ne pouvoir l'aider, mais j'espère bientôt être à Florence, et je ferai quelque chose qui lui plaira, à lui et à vous tous. Reconforte-le en attendant et dis-lui d'être de bon vouloir. Dis aussi à Ludovico que, de toutes manières, je crois être en mesure de jeter ma figure vers le milieu du mois prochain, et que, s'il veut faire des prières ou toute autre chose afin qu'elle vienne

— De cola mia io arrivo a Giovan Simone e lui t'awisera corne io la fo c cosi avisate I-odovicho.

Vorrei cbe tu andassi air Araldo e che gli dicewi chio non avendo mai atuto risposta da lui de cosi di maestro BernarJino ho stimato che il detto maestro Bernardino non sia per venire qua

— Buonarroto, io ebbi una tua per maestro Bernardino il quale è venuto quà , per la quale ho inteso corne siete tutti sani , salvo Giovan Simone che ancora non e guarito ; n*ho dispiarere assai , e duolmi non Io potere »iularc , ma presto spero usere di chosta e faro co*a che gli piacera e a voi altri, pero confortalo e di che stia di buona vogtia. Ancora di al Lodovieho che a mezzo quest altro rneae io credo giclare la mia figura a ogni modo,

per amor dilln poste , ond'io ho tolto uno Francioso in quello scambio, il quale mi servira bon* e questo ho ratio perche non poteva piu aspeltare. Fagnlene a sapere,cioe a mener Agniolo (1), eraccomanda ml a lui...

(10 avril 1507.)

pero se vuole far Tare orazione o altro accio che la veoga bene , faccialo a quel tempo e digli die io ne Io prego.

Non ho tempo di scriverti altrimentt. Le cose vannobene. Michelagiuolo ,

A dl vfnlltri di naecto. Io Bologna.

(Direction). A Buonarroto di Lodovieho di Buonarrola Simoni. •« rirenw.

bien, il le fasse dans ce, temps-là. Dis.lui que je l'en prie. Je n'ai pas le temps de t 'écrire autrement. Les choses vont bien. Le 26 mai.

« MICHELAGNIOLO , « (Direction.) A Buonarroto di Ludovicho « à Bologne. » « di Buonarrota Simoni, à Florence.

ao juin 1507.

« Buonarroto. — Je ne t'ai pas écrit depuis plusieurs jours, parce que je ne voulais pas le faire avant d'avoir jeté ma figure ; je croyais la jeter plus vite qu'il ne m'est réussi de pouvoir le faire. Sache donc qu'elle ne l'est pas encore, que, de toutes manières, nous la je Itérons samedi prochain, et que sous peu je pense être à Florence, si elle vient bien, comme je l'estime. Je n'ai rien autre à te dire. Je me porte bien et pense qu'il en est ainsi de vous tous. « Le vingt juin.

« M1CHELAGMOLO , (Même direction.) « à Bologne. »

6 juillet 1507.

« Buonarroto. — Sache que nous avons jeté ma figure, et que je n'y ai pas eu une trop bonne fortune. La cause, c'est que maestro Bernardino, ou par ignorance ou par disgrâce, n'avait pas bien fondu le métal. Il serait trop long d'écrire de quelle façon cela est arrivé, il suffit de dire qu'elle n'est venue que jusqu'à la ceinture; le reste de la matière, c'est-à-dire la moitié du métal, est resté non fondu, dans le fourneau ; de sorte que pour l'en retirer je suis obligé de le démolir, ce que je fais, et de le faire refaire, ce que je ferai encore cette semaine. L'autre, nous rejetterons dessus et finirons de remplir la forme.

Buonarroto, io non UioscriUo piu giorni sono perche non volevo serivere se prima non avevo gicUata la mia 6gura, credendo gictarla piu presto che non me riusrito. Sappi chôme auchora non e gidata e snbato che viens a ogui modo la gictiamo e la Ira pochi di credo essere di costa, sella riene

—Buonarroto, sappi chôme noiabbiamo gictata la mia figura nella quale non 0 avuta troppa buona sorte, e questo e stato che maestro Bernardino oper ignioranza.o per disgratia,non a ben fonduto a materia. Il corne sirefibe lungo a serivere basta che la mia figura e venuta insino alla cintoia e resto délia materia cioe mezo il métallo se restato

bene chomio stimo. Non ho da dirti altro. Sono sano et sto bene e chosi slimo de voi tucti.

A di rentl d* gluolo (iwt).

la BologoU.

(Mime direction.)

nel forno, che non era fonduto in modo che a cavarnelo mi bisognia far dufare il forno e cosi fo e farollo rifare aocora di questa sectimana. Di quest altra rigictero di sopra e fioiro dempiere la forma e chredo chella cosa de) maie andera assa bene ma non sanzi graadissima passione, e faticha e spesa. Arei creduto che maestro Bernardino

LE CABINET DE L'AMATEUR. 3*7 Je crois que la chose ira très-bien, mais non sans de très-grandes souffrances, de très-grandes peines et de très-grandes dépenses. J'aurais cru que maestro Bernardino eût fondu sans feu, tant j'avais foi en lui. Ce n'est pas cependant qu'il ne soit bon maître et qu'il n'ait travaillé avec amour, ma clù fa Jalla, et lui, il a bien failli à mon préjudice et aussi au sien, car il s'est déshonoré de manière à ne plus oser lever les yeux dans Bologne.

« Si tu vois Baccio d'Agnolo, lis-lui cette lettre et prie-le d'instruire de son contenu San Gallo, à Rome. Recommande-moi à lui, à Giovanni Ricasoli et au Granaccio. Je crois, si les choses vont bien, me libérer de tout cela en quinze ou vingt jours et retourner à Florence. Dans le cas contraire, j'aurai peut-être tout à refaire. Je t'en aviserai. Dis-moi comment est Giovan Simone.

« Le G juillet.

« A cette lettre en est jointe une autre pour Giuliano de San Gallo, à Rome; envoie-la aussi bien et aussi vite que possible, et, s'il était à Florence, donne" la-lui.

{Même direction.)

Nous avons déjà parlé de la fonte du Jules H dans une description de la Maison-musée de Michel- Ange, page i3<) de ce volume. Le billet publié alors, dans lequel l'artiste annonçait sommairement à son frère l'issue malheureuse de cette grande opération, paraît avoir précédé la lettre plus détaillée que nous venons de transcrire.

Alberti, dans une histoire manuscrite des Bentivoglio, citée par le comte Gozzadini, rapporte que la statue fut jetée en bronze le ag juin i D07, date qui coïncide parfaitement avec nos documents, en admettant que le billet cité plus haut ait précédé de cinq ou six jours la lettre du 6 juillet, où Michel-Ange annonce qu'il sera en mesure d'achever de remplir son moule la semaine suivante.

L'espoir de réussir le jet d'une statue colossale, en s'y prenant à deux fois et à quinze jours de distance, ne pouvait être qu'une tentative désespérée : elle ne fut pas couronnée de succès.

I n intervalle assez long sépare la lettre du 6 juillet de la suivante. Peut-être cette lacune sera-t-elle comblée par les documents inédits qui existent à Florence. Le 16 octobre, Michel- Ange écrit à la hâte : « Apprends que je suis sain et

avessi (boduto sanza foco tanta fede atevo in lui. Non di manco non e che lui non lia buoo maestro e que non abbi facto con amore, ma chi fa fa/ta, ellui a ben faJlito a mio danno e anche a Mio perche se vituperato in modo che non puo piu alzar gli ochi per Bolognia. Se tu vedessi Baccio Dagniolo leggili la lectera e pregalo che n'avisi il San Gallo arroma erracbomandami allui e a Giovanni darrichasoli c al Granaccio mi raehomanda.

Io credo sella cosa va bene in fra quindid 0 venti di «ser fuora di questa cosa e tornare dl costa. Se non andassi bene l'arei Torse arrifare di tucto tavisero. Avisami chôme sta Giovaosimone.

A dl tel di laglk> (IS07).

Con questa sara uun che va arroma a Giuliano da Sangallo mandata bene e presto quanto tu puoi esse lui fussi in Firenze dagniene.

{Même direction.)

sauf, et que /aurai bientôt fini. » Il venait évidemment de couler le Jules II pour la seconde fois ; le temps qui s'était écoulé entre ces deux dates, plus de trois mois, avait été employé à refaire son modèle. Nous n'aurions pas été en mesure d'affirmer bien positivement ce fait resté inconnu, bien qu'il résulte d'un examen attentif des pièces que nous publions, si l'artiste lui-même n'avait pris soin de le consigner dans une note que l'on trouvera plus loin, où il résume l'ensemble des travaux qu'il avait exécutés pour le pape Jules II. Voici le passage relatif au colosse de Bologne :

« Le pape Jules me demanda ce que coûterait la figure; je lui répondis que jeter en bronze n'était pas mon métier, mais que je pensais qu'elle pouvait être faite pour mille ducats, sans cependant répondre de réussir. Jetle-la jusqu'à ce quelle re'ussisse, me dit-il ; nous te donnerons autant d'argent qui! en faudra.. . J'eus à la jeter deux fois (Io febbi aggittare duevolte), et je puis montrer y avoir dépensé pour trois cents ducats de cire. »

La fonte des bronzes était alors entourée de beaucoup de hasards ; nous pourrions citer à ce propos de nombreux exemples d'oeuvres recommencées plusieurs fois : aussi savait on masquer les imperfections du jet par des pièces ajustées avec le plus grand soin ; mais c'est surtout l'art prodigieux que l'on apportait à leurs ciselures qui fait le mérite des ouvrages du quinzième siècle.

16 octobre.

« Buonarroto. — Je n'ai pas le temps de répondre à ta dernière lettre comme il le conviendrait. Apprends que je suis sain et sauf, que j'aurai bientôt fini, et que j'espère retirer de très-grandes louanges de mon travail, le tout grâces à Dieu. Aussitôt que j'aurai fini je retournerai à Florence, et j'arrangerai toutes les choses sur lesquelles tu m'écris, de telle façon que vous serez contents, et aussi Ludovico et Giovan Simone. Je te prie d'aller trouver XAraldo et Thomas Commandatore, pour leur dire que je n'ai pas eu le temps de leur écrire et de répondre par ce courrier aux deux lettres qui m'ont été très- agréables, mais que, par l'autre, j'y répondrai très-certainement quelque chose. Je te prie aussi d'aller trouver San Gallo et de lui dire que j'espère avoir fini bientôt.

— Buonarroto, io non octempo darrifpondere altultima tua corne se chonverrebbe raassapi comio sono sano e aro flnito presto e stimo avère grandissimo onoro tacto gratta a Dio essubito flnito rhe avro tornero chosti e acbonciero tu rte le cose di che tu ml «crive in forma che voi sarete conlenti e similmente Lodovicho e Giovansimone. Prejotl vadi a trovare Laraido e Tomaso Chomandrtore e di loro che per questo non ho tempo daseriver loro overo darrispondere aile loro lectere a me gratiasime. Ma pet quart altro gli avi-

sero aogni modo di quatchecosa per risposta délie loro. Anchora ti prego che vadi a trovare il Sangallo e dicagli che io stimo avère flnito presto e intenda corne cgli su e che per questaltra anchora seriverro allui corne la cosa va.

«on «ttro, a di dodobre (l vn).

MtCHELAOMOlO , la Bologoi*.

(Même direction.)

(Au dos est écrit 16 d'octobre.)

LE CABINET DE L'AMATEUR. 3îtt Informe-toi comment il est. Par la prochaine je lui écrirai également comment va la chose.

« Rien autre. Le (iti) octobre.

« MICHELANGNIOLO , {Même direction.) a à Bologne. »

10 novembre i5oy.

« Buonarroto, jesuis émerveillé de la rareté de tes lettres. J'imagine cependant que tu as plus de temps pour m écrire que je n'en ai de te répondre ; en un mot, avise- moi souvent de ce que vous faites.

« J'ai compris par ta dernière lettre que tu avais de bonnes raisons pour désirer mon retour, et cela m'a donné à penser pendant quelques jours. Lorsque tu m'écris, fais-le franchement, et explique-moi clairement les choses, afin que je les comprenne, et cela suffit.

« Sache que le désir que j'ai de revenir à Florence est beaucoup plus grand que celui que vous avez de m'y voir. Je suis ici dans un très-grand malaise, au milieu de fatigues extrêmes. Nuit et jour je travaille. J'ai enduré et j'endure des fatigues telles que, si j'avais un pareil ouvrage à refaire, je crois que la vie n'y suffirait pas. C'était une entreprise énorme, qui eût très-mal tourné en d'autres mains. Je dois croire que les prières de certaines personnes me sont venues en aide, et ont contribué à la conservation de ma santé, car c'était l'opinion commune à Bologne que je ne devais pas réussir. Avant comme après la fonte, et maintenant, nul ne croyait à la réussite de l'entreprise. Il suffit qu'elle ait été conduite à bon terme. La statue ne sera pas terminée ce mois-ci comme je l'avais pensé, mais de toutes façons le mois prochain, et je partirai. Soyez donc tous de bonne volonté; quoi qu'il arrive, je ferai ce que j'ai promis. Réconforte

— Buonarroto , io mi maraviglio che tu mi scriva tanto di rado. Chredo pur che tu abbi piu tempo da scrivere a me che io a te, pero avisami spesso corne la fate.

Io inteso per l'ultima tua chôme per buona chagione detideravi che io torna&si presto, laquale cosa ma facto stare con sospecto parechi di , pero quando mi scrivi, scrivimi risohito e chiarisci le rose bene accio che io intenda e ba&ta.

Snppi rhe io deside.-o molto piu che non fate roi di tornare presto per che ato qua chon grandissimo disagio e chon fatiehe istreme e non attendo a altro che a lavorare el di ella nocte e o dura ta tan ta faucha eduro, che se io navessi arrifare un altra non chrederei chella vita mi bastassi perche e stato una grandissima opéra esse ella fusse s ta ta aile mani dunaltro ci sarebe capitato maie dentro ma io stimo le orationi di quakhe

persona mabbtno aiutato e te nuto sano perche era contro l'opinione di tucta Bolognia che io la conduceisi mai. Foiche la fu geelata e prima e ora non era chi crodessi che io la gictassi mai. Basta chio io chondocta a buon termine . ma non laro fini ta per tucto questo mesc corne stimavo ma di quest altro a ogni modo sara finita e tornero. Pero state tucti di buona voglia per che io faro cio che io ro promesso a ogni modo. Conforta Lodovicbo e Giovan Simone da mia parte e scrivimi corne la fa Giovan Simone e attendtte a imparare e a stare a boclega accio che roi sappiate fare quando ?i bitogorra , che sara presto.

A di diec) dl nofrmbre (isoî).

MlCB EL AGNtOLO, In Bolognta.

(Même direction.)

Ixxlovico etGiovan Simone de ma part, et écris-moi ce que fait Giovan Simorie. Appliquez-vous à connaître et à rester à la boutique, afin que vous sachiez faire par vous-même, lorsque vous en aurez besoin : ce sera bientôt.

« MICHEL-AGMOLO, « 1^ 10 novembre 1507. « à Bologne. »

5 janvier i5o8.

« Buonarroto, j'ai appris par ta dernière lettre le bon service que tu as fait de celle de Pavie, et j'y ai été sensible, parce que j'espère qu'elle sera heureusement parvenue. Il m'est très-douloureux de te savoir malade, ainsi que tu me l'écris. Néanmoins, prends patience et sois de bonne volonté. Sous peu je serai à Florence, et je vous ferai faire ce que vous désirez, de la manière qui vous paraîtra la plus avantageuse et la plus sûre, soit seuls, soit avec Lorenzo. Je ne vous dis point précisément quand je dois partir d'ici, parce que je ne le sais pas encore. De toutes manières je serai parti dans quinze jours ou , tout au moins, prêt à partir. Il me semble qu'il y a mille ans que je suis ici, et, si tu savais de quelle façon, tu en aurais pitié.

« Rien autre. Ne m'écris plus à Bologne, parce que le service des lettres est mal fait. Réconforte les autres de ma part. Je ne sais quel jour nous sommes, mais je sais que c'est demain l'Epiphanie.

« MICHELAGNIOLO,

{Même direction,) « à Bologne. »

La statue colossale de Jules II fut inaugurée le ai février i5o8, à la quinzième heure, point astrologique, au son des cloches, des trompettes et des tambours, dit la Cronaca bolognese attribuée à Sébastien Agucchia. Elle était placée au-dessus de la porte principale de San-Petronio, à l'extérieur. On sait qu'elle fut brisée le 3o décembre i5i 1, lors de la courte réapparition des fils de Jean Bentivoglio à Bologne.

Une chronique siennoisede Sigismondo Tizio, citée par Carlo Fea, a faiteroire à cet écrivain qu'on s'était mépris sur la place que la statue occupait et sur la date de sa destruction ; voici le texte de Tizio :

« Die a i maii MDXI. Statua lignea deaurata Ju/ii Pontifiais, quse supra

— Buonarroto, io intecoplrlultima tua chôme ai facto buou servigio délia lettera di Pa»ia, lo'avuto ebaro per cheslimo tara andata bene. Duolmj assai die tu abbi maie chôme semi, pore abbl patienza e su di buona voglia perche di corto taro chosta e farovi fare quello che toi vomte 0 con Lorenzo 0 da voi chôme vi parra piu utile etsicuro. Io Don tï dico lapunto quandio partiro di qua perche io non loso anenora , ma io credo a ogni modo in fra quindici di parti re orero essere a ordine di

partire e par mi mille anni per che isto qua in modo che sectulsapeui tene iocrescierebe. Non altro, non mi scrivrr piu a Bologoia, se non a chosa che importi, perche délie lectere ne facto chattWo terrigio. Conforta tucti gli altri par mia parte. Non 10 a quanti di noi siciamo masso che domani e befania.

MlCHELAONIOLOf

{Mime direction.) •» Bok**J».

(Au dot est écrit S janvier.)

LE CABINET DE L'AMATEUR. 331 palatii portam residebat, de/wnilur; inox trahitur, inde cornburitur. Altéra vero Julii statua serea in palatii faciem constituta tormentis ex tignis sulpkurei ignis impetit ur, et oculis perfora tur deturpaturque statuse vultus, »

Mais l'historien siennois se trompe : il y avait peut-être une seconde statue de bois sur la porte du palais, et nous croyons facilement avec lui aux mutila* lions subies par l'œuvre de Michel-Ange. Les passions populaires ne pouvaient briser en morceaux ce colosse de bronze, sans que la tête devint le point de mire de leur rage. Ces mutilations, du reste, expliqueraient la disparition des débris de ce chef-d'œuvre, que Vasari avait vu chez le duc de Ferrare. On a varié aussi sur ses dimensions : Michel-Ange, dans la note citée plus haut, donne à la statue assise une hauteur de six bras florentins (3",.5o).

Il n'est pas probable que l'artiste soit parti de Bologne sans présider à la difficile opération de la mise en place de son œuvre. Nous savons par une délibération des marguilliers deSanta Maria tlelFior, publiée dans leCarteggio d'artisti de Gaye, vol. Il, p. 477, qu'il était de retour à Florence le 1 8 mars. Aiusi moins de quinze mois avaient suffi à son active énergie pour refaire et couler deux fois la statue colossale de Jules II. Il n'est rien resté, ni un dessin, ni une esquisse, qui puissent nous donner une idée de ce chef-d'œuvre.

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